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La cité de la Pentecôte ou l'anti-Babel

APOSTLES DOVE

Pascal Deloche I Godong

Church of the Saviour on Spilled Blood or Church of Resurrection. La Vierge Marie entourée des apôtres recevant le Saint-Esprit.

Jean-Michel Castaing - Publié le 07/06/19

La communauté que l'Esprit saint bâtit à partir de la Pentecôte prend le contrepied du modèle de la Babel antique, cette cité dont Dieu dispersa les habitants sur toute la face de la terre (Gn, 11,9). Saisir les différences entre l'Église et Babel permet de mieux apprécier le travail de l'Esprit dans l'Église…

Avec la descente du Saint-Esprit sur les disciples débute une aventure spirituelle inédite. C’est une nouvelle communauté qui voit le jour. Un nouveau peuple de Dieu prend forme. La Pentecôte couronne le mystère pascal en répandant ses fruits sur les Apôtres. La descente de l’Esprit est bien le sceau de Pâques, son achèvement plénier. L’Esprit saint est entièrement référé à Jésus et à son mystère de mort-résurrection. Il n’est pas une personne divine vivant en autarcie, fonctionnant en circuit fermé, encore moins un agent d’anarchie spirituelle.


PADRE RANIERO CANTALAMESSA

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C’est la raison pour laquelle la communauté que l’Esprit saint anime, se tourne sans cesse vers les paroles et les actes de son Maître, le Christ. Aussi n’est-elle pas portée, sous son influence, à se prêcher elle-même, comme les modernes Babel restent trop souvent tentées de le faire. Voilà la première différence entre l’Esprit de Pentecôte et l’esprit qui inspira Babel, la cité dont les habitants désiraient « se faire un nom » par eux-mêmes, selon leurs propres termes rapportés par la Bible, sans référence à une transcendance (Gn 11, 4).

Concurrence à propos des derniers temps

La venue de l’Esprit saint marque celle des temps de la fin. Provenant de l’au-delà de l’histoire, la troisième Personne de la Trinité introduit les disciples de Jésus, de manière inchoative, dans la réalité dernière du Royaume. « Petits enfants, c’est la dernière heure » dit saint Jean dans première lettre (1 Jn 2,18). Depuis la montée au ciel de Jésus, nous vivons en effet les derniers temps. Cependant, ces « derniers temps » ne signifient pas évasion du monde. En goûtant les biens du monde à venir, les croyants restent néanmoins soumis, comme leurs frères humains, aux conditionnements de toute sorte, qu’ils soient historiques, culturels, biologiques.


FATHER RANIERO CANTALAMESSA

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Or, la communauté née à la Pentecôte, parce qu’elle possède déjà un pied dans l’éternité, entre inéluctablement en concurrence avec Babel sur ce terrain. Pour quelle raison ? Parce que la cité sans Dieu n’est en mesure de légitimer son athéisme pratique qu’en singeant l’eschatologie chrétienne, c’est-à-dire en faisant accroire à ses citoyens qu’avec elle les derniers temps sont enfin arrivés. Babel, en se définissant comme l’acmé de l’évolution historique de l’humanité, ne peut que regarder d’un très mauvais œil cette communauté, l’Église, qui prétend elle aussi incarner la fin de l’histoire.

Dépendance et immanence

Cette concurrence entre les deux cités s’exacerbe surtout sur le domaine des modalités de leur construction respective. Alors que Babylone se sent assez forte et puissante pour se passer de Dieu, l’Église, quant à elle, est toute théocentrée. Elle sait qu’elle est redevable de son existence à la volonté du Père de rassembler ses enfants, au Fils, du côté ouvert duquel elle est sortie au Calvaire, et enfin à l’Esprit qui en est l’âme vivifiante. L’Église vient et vit de la Trinité tout en cheminant vers elle. Elle reste consciente d’être toute dépendante de Dieu.


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Rien de tel pour Babel. Celle-ci garde ses regards tournés vers elle-même, admirant ses réalisations, son fonctionnement immanent, les prodiges de sa technique et de sa science. Elle tient ses habitants en hypnose devant ses prouesses afin de leur enlever les ressources de leur libre arbitre. Obnubilés par ses miracles, ses citoyens ne désirent pas la liberté : ils n’en veulent que le spectacle.

L’Histoire aux poubelles

Mais avant de se porter au pinacle, la cité sans Dieu a dû idolâtrer une autre puissance : l’Histoire. En effet c’est de celle-ci qu’elle tient son prestige. La Babel moderne a persuadé en effet ses habitants que sa perfection avait été enfantée par les lois de l’évolution historique. Maintenant qu’elle a atteint son but, elle peut laisser tomber l’Histoire dans les poubelles de… l’histoire ! Elle n’en a plus besoin. Elle vit dans un perpétuel présent. Renouer avec l’histoire signifierait pour elle avouer son incomplétude, son manque, son imperfection. L’Apocalypse met dans la bouche de la Prostituée fameuse ces paroles pleines de suffisance : « Je trône en reine et je ne suis pas veuve et jamais je ne connaîtrai le deuil. » Babel désire en finir avec le devenir parce qu’elle estime avoir fait descendre la perfection sur la terre. À quoi bon évoluer encore après cela ?




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Alors que l’Esprit saint maintient dans l’Église la tension entre le « déjà-là » de l’éternité et le « pas encore » de l’histoire, Babel désire au contraire faire descendre les cieux sur la terre dans l’espoir de rendre sans délais les hommes comme des dieux. Si Dieu opère la dispersion des peuples à Babel, c’est afin de dissiper le sortilège de cette utopie de pure spatialité, en y réintroduisant le temps et le mouvement de l’histoire.

Un activisme dénué de finalité

« Ils se dirent l’un à l’autre : “Allons ! Faisons des briques et cuisons-les au feu.” La brique leur tint lieu de pierre et le bitume leur tint lieu de mortier. Ils dirent : “Allons ! Bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet soit dans les cieux, et faisons-nous un nom, de peur que nous soyons dispersés à la surface de toute la terre” » (Gn 11,3-4). Vivant dans un présent éternel, les habitants de la cité séculière ne possèdent plus de but, de finalité. Dans le récit biblique, la construction de la tour de Babel est secondaire par rapport à celui de fonder une cité. Le texte vise dans sa critique « le comportement d’hommes qui agissent d’abord pour agir, qui agissent sans projet, dont les actes sont dès lors voués à la tautologie suggérée par le discours décrivant leur action vaine. Cette critique se renforce encore de par la disposition qui place le verset 3 avant le verset 4 qui énonce le projet de cette action : le projet n’est décrit qu’après l’action, entreprise d’abord pour elle-même. L’inversion de la cause finale de l’action, qui normalement la précède, et de sa cause efficiente témoigne d’une situation de crise et de confusion ». Autrement dit, il s’agit de bâtir pour bâtir, comme pour s’étourdir et masquer l’arrière-fond nihiliste de l’entreprise ! De même qu’aujourd’hui, faut-il produire pour consommer, et consommer pour écouler la production, et cela dans un cycle sans fin…


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D’ailleurs, dans le récit biblique, les moyens utilisés (la brique pour la pierre, et le mortier pour la glaise) sont le signe que cette construction est entièrement artificielle : les hommes de Babel ne veulent rien devoir qu’à eux-mêmes, rompre avec tous les savoirs acquis, tous les matériaux utilisés précédemment. De nos jours, l’économie ne reproduit-elle pas la méthode de construction de l’antique Babel avec ses mirages technologiques « nés d’hier », sans ascendance ni traditions ? Le consumérisme, pour triompher, a besoin en effet de cire vierge, de logiciels de pensée formatés selon ses normes. Aussi Babylone n’a-t-elle d’autre empressement que de désencombrer nos esprits de toute trace de culture antérieure à elle-même. Le « temps long » de nos traditions freine trop, à son goût, le progrès exponentiel de ses sortilèges techno-scientifiques en donnant mauvaise conscience à son présent sans épaisseur, tout à ses divertissements.


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Quelle différence ici encore entre l’Église et Babel ! Tandis que le cheminement de l’Église dans l’histoire est aimantée par la venue glorieuse du Seigneur, le travail semble être pour Babel un moyen d’occulter son vide intérieur.

La tension entre unité et différence

Autre différence significative : la tension entre unité et différence. À la Pentecôte, l’Esprit saint, au lieu de construire une cité uniforme, murée dans son orgueil, bâtit au contraire l’Église de Dieu comme une communauté une mais plurielle, tout entière tournée vers la Trinité, ce Dieu à la fois Un et trine. À l’opposé, Babel parle une seule langue, prémisse des États totalitaires. Là aussi, la Pentecôte est l’anti-Babel parce que l’Esprit-Saint bâtit l’unité dans la différence, en donnant aux Apôtres de s’adresser à chacun « dans son propre idiome maternel » (Actes, 2, 8).

À causes opposées, effets contraires : Babel produit la dispersion, alors qu’avec la Pentecôte débute le rassemblement des nations.

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