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Deux deuils et deux raisons d’espérer

© Kayte_Bricamombe
Jean Vanier à Paray-le-Monial (Saône-et-Loire) en 2012.
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Réflexions sur les destins de Jean Vanier et d’Alain Noël : deux laïcs qui ont stimulé la vie de foi et montré que ce qui compte n’est pas l’image de l’Église dans les médias, mais la relation personnelle avec Dieu.

Deux disparitions récentes sont à méditer. L’une est celle de Jean Vanier. Il a forcé un respect unanime. Non pas seulement parce qu’il a fait reconnaître la dignité de personnes mentalement handicapées, mais aussi parce qu’il a expliqué pourquoi il fallait même les aimer et que les raisons les plus profondes et les plus solides étaient celle de la foi. Autrement dit, il a été et il reste, bien plus qu’un philanthrope admiré pour son action, un pédagogue spirituel, un disciple de Jésus qui révèle à chacun que Dieu l’aime tel qu’il est et que la découverte de cet amour rend capable d’aimer à son tour plus et mieux qu’on n’osait l’espérer.

Le baptême suffit

L’autre disparition a fait un peu moins de bruit, car celui-là n’avait pas eu le temps de dépasser les frontières. Mais, dans la dernière étape de son parcours peu banal – chanteur de rock, commercial dans la grande distribution puis éditeur (fondateur des Presses de la Renaissance) –, avec le « monastère invisible » qu’il animait avec son épouse (en prêchant tous azimuts y compris sur internet et les « médias sociaux »), Alain Noël, emporté trop tôt, s’était lui aussi révélé un guide pour la vie intérieure, la prière, la relation directe avec Dieu au jour le jour. Deux leçons sont à tirer de ces itinéraires qui laissent quelques traces.

La première, c’est que ces deux figures du catholicisme francophone des dernières décennies étaient des laïcs. Les aides et conseils pour se convertir à nouveau chaque jour, comme c’est pratiquement nécessaire, ne sont pas réservés aux prêtres, religieux et religieuses. Ces « spécialistes » sont bien sûr hautement qualifiés en raison de l’expérience personnelle de leur vocation. Mais l’Esprit souffle où il veut et peut inspirer tout être humain (Jn 3, 8), quel que soit son « état » dans l’Église. Être simple baptisé suffit pour recevoir la grâce de servir non pas de père (et encore moins de maître), mais de mentor ou d’aiguillon dans la quête de Dieu. François d’Assise, par exemple, n’a pas voulu fonder une nouvelle congrégation (le nombre de ceux qui se réclamaient de lui l’a imposé) et il n’a jamais été que diacre (ce qui, semble-t-il, se limitait à l’époque à un rôle secondaire dans la liturgie).

De la littérature à la spiritualité

Dans l’histoire, la plupart des grands spirituels ont prononcé des vœux, se sont consacrés et sont « entrés dans les ordres ». Mais ce n’était nullement obligé. Certes, certaines inspirations qui n’ont pas été authentifiées et assimilées par les autorités hiérarchiques ont mal tourné : ainsi vers 1200, le zèle apostolique mais aussi mystique du marchand lyonnais Pierre Valdo, dont les disciples deviendront hérétiques et schismatiques (les Vaudois). Un peu de même, au temps de Louis XIV, Jean de Bernières, fonctionnaire royal à Caen, est accusé de quiétisme (abandon à Dieu poussé jusqu’à l’indifférence et la passivité). Mais son rayonnement dément ce soupçon : il a incontestablement contribué à la popularisation de ce que l’on appellera « l’école française de spiritualité », et motivé l’évangélisation de la « belle province » du Québec ainsi que le lancement des Missions étrangères de Paris.

À partir du XIXe siècle, l’intelligence de la foi n’est plus alimentée exclusivement par les clercs : il y a (entre autres) Chateaubriand, Ozanam, puis Péguy, Maritain, Claudel, Bernanos, Mauriac… À la fin du XXe siècle et au début du XXIe, nombre d’écrivains ouvertement catholiques ne sont ni prêtres ni bonnes sœurs. Et la nouveauté est qu’ils ne se contentent pas de produire de la littérature qui marque la place du christianisme dans la culture et dans la société : par-delà le témoignage et donc sans se donner en modèles, ils parlent de la manière dont chacun peut nouer, entretenir et vivre un rapport intime avec le Dieu de Jésus-Christ.

L’initiative de simples baptisés

Pour citer deux cas (et il y en aurait bien d’autres), Fabrice Hadjadj n’est pas seulement philosophe et dramaturge, et Christiane Rancé n’est pas uniquement romancière et journaliste. Ils publient des livres de spiritualité. Citons Résurrection, mode d’emploi (Magnificat, 2016) pour l’un, Prenez-moi tout, mais laissez-moi l’extase pour l’autre (Seuil, 2012). On entend demander aux laïcs de prendre leurs responsabilités : mais ils le font déjà, en nourrissant la prière des autres et sans rien enlever au clergé qu’ils savent toujours indispensable pour les sacrements et le service de l’unité – sans compter l’aide, en chaire ou plus personnalisée, à la familiarité avec Dieu.

Il n’y a d’ailleurs pas que des écrivains. Nombre des mouvements qui ont redynamisé l’Église sont nés d’initiatives de simples baptisés, dont des femmes (et pas forcément célibataires) : les Focolari (Chiara Lubich et Igino Giordani), Sève (Marguerite Hoppenot), l’Emmanuel (Pierre Goursat), Notre-Dame des Sans-Abri (Gabriel Rosset), Kiko Argüello et Carmen Hernández (Chemin néocatéchuménal), Prier en famille (Monique Berger)… Ce qui n’exclut nullement la coopération avec des prêtres : Marthe Robin avec le P. Georges Finet (Foyers de Charité), Adrienne von Speyr avec le P. Hans Urs von Balthasar (Communauté Saint-Jean), de jeunes couples avec le P. Laurent Fabre, s.j. (du Chemin Neuf)…

Le christianisme intéresse

Cette créativité s’explique en partie par tous les relais désormais offerts à la parole et à l’écrit par les technologies modernes. Mais ce qui est sans doute plus décisif encore – et c’est la seconde leçon à tirer de l’audience de Jean Vanier et d’Alain Noël, qui ne sont donc pas des cas isolés –, c’est l’appétit redécouvert pour les trésors de la foi, depuis la désillusion laissée par les idéologies et la prise de conscience d’un « retour du religieux » à l’échelle planétaire. Le christianisme ne peut pas disparaître. L’incendie de Notre-Dame l’a révélé. Et l’Évangile interpelle même les incroyants : ainsi le philosophe, helléniste et sinologue François Jullien, qui en explore les « ressources », ou l’écrivain anarchisant et artiste aux talents multiples François Bégaudeau, pour qui « la question de Dieu n’est pas réglée ». Décidément, l’avenir de l’Église ne dépend pas des « affaires » qui l’atteignent. Elle intéresse invinciblement pour de tout autres et bien meilleures raisons : spirituelles.

En images : Ces 12 phrases inspirantes de Jean Vanier
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