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Les discours poignants des académiciens en hommage à Notre-Dame de Paris

Caroline Becker - Publié le 07/06/19

À l'invitation de Xavier Darcos, chancelier de l'Institut de France, plusieurs académiciens ont rendu hommage à Notre-Dame de Paris, mercredi 5 juin. Aleteia a sélectionné pour vous les extraits les plus vibrants.

Juste avant la remise des Grands Prix des Fondations de l’Institut de France, Xavier Darcos a invité plusieurs secrétaires perpétuels et académiciens — Académie française, belles-lettres, sciences, beaux-arts, sciences morales et politiques — à rendre hommage à la cathédrale Notre-Dame. Faisant appel à Victor Hugo, Nerval ou encore Maurice de Sully, les orateurs ont magnifié la force architecturale et spirituelle de Notre-Dame à travers des discours d’une rare puissance.

« Victor Hugo nous a appris à l’aimer, à la faire nôtre »

« Notre-Dame rayonnerait-elle ainsi sans Notre-Dame de Paris ? Victor Hugo a rebâti cette cathédrale et l’a animée », commence Hélène Carrère d’Encausse, secrétaire perpétuel de l’Académie française. Rendant hommage à l’écrivain qui a sauvé la cathédrale de la destruction grâce à son célèbre roman Notre-Dame de Paris, l’académicienne salue l’esprit avant-gardiste de Victor Hugo qui a su, avant tous les autres, déceler le caractère unique de Notre-Dame. « Victor Hugo nous a appris à l’aimer, à la faire nôtre, comme il a réussi à la rendre vivante dans le monde entier. Hugo savait que les civilisations, comme le dira Paul Valéry, sont mortelles et que cette fatalité expose des chefs-d’œuvre auxquels elles donnent naissance au risque de destruction. Devant les menaces que font peser sur les édifices la marche du temps et la folie des hommes, Hugo, bien avant que la préservation de l’héritage du passé fût formalisée par des règlements administratifs, a inscrit Notre-Dame comme un élément essentiel de notre patrimoine. »




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« Si Notre-Dame est le fruit du travail des hommes, cela a toujours été pour la gloire de Dieu »

Michel Zink, secrétaire perpétuel de l’Académie des inscriptions et belles-lettres salue, quant à lui, la figure fondatrice de Notre-Dame, Maurice de Sully, évêque de Paris, « qui a eu le double souci de rassembler le peuple des fidèles dans une nouvelle cathédrale et de l’instruire dans la foi en écrivant un recueil de sermons qui pût aider les prêtres dans leur prédication, dimanche après dimanche. Défendant subtilement l’idée d’une reconstruction à l’identique, il s’émerveille devant l’intemporalité des sculptures de Notre-Dame : « Au tympan du portail Sainte-Anne, sculpté sous l’épiscopat de Maurice de Sully, l’évêque est debout à la droite de la Vierge, le roi agenouillé à sa gauche. Cette Vierge à l’enfant hiératique qu’Henri Focillon disait n’être “ni romane ni gothique, mais carolingienne”, c’est-à-dire hors du temps, hors des modes : le geste du sculpteur ne s’est pas voulu contemporain ; aussi le reste-t-il à jamais. »

« Nul doute que les bâtisseurs de Notre-Dame aient eu à l’esprit cette foi inébranlable »

Le grand rabbin de France, Haïm Korsia, membre de l’Académie des sciences morales et politiques, loue, de son côté, l’incroyable « rêve des bâtisseurs » qui ont consacré leur vie à offrir le meilleur pour la gloire de Dieu : « Ce qu’expriment ces pierres taillées, ces voûtes, ces rosaces et vitraux, le son de ces cloches et de ces orgues, ces charpentes aussi, tous ces savoir-faire transformés en art, c’est une irrésistible confiance, une irrépressible détermination à faire du Beau pour glorifier le Créateur, pour Lui donner une maison qui soit une maison commune, d’où jailliront la prière, la foi et l’espérance […] Nul doute que les bâtisseurs de Notre-Dame aient eu à l’esprit cette foi inébranlable […] Nul doute que pendant près de neuf siècles cette proclamation a été perçue, à travers le monde comme à Paris, et bien au-delà des seuls catholiques, comme un signe extraordinaire de solidité, de ferveur, de confiance et d’espérance. C’est bien ce qui explique tant de larmes, d’émotion, de sidération devant la menace de destruction par le feu de ce symbole de la pérennité de la présence de Dieu au cœur des Siens et de la foi des Hommes en l’Éternel. Ou simplement de l’émerveillement devant la force d’âme des bâtisseurs qui affrontaient tant de difficultés en sachant qu’ils ne verraient pas même le résultat de leurs travaux ».


Notre Dame

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Tout comme Haïm Korsia, Étienne Ghys, de l’Académie des sciences, demeure fasciné par les prouesses techniques de Notre-Dame et salue le savoir-faire de ces artisans dont l’âme reste inscrite dans les pierres de la cathédrale : « La science ne devrait pas oublier qu’elle doit une bonne partie de son essor aux savoir-faire transmis sur des chantiers par une multitude de maîtres d’œuvre, d’artisans et de simples ouvriers anonymes ».

« Notre-Dame de Paris est, aussi, un chef-d’œuvre du XIXe siècle »

Si la cathédrale est un merveilleux témoignage de l’architecture gothique, « Notre-Dame de Paris est, aussi, un chef-d’œuvre du XIXe siècle », défend Adrien Goetz de l’Académie des Beaux-arts. « Cette cathédrale du XIXe siècle est une œuvre d’art totale. Des reliures des livres saints aux reliquaires du trésor, de la grille du chœur au coq de la flèche, Viollet-le-Duc a tout conçu, il a eu le génie de restaurer plus que la lettre, l’esprit de ce chef-d’œuvre, à l’intérieur duquel on pénètre et dont on fait soi-même partie […] » « Pourquoi le XIXe siècle serait-il un moins grand siècle que le XIIe et le XIIIe ?, martèle-t-il. Allons-nous laisser détruire cette création si puissante, cette image qui, le 15 avril a été vue par toute la planète parce que sa force symbolique, dessinée par Viollet-le-Duc et magnifiée par Hugo, a atteint l’absolu ? »

Défendant l’idée que Notre-Dame est un chef-d’œuvre universel, il déclare : « Si la flèche du Mont-Saint-Michel tombait, avec l’archange sculpté par Frémiet, hésiterait-on à la reconstruire à l’identique sous prétexte qu’elle ne date pas du Moyen Âge ? Elle donne au Mont sa silhouette, celle qu’aiment pèlerins et touristes, elle est, elle aussi, un chef-d’œuvre universel que nous devons au XIXe siècle […] Serons-nous cette génération qui laisse moisir et se cloquer, dans toutes les églises de Paris, les décors peints des élèves d’Ingres — à l’exception, si probante, de Saint-Germain-des-Prés, où Flandrin rayonne à nouveau ? L’incendie de Notre-Dame a prouvé à quel point la cathédrale est la plus magistrale réussite de cet âge de qui alliait l’amour du passé et l’éloge du peuple en révolution, la puissance de Quasimodo, la danse d’Esméralda, la gloire des tailleurs de pierre et des charpentiers. C’est cela aussi qui a brûlé, autant que la cathédrale du Moyen Âge. Aux yeux des siècles à venir, notre responsabilité est immense ».

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academie francaiseNotre Dame de Paris
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