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Monaco : vers la fin de l’État confessionnel ?

malasoca / Pixabay

Nicolas Bauer - Publié le 06/06/19

Au cours de sa prochaine session, le parlement de la principauté de Monaco doit examiner plusieurs initiatives législatives « sociétales » qui pourraient bouleverser les relations entre l’Église et l’État : Monaco est l’un des rares pays au monde où le catholicisme est religion officielle.

L’archevêque de Monaco, Mgr Bernard Barsi, a prévenu les parlementaires de la principauté : « Légaliser l’IVG serait […] inévitablement un choix politique qui manifesterait la volonté d’abandonner la confessionnalité de l’État. » À Monaco, le catholicisme est en effet inscrit dans la Constitution comme la religion de l’État, ce qui a pour conséquence logique d’inscrire un sens chrétien à la législation. Selon ce principe constitutionnel, l’Église est aussi juridiquement fondée à intervenir dans les débats législatifs, par la voix de l’archevêque .

Une dépénalisation partielle

En 2009, l’avortement a déjà été dépénalisé dans la principauté pour les cas de viol, de danger pour la santé de la mère et de maladie grave de l’enfant à naître. En 2011, la franc-maçonnerie a été autorisée à s’implanter officiellement sur le territoire, au nom de la liberté d’association. L’archevêché s’était en vain opposé à ces deux bouleversements. Le Conseil national de Monaco — parlement de la principauté — débattra en séance publique au mois de juin 2019 d’autres changements législatifs : la création d’un « contrat de vie commune » pour les partenaires de même sexe, l’assouplissement du principe du repos dominical, et la dépénalisation de l’avortement jusqu’à douze semaines de grossesse. Cette dernière proposition de loi, déposée par l’ancien conseiller national Éric Elena le 3 octobre 2017, entend modifier l’article 248 du Code pénal de Monaco qui définit et réprime le délit d’avortement.

L’opposition de l’archevêque

Sur l’IVG, le décalage entre les exigences de l’Église et les ambitions parlementaires est net. L’archevêque de Monaco, Mgr Barsi, a pris position dans le débat dès décembre 2018 : « Dépénaliser, oui, légaliser, non. » Il a ensuite posé plusieurs conditions restrictives : la dépénalisation ne doit concerner que les femmes pour qui l’avortement est un « terrible traumatisme », et non les médecins. Elle doit par ailleurs s’accompagner de politiques d’accompagnement et d’aides pour les femmes enceintes en détresse. Une telle dépénalisation limitée pourrait, d’après l’archevêque, être tolérée au sein de l’État catholique monégasque.




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La position de Mgr Barsi sera-t-elle suivie par le Conseil national de Monaco ? La procédure législative ne fait que commencer : après avoir été adoptée par le parlement de la principauté, la proposition de loi devra encore être transformée en projet de loi si le gouvernement princier donne son accord. Le débat parlementaire actuel reste théorique et symbolique, les femmes n’étant en pratique jamais condamnées pour délit d’avortement. Pour le moment, le président du Conseil national monégasque, Stéphane Valeri, semble partager la position de Mgr Barsi : il refuse une dépénalisation qui concernerait les médecins pratiquant des avortements et non seulement les femmes, car ce serait l’équivalent d’une « légalisation » impliquant de « changer la Constitution ». Avant son éventuelle adoption en séance publique, la proposition de loi d’Éric Elena devrait donc être amendée afin d’éviter une dépénalisation généralisée de l’avortement.

De la dépénalisation à la légalisation

Pourquoi une dépénalisation généralisée de l’avortement serait-elle incompatible avec le catholicisme d’État ? Contrairement à une légalisation, une dépénalisation de l’avortement empêche a priori l’État de promouvoir cette pratique comme un « bien » ou un « droit » pour les femmes. Une dépénalisation pourrait être acceptable si l’avortement reste considéré comme un mal que l’État et la société tolèrent exceptionnellement, mais dont ils souhaitent avant tout préserver les femmes.

En outre, dépénaliser l’avortement ouvrirait en réalité la voie à sa légalisation ; c’est un engrenage juridique irréversible, comme le montrent l’exemple français et celui de nombreux autres pays. En 2009, Mgr Barsi avait déjà prévenu : « Tout le reste risque de suivre et le pire est à redouter. » L’auteur de la proposition de loi actuellement débattue, Éric Elena, a assumé le fait que ce texte visait à « ouvrir une porte » vers la promotion de l’avortement comme « droit humain », ce qui va donc bien au-delà d’une simple loi de « tolérance ».

Une intervention du pape ?

Si Monaco en vient à dépénaliser l’avortement de manière généralisée, il est probable que le pape François intervienne, comme il l’a déjà fait pour le cas similaire de la principauté d’Andorre en novembre 2018. Le pape François avait fermement exhorté l’évêque de la ville de La Seu d’Urgell à prendre position contre la dépénalisation généralisée de l’avortement, sans distinguer celle-ci d’une légalisation. Dans l’hypothèse du vote d’une loi dépénalisant totalement l’avortement, le Vatican demanderait l’abdication de l’évêque, qui est l’un des deux co-princes d’Andorre, ce qui remettrait en cause le système de co-suzeraineté existant depuis 1268.

En cas de dépénalisation généralisée de l’avortement à Monaco, le Vatican pourrait donc mettre en cause les liens étroits et constants entre la Papauté et la principauté monégasque. Pour sa part, le prince Albert II de Monaco a affirmé à plusieurs reprises son fort attachement au catholicisme de l’État.

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