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Ce qu'il faut retenir de l’exhortation "Christus vivit"

POPE FRANCIS,WORLD YOUTH DAY

Marcin Kadziolka | Shutterstock

Jacques Gauthier - Publié le 05/04/19

À l’exemple des saints qui furent « prophètes du changement », comme les Françaises Jeanne d’Arc ou Thérèse de Lisieux, le pape François invitent les jeunes à s’appuyer sur l’amitié qui vient du Christ.

Dans sa quatrième exhortation apostolique Christus vivit, « Il vit, le Christ », le pape François propose un parcours de foi qui orientera la pastorale des jeunes dans l’Église. Écrite sous forme d’une lettre adressée aux jeunes et à tout le peuple de Dieu, le texte d’environ 150 pages, divisé en neuf chapitres, arrive cinq mois après la fin du synode des évêques sur « les jeunes, la foi et le discernement vocationnel ». On reconnaît d’emblée le style direct et personnel de François, qui s’exprime souvent à la deuxième personne, dans la foulée de son exhortation précédente sur l’appel à la sainteté dans le monde actuel Gaudete et Exsultate.

Le ton est donné dès le début, qui rappelle celui de son livre d’entretiens avec le journaliste italien Thomas Leoncini, Dieu est jeune : « Il vit, le Christ, notre espérance et il est la plus belle jeunesse de ce monde. Tout ce qu’il touche devient jeune, devient nouveau, se remplit de vie. »


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Jeunesse de Jésus et de l’Église

À partir d’un survol biblique au premier chapitre, « Que dit la parole de Dieu sur les jeunes », le Pape passe au chapitre suivant sur la jeunesse de Jésus et sur celle de l’Église qui peut se renouveler. L’Église est jeune quand elle retourne à sa source, « quand elle reçoit la force toujours nouvelle de la Parole de Dieu, de l’Eucharistie, de la présence du Christ et de la force de son Esprit chaque jour » (35). Cette Église doit refléter Jésus Christ et être attentive aux signes des temps.

Le pape François cite des jeunes aux attentes variées qui « réclament une Église qui écoute davantage, qui ne soit pas toujours à condamner le monde. Ils ne veulent pas voir une Église silencieuse et timide, ni toujours en guerre sur deux ou trois thèmes qui l’obsèdent » (41). Pour être crédible et vivante, l’Église doit sans cesse retrouver l’humilité, écouter, découvrir l’Évangile, tenir compte des « revendications légitimes des femmes qui demandent plus de justice et d’égalité » (42).

Le modèle des saints

Cette Église jeune a pour modèle Marie, qui avait une âme disponible et forte, qui a dit « oui », sans détour. « Ce fut le “oui” de celle qui veut s’engager et risquer, de celle qui veut tout parier, sans autre sécurité que la certitude de savoir qu’elle était porteuse d’une promesse. Et je demande à chacun de vous : vous sentez-vous porteurs d’une promesse ? » (44). Le Pape présente alors de jeunes saints qui ont été des prophètes du changement, comme Jeanne d’Arc, Kateri Tekakwitha, Dominique Savio, Thérèse de l’Enfant-Jésus.




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Au troisième chapitre, « Vous êtes l’aujourd’hui de Dieu », le Pape pose un regard lucide sur les problèmes et défis des jeunes d’aujourd’hui, affirmant qu’ils ne sont pas seulement l’avenir du monde, mais le présent. Il cite un paragraphe du document final du synode sur la morale sexuelle où les jeunes expriment « un désir explicite de dialogue sur les questions relatives à la différence entre l’identité masculine et féminine, à la réciprocité entre les hommes et les femmes et à l’homosexualité » (81). Il relève les conclusions de trois thèmes considérés comme majeurs durant le synode : le monde numérique, les migrants, la lutte contre les abus.

Dans l’amitié avec le Christ

Au chapitre 4, François propose la figure de Jésus comme modèle à tous les jeunes. C’est une sorte de catéchèse biblique et spirituelle où il résume l’annonce chrétienne faite aux jeunes en trois grandes vérités : Dieu t’aime ; le Christ te sauve et il vit aujourd’hui. Enracinés ainsi dans la foi et rassurés par le Christ, l’Ami qui fait vivre, les jeunes sont invités à vivre de l’Esprit, « source de la meilleure jeunesse » (133)

« Dieu est l’auteur de la jeunesse », affirme le pape François au chapitre cinq, le plus long et le plus anthropologique du document. Il décrit cette période de la vie comme un temps de rêve et de choix, où le jeune est habité par une promesse de vie. C’est le temps de prendre des décisions. « La question est de savoir ouvrir les yeux et de s’arrêter pour vivre pleinement, et avec gratitude, chaque petit don de la vie » (147). Encore ici, Jésus est le chemin à suivre qui change la perspective de la vie par le défi de la prière et l’appel à la sainteté. « Arriver à être saint, c’est arriver à être plus pleinement toi-même, à être ce que Dieu a voulu rêver et créer, pas une photocopie » (162). Le Pape propose aux jeunes engagés d’être des missionnaires courageux : « Où nous envoie Jésus ? Il n’y a pas de frontières, il n’y a pas de limites : il nous envoie à tous. L’Évangile est pour tous et non pour quelques-uns » (177).

Le sixième chapitre intitulé « Des jeunes avec des racines » se situe à contrecourant d’un faux culte à la jeunesse, du leurre de l’apparence, d’une vie superficielle. Le Pape invite les jeunes à la liberté, à l’enthousiasme, à la créativité, à risquer ensemble. Il leur demande d’être en lien avec les personnes âgées, les écoutant pour découvrir le passé. Cette rencontre intergénérationnelle est un défi majeur de l’Église et de la société. « La rupture entre générations n’a jamais aidé le monde et ne l’aidera jamais. Ce sont les chants des sirènes d’un avenir sans racines, sans ancrage » (191).


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Pour une pastorale renouvelée

Le chapitre 7 est consacré à la pastorale des jeunes. François propose quelques lignes d’action pour une pastorale renouvelée qui promeut l’audace de la créativité, la gratuité de l’amour, la proximité de la coresponsabilité. Il préconise une pastorale populaire aux portes ouvertes, redit la place centrale du kérygme pour approfondir l’expérience personnelle de l’amour de Dieu et invite à l’accompagnement pour permettre aux jeunes d’être acteurs de leur cheminement.

Ce besoin d’accompagnement et de cheminement nous conduit au chapitre 8 consacré à la vocation, comprise « au sens large comme appel de Dieu » (248). La vocation inclut l’appel à la vie, à l’amitié avec le Christ, à la sainteté. La vocation entendue comme un appel au service missionnaire des autres est bien sûr abordée. « Ta vocation t’oriente à tirer le meilleur de toi pour la gloire de Dieu et pour le bien des autres. Le sujet n’est pas seulement de faire des choses, mais de les faire avec un sens, avec une orientation » (257). François rappelle que la vocation fondamentale de tout être humain est une vocation à l’amour. Il évoque ensuite la vocation au mariage, au travail, au sacerdoce et à la vie religieuse.


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Comment discerner ?

Le dernier chapitre est consacré au discernement, sujet de prédilection du jésuite François. La diversité des vocations requiert un discernement personnel qui se vit en accord avec la conscience, mûri dans le silence et la prière. Aucune question ne doit être éludée pour bien discerner sa vocation. « Est-ce que je sais ce qui rend mon cœur heureux ou triste ? Quelles sont mes forces et mes faiblesses ? » (285) Le Pape fait confiance aux jeunes, il les encourage à s’engager et à servir, en s’appuyant sur l’amitié qui vient du Christ.

En conclusion, le Saint-Père manifeste son désir de voir les jeunes courir, « attirés par ce Visage tant aimé, que nous adorons dans la sainte Eucharistie et que nous reconnaissons dans la chair de notre frère qui souffre » (299). Tout au long de son exhortation, qui peut être lue comme un petit traité de vie spirituelle, le pape s’appuie sur l’expérience des jeunes pour inviter tout le peuple de Dieu à marcher avec l’Ami qu’est le Christ. « Et quand vous arriverez là où nous ne sommes pas encore arrivés, ayez la patience de nous attendre » (299).

Pour lire en français l’exhortation Christus vivit, cliquez ici.

Pour parcourir le blog de Jacques Gauthier

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