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Mgr Dominique Le Tourneau : « J’ai trouvé près de 3.000 sanctuaires mariaux en France »

© Shutterstock
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La profusion de sanctuaires dédiés à Marie en France et les 240 lieux d’apparition révèlent un amour de prédilection mystérieux de la Mère de Jésus pour la « terre des Francs ». À l’origine d’une dévotion locale, il y eut souvent la découverte d’une statue cachée. Les apparitions donnent lieu à des messages très différents. Dans son "Guide des sanctuaires mariaux", Mgr Le Tourneau répond à toutes les questions concernant la « cartographie mariale » de la France.

Aleteia: Monseigneur, vous venez de publier un nouvel ouvrage, le Guide des sanctuaires mariaux en France. Vous y présentez près de 2.900 lieux « actifs », au sens où au moins un pèlerinage ou une procession s’y rend chaque année. Comment expliquez-vous la présence d’un aussi grand nombre de sanctuaires mariaux en France ?
Mgr Dominique Le Tourneau : Pour commencer, je voudrais relever un aspect encourageant, à savoir la renaissance de pèlerinages qui avaient cessé dans la deuxième moitié du siècle dernier et la naissance de pèlerinages nouveaux, tels une route mariale dans le Nord ou les pèlerinages en VTT pour lycéens. À côté de cela, il faut noter malheureusement la disparition de nombreux lieux de pèlerinage au fil du temps, pour beaucoup suite aux méfaits durables de la Révolution française. Pour cet ouvrage, je me suis inspiré du Dictionnaire encyclopédique de Marie que j’ai rédigé avec Pascal-Raphaël Ambrogi, et qui été publié par Desclée de Brouwer en 2015. Je m’attendais donc tout au plus à mentionner environ 1000 sanctuaires mariaux. Et vous voyez où j’en suis arrivé : presque le triple ! Auxquels sont ajoutés une centaine de lieux de pèlerinage tombés en désuétude : ils sont mentionnés en raison de leur ancienneté ou de leur splendeur passée.

Quant à votre question, il est délicat d’y répondre directement. Elle revient à sonder le « mystère de piété » de Dieu, en quelque sorte à demander raison à Dieu et à la très Sainte Vierge de leur façon de se comporter envers nous ! Il me semble cependant que nous pouvons trouver une réponse dans la tentative d’explication de nombreux panégyristes de la mission et de l’épopée extraordinaire et très surnaturelle Jeanne d’Arc, la Pucelle d’Orléans qui sera à l’honneur l’an prochain. L’année 2020 verra en effet le centenaire de sa canonisation par l’Église catholique et de l’instauration par la République d’une fête nationale, qui gagnerait à être réactivée. Cherchant à comprendre pourquoi Dieu a confié à une jeune fille sans instruction la mission de prendre les armes pour bouter les Anglais hors de France et pour faire couronner et sacrer comme roi le vrai souverain du royaume, les orateurs se complaisent à dire que Dieu aime spécialement les Francs. Comme la Vierge Marie est très étroitement unie à notre Dieu trinitaire, elle veut ce que Dieu veut. Toute sa vie le prouve. Nous pourrions donc en déduire qu’elle aime elle aussi nécessairement notre pays d’un amour de prédilection.

Vous recensez 240 lieux d’apparitions de la Sainte Vierge en France au long des siècles. Cette réalité semble largement méconnue.
Méconnue, pas vraiment. Dans la plupart des cas, l’apparition a donné lieu à la construction d’une chapelle et à un pèlerinage, qui continue d’avoir lieu, parfois depuis de nombreux siècles. Il suffit d’évoquer la procession du saint Cordon qui se déroule à Valenciennes depuis l’an 1008. Ces apparitions sont loin d’avoir été toutes reconnues par l’Église. Peu le sont d’ailleurs. Mais la tradition et la piété populaire qu’elles suscitent sont de bon aloi.

En dehors de ces apparitions, quelle est l’origine des sanctuaires que vous présentez dans ce Guide ?
Elle est très variée. Mais dans de nombreux cas, elle répond à un événement qui se reproduit habituellement à peu de chose près suivant le même schéma, et qui se retrouve ailleurs, notamment en Espagne. Je veux parler de la découverte — ou « invention », du mot latin invenire, trouver — d’une statue de la Sainte Vierge enterrée ou cachée ailleurs pour échapper à la destruction lors des incursions mauresques, comme en Espagne, ou des exactions protestantes du XVIe siècle ainsi que de la persécution religieuse engagée chez nous par la révolution. C’est souvent un animal de labour ou de pâturage ou tirant un chariot qui, s’arrêtant au même endroit, intrigue et permet l’exhumation de la statue. Celle-ci est portée à l’église voisine. Le lendemain, elle a disparu et on la retrouve à l’emplacement d’où elle avait été prise la veille. Le phénomène se reproduit d’ordinaire trois fois. Après quoi la population et le clergé comprennent que Notre Dame souhaite avoir une chapelle en cet endroit. Souvent un pèlerinage s’organise, des miracles surviennent, une source miraculeuse sourd, etc. À Albert, dans la Somme, par exemple, la statue en pierre aurait été découverte par un berger dont une bête revenait toujours au même endroit. Frappant le sol de sa houlette, elle fut tachée de sang, tandis qu’une voix sortait de terre : « Arrête, berger, tu me blesses ! » Le berger exhume la statue qui porte la marque du coup donné.

Pour revenir aux apparitions, présentent-elles des traits communs ?
Nous pourrions nous y attendre, mais ce ne semble pas être le cas. Il est surprenant de constater qu’un tiers de celles que j’ai répertoriées se sont produites au XVIIe et au XIXe siècles, sans raison apparente pour cette concentration particulière. Nous aurions pu penser a priori que celles du XIXe siècle entendaient compenser la paganisation du pays causée par la Révolution française et les malheurs qu’elle a entraînés durablement avec les guerres napoléoniennes. Il n’en est rien.

Mais la Sainte Vierge délivre quand même un message spécifique.
Dans certains cas, il est très clair. Prenons l’exemple du repos dominical et de la sanctification du dimanche et des fêtes de précepte. Marie intervient à plusieurs reprises pour le rappeler et reprocher aux hommes de ne pas les respecter, et en plus de jurer et de ne guère prier. Tel est le sens des apparitions à Notre-Dame de l’Osier en 1649, et à La Salette en 1846, dans l’Isère, et encore plus clairement dans l’Hérault, à Saint-Bauzille-de-la-Sylve en 1873, où un culte est rendu à Notre-Dame-du-Dimanche.

Si nous considérons le XIXe siècle, nous y trouvons cinq grands lieux d’apparitions de la Sainte Vierge. La première intervient rue du Bac à Paris, les 18-19 juillet 1830, au profit de sainte Catherine Labouré, à qui Marie demande de faire frapper et de répandre la dévotion à la Médaille miraculeuse. La seconde est celle de La Salette, le 19 septembre 1846. Marie se plaint à Maximin et Mélanie du manque de piété du peuple et du relâchement des prêtres. En 1858, la Vierge Marie se manifeste dix-huit fois à Bernadette Soubirous, à Lourdes. Deux ans après la proclamation du dogme de l’Immaculée Conception, Marie se présente sous ce nom. Elle demande de faire pénitence et de se convertir ainsi que de réciter le chapelet. Puis Notre Dame intervient encore à Pontmain, le 17 janvier 1871, en pleine guerre franco-prussienne, devant six témoins. Le lendemain, les Prussiens se retirent des portes de Laval où ils s’apprêtaient à entrer. Marie y est invoquée depuis sous le vocable de Notre-Dame-de-l’Espérance. La cinquième grande apparition de ce siècle se produit à quinze reprises à Pellevoisin en 1876. Estelle Faguette, gravement malade, est guérie. En conformité avec le message de notre Mère du ciel, une confrérie Notre-Dame-de-Miséricorde voit le jour.

Les contextes sont donc on ne peut plus différents les uns des autres. Ce qui se traduit aussi par une grande diversité des titres mariaux : Notre-Dame de Bon Secours, Notre-Dame de Toutes Aides, Notre-Dame de Bonne Nouvelle, Notre-Dame de Toutes Grâces, Notre-Dame de la Délivrande, Notre-Dame de Bon Espoir, Notre-Dame de Miséricorde, Notre-Dame de la Santé, Notre-Dame des Victoires, Notre-Dame des Miracles, Notre-Dame des Neiges, Notre-Dame des Vertus, Notre-Dame de Bonne Garde, Notre-Dame de la Sainte Espérance…

Vous évoquez une « cartographie mariale » de la France. Qu’entendez-vous par là ?
C’est très simple, et le Guide des sanctuaires mariaux en France l’illustre bien. Tous les départements sont concernés. Rares sont ceux qui comptent moins de dix lieux mariaux. Mais plusieurs dépassent la centaine : 140 sanctuaires répertoriés dans le Finistère, 119 dans les Côtes-d’Armor, 110 dans le département du Nord, 103 en Haute-Corse… Curieusement, ces départements se situent tous aux marches du pays. Inutile de chercher une explication à ce phénomène. Les apparitions sont, elles aussi, inégalement réparties. L’Isère en est le plus grand bénéficiaire, avec huit d’entre elles. Suivent la Haute-Garonne et le Nord avec six et les Hautes-Pyrénées avec cinq. À partir de ces données, il serait possible de tracer une véritable cartographie mariale du pays, la France, qui, je le rappelle dans l’introduction avec Pie XII, est le « royaume de Marie ».

Quelles sont les caractéristiques spécifiques de ce Guide ?
Il se veut avant tout pratique. Nous avons opté avec l’éditeur pour une description détaillée du ou des principaux sanctuaires de chaque département en indiquant les voies d’accès, les contacts, les capacités d’hébergement et d’autres renseignements pratiques. Pour les autres, nous donnons une brève description ou simplement la date de la procession ou du pèlerinage. Les sanctuaires sont classés par ordre alphabétique des communes, département par département. On pourra le regretter, mais il a paru opportun de nous limiter à la France métropolitaine. Où que l’on se rende, il sera désormais très facile de savoir où aller vénérer la Vierge Marie et quand elle est spécialement honorée, en faisant partie de la « piétaille catholique » dont parlait Charles Péguy.

Avez-vous un message à délivrer aux usagers du Guide des sanctuaires mariaux en France ?
En plus de leur conseiller bien évidemment de le faire connaître du plus grand nombre pour la plus grande gloire de Notre Dame et en marque de reconnaissance pour sa prédilection envers les Francs, ce serait de développer notre piété mariale personnelle, d’avoir davantage recours à Marie, entre autres par la récitation du chapelet, qu’elle a si souvent recommandée. Au cours de l’histoire, bien des situations critiques ont ainsi pu être redressées. À L’Île-Bouchard, en décembre 1947, la Vierge Marie a demandé aux voyants de prier « pour la France, car elle en a grand besoin ». Nous connaissons la puissance de la prière qui a délivré tant de fois la chrétienté des maux qui l’affligeaient. Il me semble que la récitation du chapelet, et la prière mariale en général, s’imposent à nous comme une urgence dans le moment présent pour assurer l’ordre, la paix et la sainteté à tous les échelons de l’Église et du monde.

Artège

Guide des sanctuaires mariaux de France, Mgr Dominique Le Tourneau, Artège, 24 avril 2019, 660 pages, 24,90 euros.

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