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Un militaire au combat peut-il concilier foi et vocation de soldat ?

AFP
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Alors que le 61e Pèlerinage militaire international s’ouvre à Lourdes ce 17 mai, nombreux sont ceux à s’interroger sur la manière de concilier foi et métier des armes. « Le soldat est celui qui accepte de mourir pour sa patrie mais aussi celui qui accepte de donner la mort pour sa patrie », souligne pour Aleteia le lieutenant-colonel Erbland, pilote d’hélicoptère de combat, qui va intervenir à Lourdes sur cette question.

« Il y a la peur, le courage, la douleur de perdre des camarades, celle de quitter les siens mais aussi le terrible moment où du haut du ciel, on tue sa cible quand elle s’encadre dans la lumière verte du viseur, avant que les flammes du canon ne la détruisent ». Pilote d’hélicoptère de combat, le lieutenant-colonel Brice Erbland a été déployé en Libye et en Afghanistan en 2011. Dans un livre intitulé Dans les griffes du tigre, il livre son témoignage sur ces deux conflits. Ce vendredi 17 mai, à Lourdes, à l’occasion du 61e Pèlerinage militaire international (PMI) présidé par l’évêque aux armées Mgr de Romanet et qui se tient jusqu’au 19 mai, c’est un autre témoignage que le lieutenant-colonel va partager.

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Alors que près de 15.000 pèlerins (militaires français, personnel civil des armées, leurs familles et leurs frères d’armes de plus de 40 nations) sont attendus, il va échanger avec eux sur comment concilier sa foi et sa vocation au métier des armes. Comment participer aux combats et donner la mort sans être bouleversé dans sa condition humaine et dans celle de chrétien ? Et surtout, comment trouver la paix après un tel acte ? « Le choix que doit faire quotidiennement le soldat entre le bien et le mal est une bascule permanente entre l’éthique de conviction et l’éthique de responsabilité », confie-t-il à Aleteia.

Aleteia : Vous êtes officier pilote d’hélicoptère de combat et catholique. Comment conciliez-vous votre vocation de soldat et votre foi chrétienne ?
Lieutenant-colonel Erbland : Le soldat est celui qui accepte de mourir pour sa patrie mais aussi celui qui accepte de donner la mort pour sa patrie. C’est dans cette affirmation que réside toute la difficulté de concilier foi et métier des armes. D’un côté le Christ dit lui-même qu’« il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » et, de l’autre, « Tu ne tueras point » fait partie des dix commandements. De la même manière, le Christ admire la foi du centurion mais Jean-Baptiste met en garde les soldats pour qu’ils n’abusent ni de leur pouvoir ni de leur force. C’est un combat intérieur permanent que mène le soldat, le choix qu’il doit faire quotidiennement entre le bien et le mal est une bascule permanente entre l’éthique de conviction, l’évangile pour le chrétien, et l’éthique de responsabilité.

Formé sur hélicoptère Tigre, vous avez été projeté en Afghanistan au début de l’année 2011, puis en Libye lors de la même année. Dans ce cadre-là vous avez réalisé d’une part une centaine de missions d’appui des troupes au sol, et, d’autre part vous avez commandé une escadrille d’attaque lors de 17 raids de nuit sur les forces armées de Kadhafi. Quelles règles vous êtes-vous fixées au combat ?
Personnellement je m’appuie sur trois piliers dans la prise de décision : j’agis en connaissance des lois et règles d’engagement, j’agis avec intelligence, c’est-à-dire en faisant preuve de créativité et de bon sens, et, enfin, j’agis en conscience. Par exemple, lorsque j’étais en Libye, le but de l’opération était de permettre aux forces rebelles d’avancer le plus vite possible pour cesser le combat et donc de détruire les unités de combats de Kadhafi. Il m’est arrivé d’attendre quelques secondes que les servants d’une arme quittent leur véhicule pour détruire ce dernier. En Afghanistan il m’est arrivé de me retrouver avec deux soldats ennemis dans mon viseur qui avaient essayé plus tôt d’abattre mon hélicoptère. Les règles d’engagement me permettaient de tirer mais ils n’étaient plus en ordre de combat. J’ai donc choisi de ne pas ouvrir le feu. Autre exemple, en Afghanistan une section de soldats français était sur une crête, très peu protégée et sous le feu. Les insurgés tiraient quant à eux depuis une habitation. Qui était dedans ? Des insurgés, certainement, mais peut-être aussi une famille. J’ai privilégié un tir continu devant la fenêtre pour stopper leurs tirs et donner aux soldats français la possibilité de se retirer plutôt que de raser la maison. Dans ce cas-là j’ai réussi à remplir ma mission en conscience. Bien entendu, dans de nombreux autres cas plus simples, je n’ai jamais hésité à ouvrir le feu lorsque la vie de soldats français était en jeu.

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Votre foi contribue-t-elle à relativiser la perspective de la mort, de la blessure, de la capture ? En d’autres termes votre foi vous aide-t-elle à combattre ?
Ma foi est née dans ces opérations-là, en 2011. Depuis j’ai parcouru un chemin énorme et quand je repartirai oui, je pense qu’elle m’aidera. Mais à l’époque elle n’était pas présente comme aujourd’hui. Je garde néanmoins ce souvenir en Libye d’un lieutenant croyant qui allait à la messe avec le padre avant chaque raid. J’en avais longuement discuté avec lui et il me disait : « Maintenant, je suis prêt, je peux tomber ce soir ». Bien évidemment on ne s’engage pas pour mourir mais la mort est pour nous une hypothèse de travail.

Quel rapport entretenez-vous avec la prière ?
Sans doute que demain la prière m’aidera à affronter l’adversité. Mais elle m’a déjà aidé à retrouver la paix après le combat. Pour retrouver cette paix intérieure je pense qu’il y a trois remèdes : le remède fraternel (en parler avec des camarades), le remède savant (en parler à un psy) et, sur le long terme, le remède spirituel qui se trouve dans la foi et la prière.

Parmi vos hommes certains ne sont pas chrétiens. Le ressentez-vous ? Leur parlez-vous même de manière indirecte de votre foi ?
Comme tout chrétien le soldat chrétien se doit d’être exemplaire, il évangélise avant tout par l’exemple. Ce lieutenant qui allait à la messe en Libye a certainement dû en interpeller plus d’un !

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Trouvez-vous la paix après ces missions ?
Certains ont besoin d’une justification globale, de réfléchir sur le sens de l’action, de l’opération en elle-même. Personnellement mes justifications sont plus terre à terre : sur place je sais que je me bats pour le camarade en-dessous… Il y a également des différences d’empathie d’un soldat à l’autre. Personnellement j’ai été secoué par une empathie directe avec les deux premières personnes que j’ai tuées : je me suis mis dans la peau de ces insurgés afghans. C’est ce qu’on appelle un phénomène d’identification. Pour un autre c’était au moment des obsèques d’un camarade, en voyant la famille et les enfants de ce dernier en pleurs. D’un coup il a visualisé la famille de l’insurgé qu’il avait tué. On ne sait pas ce qui va déclencher le malaise. Mais donner la mort ne laisse personne indifférent, il y a une sorte de révolte de la chair. Et c’est bon signe ! Cela signifie qu’on est capable de distinguer le bien du mal. J’ai tiré de mon expérience des règles morales, des lignes rouges que j’ai découvert en les franchissant.

Et quelles sont-elles ?
Il y en a plusieurs dont la réciprocité du danger. Pour légitimer le pouvoir exorbitant de donner la mort il faut assumer le risque de mourir. Le proverbe latin dit « Qui veut la paix prépare la guerre ». J’ai entendu un évêque dire un jour « Qui veut la paix prépare la justice ». C’est de cela qu’il s’agit : il faut faire ce qui est juste. Le soldat qui est chrétien doit chercher cela ; il doit concevoir des opérations justes, les mener de façon juste, se comporter de façon juste. Cette exigence rajoute des responsabilités au soldat chrétien. Mais elle est essentielle dans ce métier qui est par certains aspects en accord parfait avec l’Évangile et qui, par d’autres, en semble très éloigné.

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