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Jean Vanier : un fou admirable

JEAN VANIER
© Stéphane OUZOUNOFF/CIRIC
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Jacques Gauthier, chroniqueur pour Aleteia, évoque ses souvenirs avec Jean Vanier, décédé le 7 mai à l’âge de 90 ans.

Il y a de ces êtres qui disparaissent et qui laissent une trace profonde de leur passage sur terre. Dans la nuit du 7 mai 2019, une lumière s’est éteinte en notre monde pour qu’elle brille à jamais au Ciel. À 90 ans, Jean Vanier a rejoint son Jésus bien-aimé, qu’il a vu et touché dans le regard de ses frères et sœurs atteints d’un handicap mental. Jésus l’a béni de la main de ses pauvres, lui a souri dans leur regard, l’a accueilli dans leur compagnie, celle de la communion des saints : « Ce que vous avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40).

Mon expérience à L’Arche

J’ai entendu Jean Vanier à la télévision en 1973. Il témoignait de son expérience à la communauté de L’Arche qu’il avait fondée en 1964 à Trosly-Breuil avec le père Thomas Philippe. Des personnes ayant un handicap mental vivaient ensemble avec d’autres qui venaient partager leur vie. J’ai ressenti un appel pressant à m’engager là-bas avec lui. Puis, j’ai su qu’il donnait une conférence à Québec. Je suis allé à sa rencontre, sur le pouce, en pleine tempête de neige. Lorsqu’il est arrivé, je me suis faufilé dans la foule et je ne lui ai posé qu’une question : « Est-ce que c’est la volonté de Dieu que je vienne à L’Arche? » Il m’a proposé de l’accompagner en voiture, après la soirée, pour en parler. Et il m’a dit : « Viens, on t’attend ».

J’avais été ébloui par sa conférence, sa manière si simple et profonde de parler de Jésus, sa voix douce et tendre, son corps si grand qui se penchait jusqu’à nos yeux pour mieux nous élever. Il n’avait rien du gourou séducteur, du maître manipulateur, mais tout d’un être libre qui respectait son interlocuteur en l’écoutant, l’encourageant, l’accompagnant, et surtout en le laissant libre.

Lire aussi : Jean Vanier, le colosse au grand cœur, nous a quittés

À vingt et un ans, en mars 1973, je m’envolais pour la France et je le rejoignais à Trosly-Breuil. J’ai vécu quelques semaines chez sa mère Pauline, puis à la Ferme, où j’ai découvert la prière contemplative, qui restera le trésor de ma vie. Je communiais à Jésus présent dans la prière, l’Eucharistie et les plus pauvres. Pour le fondateur de L’Arche et du mouvement Foi et Lumière, tout cela ne faisait qu’un. Cette communion se vivait dans « la communauté, lieu de fête de pardon », pour reprendre l’un de ses titres.

Je me souviens des partages bibliques chez sa mère le dimanche soir, où, assis par terre, il nous proposait ce qu’il avait trouvé dans le texte. Comme Jésus, il parlait avec autorité, non en exposant des idées, mais en s’adressant au cœur. On sentait qu’il était authentique, qu’il y avait une cohérence entre la parole et la vie. J’avais une telle soif de cette eau vive qui jaillissait de son puits intérieur. Je me rappelle son regard bleu qui allait chercher ce qu’il y avait de meilleur en nous, ses grandes mains qui enveloppaient les nôtres, ses longs bras qui savaient étreindre sans retenir, son immense sourire qui illuminait son visage, sa voix unique qui apaisait les angoisses, ses mots qui témoignaient que les plus souffrants étaient souverainement aimés de Dieu.

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À son contact et à celui des résidents de L’Arche, j’ai eu à me dépouiller de toute une part de moi-même. J’ai pris conscience combien j’étais limité, centré sur moi, au lieu de me préoccuper des autres, qui vivaient des handicaps beaucoup plus lourds que les miens. L’Arche aura été pour moi un véritable chemin humain et spirituel, un moment déterminant dans mon itinéraire de croyant.

Homme de compassion et de foi

Cet homme de foi, que l’on tutoyait facilement en l’appelant Jean, était profondément humain, donc divin. Il était un doux géant qui nous grandissait par son humilité. Il a reçu des médailles prestigieuses et les plus hautes décorations, mais sa récompense était de laver la vaisselle avec ses amis handicapés de L’Arche, de chanter et de danser avec eux.

Disciple de Jésus, il mettait la compassion au cœur des relations humaines. Dans son livre Jésus, le don de l’amour, il écrivait que Jésus était venu transformer la faiblesse en un don, « un appel à la communion, qui éveille et attire la compassion; qui ouvre les cœurs et révèle la lumière. Il est venu faire de la faiblesse et de la chair un sacrement, le lieu de la demeure de Dieu ».

Lire aussi : Tugdual Derville : « Jean Vanier savait se mettre à la hauteur des petits »

Cet ancien officier de la marine britannique avait un sens concret, pratique, pour veiller à l’environnement des adultes ayant une déficience intellectuelle. S’il faisait des erreurs, il le reconnaissait. L’Arche deviendra une Fédération internationale qui comprendra près de 150 communautés sur les cinq continents. Mais, au début, tout avait commencé petit. Ce Canadien, né à Genève en 1928, deviendra vite un citoyen du monde qui s’ouvrira à toutes les cultures et religions. Profondément catholique, dont le mot signifie « universel », il voulait que L’Arche garde une dimension œcuménique et inter-religieuse.

Jean parlait d’abondance du cœur. S’il a écrit une trentaine de livres, il a surtout prêché des centaines de retraites et prononcé des milliers de conférences, souvent préparés sur un bout de papier. Jocelyn Girard, qui a été responsable d’une communauté de L’Arche en France et au Québec, relate les grands moments de la vie de cet homme dans une chronique sur le site Présence : « Jean Vanier était un homme profondément connecté à son être profond, dans une sorte de sanctuaire intérieur où il retrouvait l’Être, l’Autre, le Souffle inspirant toutes choses et donnant vie à toute création. C’est sans doute dans ce domaine de la spiritualité, notamment autour de la paix et du vivre-ensemble, que sa contribution aux enjeux de l’humanité sera la plus féconde pour le siècle à venir ».

Lire aussi : « Jean Vanier avait la capacité de relever des gens »

Pour fréquenter son sanctuaire intérieur, nous pouvons lire sa thèse de doctorat en philosophie sur le bonheur chez Aristote. Mais nous découvrirons mieux son souffle dans ses ouvrages sur la dépression, les larmes, les signes des temps, et ses autres livres aux titres révélateurs : Cri du pauvre, cri de Dieu ; Jésus vulnérable ; Accueillir notre humanité.

Lire la suite sur le blogue de Jacques Gauthier.

Ces 12 phrases inspirantes de Jean Vanier :
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