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6 juin 1944 : le mystère de l’orgue qui jouait sous les bombes

WWII ; DDAY ; NORMANDY
US Air Force
Des bombardiers légers A-20 survolent la Normandie en mai 1944
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Ils ont vécu le Débarquement : une veuve et ses deux enfants à Caen, des moines près de Bayeux, des religieuses en Bretagne. Aleteia raconte leur histoire, vécue la foi chevillée au corps.

Quelques heures après le Débarquement, le 6 juin 1944, l’abbaye de Mondaye (Calvados) reçoit ses premières bombes. Les chanoines réguliers et une communauté de religieuses s’abritent dans la cave voûtée du monastère, bientôt rejoints par des réfugiés des alentours. Ils y survivront cinq semaines tandis que la terrible bataille des haies fait rage au-dessus de leurs têtes.

Très vite, le 7 juin, les Anglais déboulent dans l’abbaye, mais ils sont aussitôt délogés par les soldats allemands qui camouflent leurs chars autour de l’abbaye. À la cave, la vie s’organise. Après deux jours de bombardements pendant lesquels il est impossible de dire la messe en entier, les réfugiés essaient de redire les offices. Le 8 juin, jour du Saint-Sacrement, la messe est célébrée sur un autel dressé à la cave. Chaque soir après la prière, il y aura désormais un Salut du Saint-Sacrement.

Absolution générale

Cette nuit-là et jusqu’au 10 juin, des tirs violents sont échangés. Le frère Godefroy se souvient dans un numéro du Courrier de Mondaye publié en 1994 : « Vers 17 heures de ce même jour, un déluge de fer et de feu s’abat sur l’abbaye. Ce sont les Anglais qui lancent leur attaque. Pendant près d’une demi-heure c’est un bruit infernal. Nous sommes tous repliés au fond de la cave, priant tout en claquant des dents. Une absolution générale nous est donnée par le Père Maurice. »

C’est alors qu’il se produit un phénomène étonnant, remarqué par tous les réfugiés et signalé par le Père Godefroy : « De la cave, au milieu du vacarme, nous entendions régulièrement les orgues de l’église jouer. » Qui a pu avoir l’audace d’entrer dans l’abbatiale dont le clocher culminant sert de cible aux Anglais, de monter à la tribune alors que tous les murs tremblent sur leurs bases, de s’installer à l’orgue et de jouer des fugues de Bach, que l’oreille avertie du frère organiste a su reconnaître ? Est-ce un rêve ou une improbable réalité ?

Il faudra attendre une dizaine d’années après la guerre pour éclaircir ce mystère. Frère Godefroy célébrait un mariage. Pendant la messe, l’un des invités, un pasteur luthérien allemand le rejoint à la tribune de l’orgue. Frère Godefroy lui propose de jouer la sortie.

Le mystère éclairci

« Le pasteur s’assoit à la console et joue une magnifique sortie. Après avoir joué, il me regarde un moment, et me dit : “Étiez-vous ici lors du débarquement allié en 1944 ? Vous rappelez-vous le soldat allemand qui jouait pendant que tombaient les obus ?” Je suis très ému. Si je me rappelle ? C’est inoubliable. Il reprend : “C’était moi”. Nous fraternisons, je lui demande comment il pouvait penser à jouer au péril de sa vie, à la tribune, ces jours-là. Il me dit avec humour : “Oh, c’était la meilleure façon de ne pas entendre les obus qui tombaient”. »