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Pourquoi dit-on « aller au diable Vauvert » ?

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Axelle Partaix - Publié le 14/06/19

Notre culture et notre langue française sont fortement influencées par nos racines chrétiennes. Découvrez ces expressions que nous utilisons souvent sans soupçonner qu’elles puisent leur origine dans la tradition religieuse. Aujourd’hui : « aller au diable Vauvert ».

« Aller au diable Vauvert », c’est aller loin, très loin, dans un endroit perdu. On pourrait tout aussi bien dire aller à Perpète ou Trifouillis-les-Oies, à Pétaouchnok, à Tataouine ou encore à Bab el Oued (les deux derniers lieux existent réellement, respectivement en Tunisie et en Algérie). Quant à « envoyer quelqu’un au diable Vauvert », c’est s’en débarrasser sans égards ou, en termes familiers, l’envoyer balader.

« Vauvert » vient de « vau vert », ou « val vert », c’est-à-dire vallée verdoyante. Il ne manquait pas de vallées verdoyantes en France au Moyen Âge et plusieurs hypothèses pourraient être à l’origine de cette expression.


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L’une d’entre elles met en scène la petite ville de Vauvert, en Camargue, étape importante sur le Chemin de saint-Jacques-de-Compostelle au Moyen Âge (la ville s’appelait alors Posquières et ce n’est qu’au XVe siècle qu’elle a été rebaptisée Vauvert). De nombreux pèlerins s’arrêtaient à l’église Notre-Dame-de-la-Vallée-Verte, sanctuaire marial de renom devant lequel étaient données de petites représentations théâtrales mettant en scène le diable et que l’on appelait diableries. Ces saynètes connaissaient un grand succès auprès des pèlerins souvent venus de bien loin pour y assister. Ajoutons à cela que pour arriver ou quitter Vauvert, les pèlerins devaient traverser des marécages, beaucoup plus nombreux à l’époque, que la croyance populaire assimilait à un passage vers l’enfer.

« Au diable » ?

Une autre explication est liée au château de Vauvert, près de Gentilly au sud de Paris. Construit au XIe siècle par Robert Le Pieux dans un environnement très verdoyant (aujourd’hui le jardin du Luxembourg), il est abandonné à la mort du roi en 1031. Peu à peu, le château tombe en ruines, on raconte que des actes blasphématoires y sont commis, on le prétend hanté, habité par le diable. Les décennies passent, sans atténuer la réputation maléfique des lieux. Mais en 1257, saint Louis cède le château aux Chartreux afin qu’ils viennent y établir leur ordre (ou tout simplement l’ordre !). Dès leur installation, les apparitions cessent. Les mauvaises langues insinuent alors que les religieux ont exploité les craintes de la population et les superstitions inspirées par le cadre sinistre en simulant apparitions, hurlements et phénomènes inquiétants et inexpliqués.




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Voilà pour le côté diabolique, quant à l’éloignement, même si le château de Vauvert se trouvait bien plus près de la capitale que la petite ville du Gard, il était tout de même situé en pleine campagne, bien à l’extérieur du Paris de l’époque.

Le château a aujourd’hui disparu depuis longtemps avec ses fantômes (qui selon une théorie plus récente ne seraient autres que des brigands entretenant la légende afin de dissuader les curieux et d’assurer leur tranquillité !) et son diable qui n’a laissé pour souvenir que notre expression.
Comme le résume Marc Fumaroli de l’Académie Française dans son Livre des Métaphores (Robert Laffont 2012), c’est une « tradition parisienne et tradition camarguaise convergent dans le sens de lieu éloigné où la diable fait grand bruit et où l’on envoie se faire pendre un fâcheux ou un ennemi ».

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