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Père Thierry Magnin : « Sur les lois bioéthiques, nous devons défendre l’Homme »

Stéphane OUZOUNOFF/CIRIC
Le père Thierry Magnin, nouveau secrétaire général de la Conférence des Évêques de France (CEF), le 6 novembre 2014.
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Docteur en sciences physiques et docteur en théologie, le père Thierry Magnin est le nouveau secrétaire général de la Conférence des Évêques de France (CEF) après avoir été ces huit dernières années le recteur de l’Université catholique de Lyon. Aleteia l’a rencontré pour parler des enjeux à venir de cette nouvelle fonction.

Ce lundi 1er juillet marque votre nouvelle prise de fonction, quel est votre état d’esprit ?
Je quitte Lyon le jour de la saint Irénée, et j’arrive à Paris pour la saint Thierry ! J’espère que le grand saint de Lyon et mon saint patron vont me soutenir dans cette nouvelle fonction à l’heure où l’Église, je ne vous apprends rien, est en pleine tempête ! La première chose importante pour moi, c’est de continuer à crever l’abcès. Je me réjouis de la constitution de la commission Sauvé et de son travail. Nous devons poursuivre dans ce chemin de transparence et d’ouverture aux victimes. Pour sortir de la crise, nous travaillons avec les victimes, en toute transparence, notamment sur la possibilité d’un geste financier. C’est un premier gros chantier sur lequel nous mettrons d’importants moyens, pour accompagner toutes les victimes, je pense aussi aux religieuses.

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Quel est le rôle de la CEF pour remédier à cette crise ?
L’Église est comme Notre-Dame, elle brûle ! Il faut la reconstruire, et de cette crise terrible, rebondir. C’est le rôle des évêques et de la conférence, passer au tamis tous les problèmes, et il y a beaucoup de travail. C’est difficile mais nécessaire, et cela nous aide à vivre dans l’humilité mais aussi dans l’audace car nous sommes dans l’espérance. Si, comme disent les jeunes, « ça fout la honte ! », on ne peut pas en rester là, car sur cette base d’argile, nous portons un trésor, le message de l’Évangile.

L’autorité spirituelle a été dévoyée par certains

Le Pape a critiqué le cléricalisme ambiant, qu’en pensez vous ?
Je pense effectivement qu’il s’agit là d’un deuxième chantier à construire en parallèle du soutien aux victimes pour sortir de la crise. La question à se poser, c’est de savoir comment les prêtres sont formés sur leur autorité ? Car tous les drames viennent de là, de cette autorité spirituelle qui a été dévoyée par certains. Nous devons donc mieux former les prêtres afin qu’ils prennent conscience des abus que pourraient engendrer leur fonction. Ces formations ne doivent pas s’adresser qu’aux séminaristes, mais à tous les prêtres, tout au long de leur vie, qu’ils puissent prendre des temps de réflexions et de rencontres pour continuer à se former et à discerner. Il y aura donc des actions très concrètes et collectives afin de travailler notre affectivité, nos relations homme/femme, etc. C’est sain d’y réfléchir.

Voilà pour vos premiers chantiers, vous allez certainement devoir rapidement vous pencher également sur les questions bioéthiques avec la loi à venir ?
C’est exact, la révision des lois bioéthiques sera présentée en conseil des ministres fin juillet et au Parlement à l’automne. Là, l’enjeu est majeur car il ne s’agit ni plus ni moins de travailler sur les mentalités. Même chez les catholiques, on observe aujourd’hui une ouverture libérale, la liberté du privé, de l’individu qui prend le pas sur les conséquences pour la société en général. Or, les révisions bioéthiques à venir vont apporter une complexification inouïe à la société, déjà fragilisée ces dernières années. Encore une fois, il va falloir être dans le dialogue et bien faire comprendre que nous ne sommes pas contre les technologies. On nous reproche toujours d’être contre la modernité ! Je suis technophile, j’aime la science, mais on ne peut pas être binaire sur ces questions. Il faut penser aux conséquences à venir. Quand je discute avec des chercheurs américains qui travaillent sur le transhumanisme, je n’ai pas en face de moi des « Frankenstein » mais des hommes sûrs du bien fondé de leurs recherches pour améliorer l’homme. Or nous disons attention, ne soyons pas dupes ! Derrière cette mentalité individualiste, se cache au fond le libéralisme économique. Il est là le nerf de tout, ce sont des enjeux technico-économiques qui ne se préoccupent guère des conséquences sur la société en général.

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Comment vous faire entendre ?
Notre discours est inaudible médiatiquement c’est un fait, mais pas personnellement. Nous rencontrons les parlementaires, et pouvons avoir de belles discussions avec les gens qui pensent autrement. Nous sommes là et nous ne nous cacherons pas. Même si on a l’impression d’être face à un rouleau compresseur, nous devons dire et défendre l’Homme, à temps et à contretemps.

Si je comprends qu’on ne puisse accueillir tout le monde, on ne peut refuser tout regard !

Autres sujets où les évêques sont attendus, l’accueil des migrants et les questions environnementales, comment vous situez-vous ?
L’Église est engagée dans le chantier de la planète, et j’ajoute qu’il faut lier justice sociale et environnementale. Ce qui rejoint la question des migrants. Si je comprends qu’on ne puisse accueillir tout le monde, on ne peut refuser tout regard ! C’est le message même de l’Évangile. Accueillir l’autre dans un environnement sain et respectueux. Sur les thématiques écologiques, l’Église a un discours très beau, par lequel on peut toucher les gens. Ce qui me frappe le plus dans nos sociétés actuelles, c’est ce besoin immense de spiritualité. Regardez le développement des thérapies de bien-être, du yoga, de connaissances de soi. Il y a une quête réelle dans nos sociétés individualistes et déconnectées de l’âme. Par des formations, des rencontres, avec les jeunes, les professionnels, on doit proposer ce chemin pour relier corps, âme et esprit, comme le disait si bien saint Irénée. Fort heureusement, il y a déjà beaucoup de belles initiatives.

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Beaucoup de chantiers ouverts donc, y-a-t-il un passage de l’Évangile qui vous guide particulièrement dans cette nouvelle mission ?
Effectivement, j’aime beaucoup le passage des Actes des Apôtres sur Pierre chez le centurion Corneille (Ac 10, 1-48). « Lève toi, moi aussi je suis un être humain » dit Pierre au centurion qui l’accueille. Cette image me guide, être comme Pierre, aller chez l’inconnu, celui qu’on dit étranger ou différent, dialoguer avec lui et une fois le dialogue établit, laisser l’autre s’approcher du mystère. C’est ce que fait le centurion, une fois en confiance devant l’ouverture d’esprit de Pierre qui a accepté de venir chez lui, en lui demandant alors de lui parler de Dieu et du cœur de sa Foi.

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