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Édith Stein, philosophe de la conversion

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C’est après une longue maturation que l’intellectuelle juive Édith Stein se convertit au catholicisme. Auteur du livre « Édith Stein, la grâce devant soi », Vincent Aucante raconte la « philosophie de la conversion » de celle qui deviendra sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix.

Notre temps a plus que jamais besoin de conversion, que ce soit la conversion de l’Église à laquelle nous appelle le pape François, ou la conversion à l’amour du cœur des hommes. La vie et l’œuvre d’Édith Stein peuvent être pour chacun, chrétien ou non, un modèle de conversion.

La conversion marque un passage, inscrit dans l’histoire d’une personne. Elle ouvre le cœur, et l’amène à rencontrer Dieu. La personne peut se convertir en redécouvrant ses propres racines, la foi de sa famille ou de sa communauté, ou en changeant de religion. Édith Stein a vécu les deux types de conversion. D’origine juive mais devenue agnostique, elle a choisi le catholicisme, et est entrée après quelques années au carmel. Elle y a redécouvert la profondeur du judaïsme, dans lequel ont grandi Marie, Jésus et les apôtres.

« C’est la vérité »

La conversion d’Édith Stein, ressassée par les biographes, confine au mythe. Nous sommes en Allemagne, en 1921. Elle s’est vue refuser d’enseigner la philosophie à l’université, profession encore interdite aux femmes. En ce temps de grave crise économique, elle a trouvé refuge chez son amie Hedwig Conrad-Martius. Leur journée est consacrée au travail agricole, le soir à la philosophie. C’est dans ce contexte qu’intervient la lecture décisive de la vie de sainte Thérèse d’Avila, un auteur qu’Édith Stein fréquente depuis quelque temps déjà. Alors qu’elle est seule un soir d’été, elle rouvre le livre qui va la décider à faire le pas ultime en direction de l’Église. Au petit matin, après avoir lu l’ouvrage d’une traite, elle le rend en effet à son amie en lui disant seulement : « C’est la vérité ». Et peu après, elle demande le baptême. Cet événement est en réalité le résultat d’une maturation de plusieurs années, peuplée de rencontres, d’expériences, de lectures, et habitée par la recherche de la vérité. Ce choix de l’Église n’était pas plus facile à l’époque qu’aujourd’hui. Édith Stein a surmonté le mépris des intellectuels contemporains pour la foi, et l’incompréhension de sa famille.

La discrète action de la grâce

La conversion pose la question de la filiation, qui se joue suivant plusieurs niveaux. Au regard de la loi, l’enfant a un père et une mère qui assument les responsabilités qui en découlent. Du point de vue affectif, des liens sont tissés dès les premières années entre l’enfant et ses parents, pour le meilleur et pour le pire. Puis l’adulte se trouve confronté à d’autres liens communautaires, il se trouve face à des choix qui ne dépendent plus de sa famille, et il peut alors revisiter son patrimoine culturel et religieux. D’autres rencontres, d’autres manières de vivre, d’autres croyances lui ouvrent des horizons qui peuvent offrir de nouvelles orientations religieuses. C’est bien souvent la grâce divine qui agit discrètement, et prépare le cœur du futur converti. Édith Stein le note en passant : « Du point de vue de Dieu, il n’y a point de hasard. » Dès lors, de nombreux changements sont possibles, qui concernent toutes les dimensions de la vie sociale et intérieure, et donc aussi la vie religieuse.

Une déchirure

La conversion révèle les multiples dimensions de la personne : elle peut cheminer en son for intérieur, mais elle partage aussi les valeurs de différentes communautés qui vont se trouver bousculées par cette conversion d’un des leurs. Dans une famille, quand un des membres de la fratrie se convertit, son choix a nécessairement des répercussions sur les autres, parents et frères et sœurs. Et comme ils n’ont pas participé à l’évolution intérieure du converti qui reste secrète, ils sont forcés de revisiter les relations affectives nouées pendant de longues années. C’est pourquoi la conversion religieuse d’une seule personne peut engendrer des souffrances au sein de sa propre famille, car les autres vont se sentir comme dépouillés d’une partie des liens affectifs qu’ils avaient noués. Une faille peut s’ouvrir entre le converti et ses proches, une véritable déchirure dans le cas d’Édith Stein dont la famille juive va butter sur son choix de l’Église catholique. Il en est de même pour la place du converti dans la société, au sein d’une culture qui n’est pas nécessairement en phase avec les choix du converti. La montée du nazisme en Allemagne dans les années trente entraîne un antisémitisme radical, qui poursuivra Édith Stein jusqu’à la faire périr à Auschwitz. Les chrétiens de notre temps sont-ils prêts aux aussi à souffrir pour l’Église ?

Double appartenance

Pour appréhender la conversion, il faut tenir les deux termes qui sont habituellement séparés : celui de la vie intérieure et personnelle, et celui de la vie sociale et communautaire, et ceci en donnant à l’un et à l’autre une égale importance. L’œuvre et la vie d’Édith Stein prennent ici une place exemplaire, car non seulement la philosophe a toujours revendiqué sa double appartenance au judaïsme et au catholicisme, mais elle a de surcroît théorisé à la fois une anthropologie qui laisse une place à la possibilité de la conversion, et une philosophie de la communauté et de la société particulièrement riche. Ses réflexions sur la personne révèlent en effet plusieurs dimensions qui s’entrecroisent sans se confondre : la vie charnelle, la vie rationnelle, et le cœur. C’est en ce lieu secret qu’habite le « noyau de l’âme », où va se réaliser la conversion.

Nous vivons sous l’influence des filiations familiale et culturelle. Nous avons aussi une vie intérieure où Dieu nous appelle. Mais c’est toujours la grâce divine qui œuvre en toute conversion. Et le converti est toujours libre de répondre à l’appel divin.

Editions du Carmel

Édith Stein, la grâce devant soi : philosophie de la conversion, coll. « Le Carmel vivant », avril 2019, 152 pages

Découvrez ces rares photos d’Édith Stein :
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