Aleteia logoAleteia logo
Aleteia
Mercredi 25 novembre |
Sainte Catherine d'Alexandrie
home iconAu quotidien
line break icon

Et si vous donniez carte blanche à l’amour divin ?

RELATIONSHIP

Surkov Vladimir - Shutterstock

Agnès Pinard Legry - Publié le 31/03/19

« L’amour que l’on reçoit est l’amour qui se donne », affirme Denis Marquet, philosophe et auteur du livre Aimez à l’infini. « Il trouve sa source dans une transcendance intérieure ». Entretien.

On lui consacre des poèmes, des livres, des œuvres d’art et, parfois, sa vie. L’amour. Mais comment le définir ? Est-ce une quête ? un horizon ? un absolu ? « Chacun d’entre nous éprouve de l’amour », confie à Aleteia Denis Marquet, philosophe et auteur du livre Aimez à l’infini. « Mais ce n’est pas un sentiment. On peut ressentir les sentiments les plus forts pour son conjoint, ses amis ou sa famille et se persuader qu’on les aime. Dans le langage courant aimer est un sentiment qui relève de l’affectivité. Mais ce n’est pas l’amour en vérité. »

Aleteia : Que signifie aimer ?
Denis Marquet : L’amour que l’on ressent n’est pas l’amour que l’on reçoit. Aussi pur soit-il, l’amour que l’on ressent ne donne rien. Le ressenti est une simple relation à soi-même. L’amour que l’on reçoit est l’amour qui se donne et l’amour qui se donne trouve sa source dans une transcendance intérieure. C’est ce que désigne le mot grec agape dans l’Évangile. Dans l’Évangile de Jean, l’agape prend sa source en Dieu. C’est donc à partir du moment où l’on se laisse traverser par cet amour infini qui a sa source en Dieu et où on le donne en le recevant que les gens qui nous entourent ne manquent plus d’amour. La seule question est là : arrivons-nous à nous ouvrir à l’amour qui a sa source en Dieu et qui est capable d’infuser et de transmuter toutes nos relations ?

Vous affirmez que l’amour n’est pas un sentiment…
Quand Jésus demande d’aimer nos ennemis, il n’a pas la légèreté de demander d’éprouver de la tendresse pour ses ennemis, pour quelqu’un qui fait du mal. Il ne demande pas d’éprouver un sentiment. Ce serait d’ailleurs absurde car les sentiments ne se commandent pas. Les sentiments on les reçoit mais on ne décide pas de les ressentir. Aimer ses ennemis c’est se laisser traverser par l’amour divin, par l’agape. L’amour qui a sa source en Dieu peut nous traverser quel que soit nos sentiments. C’est aussi une invitation à attacher moins d’importance à notre vie affective. Quels que soient nos sentiments vis-à-vis d’un être on peut toujours poser l’intention d’être traversé par l’amour divin. Cet amour divin on ne peut le donner qu’en le recevant et inversement on ne peut le recevoir qu’en le donnant. Donner et recevoir sont un dans cette relation à l’amour divin. Je ne peux vraiment le recevoir que dans l’intention de le donner.


HAPPY COUPLE

Lire aussi :
Trois jolies métaphores de saint François de Sales pour parler de l’amour conjugal

Pour les croyants l’amour divin est l’amour de Dieu mais comment l’entendre pour les non-croyants ?
C’est une question d’ouverture du cœur. Il n’y a pas de rapport entre le fait de se laisser traverser par l’amour divin et le fait d’être ou pas croyant. Mais il devrait y en avoir un : le fait d’être croyant devrait s’attacher avant tout à se laisser traverser par cet amour. C’est cela l’essentiel du message du Christ. Il faut simplement faire percevoir aux non-croyants les moments de sa vie où ils ont eu l’impression d’avoir été inspirés, des moments où ils ont prononcé une parole juste et féconde, alors qu’elle n’était pas préméditée, à quelqu’un qui en avait un besoin urgent. Tout le monde a été inspiré, tout le monde est capable de s’ouvrir à une inspiration qui vient d’une transcendance intérieure que l’on peut appeler Dieu et qui ne demande qu’à se donner à travers nous. C’est dans des moments de lâcher prise, où l’on a renoncé pour un moment à avoir le contrôle sur sa propre vie. Les croyants sont simplement appelés à cultiver explicitement cette dimension d’ouverture, ce qui les dépasse.

Pourquoi est-il si compliqué d’aimer ?
D’après moi, nous venons au monde dans un monde où chacun ressent le manque d’amour. Il s’agit de quelque chose de douloureux que beaucoup de gens ont vécu car malgré leurs sentiments et leur affectivité, leurs parents n’ont pas pu leur transmettre l’amour infini dont ils sont, en quelque sorte, en deuil. Parce qu’il faut survivre à ce manque d’amour, ils se construisent un système de défense. Ce système de défense empêche de ressentir les choses trop douloureuses, il permet de continuer à vivre tant bien que mal, de ne pas devenir fou, de construire un moi avec l’illusion d’être séparé des autres, séparé du monde, séparé de la source divine. Paradoxalement, c’est ce système de défense qui a son tour empêche d’aimer. La grande injonction du Christ, qui est de tendre l’autre joue, est ainsi une injonction à lâcher son système de défense, c’est-à-dire à renoncer à ce qui nous empêche d’aimer.


ENFANT HEUREUX

Lire aussi :
Une clé pour entretenir la joie de vivre de son enfant

Comment éduquer ses enfants à l’amour ?
C’est la grande question : comment éduquer ses enfants de telle sorte qu’ils soient capables d’aimer et de créer, c’est-à-dire d’exprimer la dimension divine en eux ? La clef la plus profonde est de les aimer réellement, c’est-à-dire d’être capable de se laisser traverser par l’amour divin à leur égard. Pour cela il faut renoncer à son système de défense. Y renoncer, c’est laisser toute sa place à l’amour divin inconditionnel et se dire : qui que tu sois deviens le, qui que tu sois je t’accueille.

Fort de cet amour, pourquoi blesse-t-on les gens qu’on aime ?
D’après moi, ce qui blesse les autres, ce qui leur fait du mal, c’est toujours ce système de défense. Quand on a pris conscience de cela, les choses changent. On se rend compte que la personne qui me blesse, que je peux considérer comme m’ayant agressé, ne fait en réalité elle-même que se défendre ; se défendre des blessures de son histoire etc. que mon comportement, bien malgré moi, a réveillé. Toutes les personnes qui agressent ne font en réalité que se défendre. La seule clef pour y mettre un terme est celle que donne le Christ : arrêter de se défendre. Il n’y a pas d’autre clef pour que la souffrance cesse d’être transmise dans l’humanité. Chaque fois que je me défends contre une souffrance je protège la souffrance.


POPE MASS 30 mars 2016, prêche du pape François lors de l'audience générale au Vatican, Rome, Italie.

Lire aussi :
Pape François : la vérité est la « révélation merveilleuse » de l’amour infini de Dieu

Comment comprendre cette phrase de saint Jean, « Dieu est amour » ?
Pour le comprendre il faut renverser la proposition : si Dieu est amour cela veut dire que l’amour est Dieu. En d’autres termes, à chaque fois qu’il y a véritablement de l’amour en ce monde, c’est Dieu qui aime à travers l’homme. Tout se passe comme si Dieu avait besoin de passer à travers l’homme pour aimer et créer en ce monde. Et l’état actuel du monde, avec tous les signes de séparation, toute la souffrance humaine, montre bien qu’il aimerait probablement avoir plus de portes ouvertes. Dieu est amour signifie qu’à chaque fois que j’aime c’est Dieu qui aime à travers moi. Pour l’éprouver il s’agit donc d’en être traversé et on ne peut être traversé par l’amour divin que dans l’intention de le donner sans cesse, donc de prendre soin de chacune de ses relations, de prendre soin du prochain.

L’amour peut-il tout résoudre ?
Bien sûr ! Dans le sens où toute souffrance humaine vient d’abord du manque d’amour et qu’elle se propage et s’augmente à cause des efforts que l’on fait pour ne pas ressentir la douleur, c’est-à-dire par le système de défense. La seule question humaine est la question de l’amour. Nous voulons compenser le manque d’amour par des tas de subterfuges comme le besoin de reconnaissance, de se sentir respecté, des palliatifs comme la consommation, l’ascension sociale… Mais derrière tout cela il y a encore une fois un profond manque d’amour. Quand on a compris la phrase de saint Jean « Dieu est amour » c’est-à-dire l’amour est Dieu, il s’agit simplement de s’ouvrir à cet amour qui ne demande qu’une seule chose : nous traverser en se donnant à travers nous et de nous transmuter par elle-même.

Quand quelqu’un nous agace, nous énerve, comment se laisser traverser par l’amour infini, l’amour divin, et aimer à son tour de manière infinie ?
Vous constatez que c’est nécessaire et vous constatez que c’est impossible. Vous êtes donc obligé de vous ouvrir à la grâce, de vous ouvrir à l’amour infini. C’est la phrase du Christ à l’homme : cela est impossible mais tout est possible à Dieu. Posez donc l’intention. Si quelqu’un vous agace, vous pouvez très bien ressentir votre colère en l’acceptant, ensuite en ne lui attachant pas d’importance. L’amour divin peut se donner à travers n’importe quel ressenti affectif : vous pouvez juste poser l’intention que l’amour divin se donne à travers vous, cela suffit. Après, c’est comme si vous donniez carte blanche à l’amour divin, vous allez voir comment il procède.

Aimez à l’infini, par Denis Marquet, Flammarion, mars 2019, 19 euros

Sept conseils pour réussir sa vie de couple
Tags:
AmourDieuÉducationrelations
Soutenez Aleteia !
A travers le monde, vous êtes des millions à lire Aleteia, pour y trouver quelque chose d'unique : une vision du monde et de votre vie inspirée par l’Évangile. On prétend qu'il est de plus en plus difficile de transmettre les valeurs chrétiennes aux jeunes d'aujourd'hui.
Et pourtant, savez-vous que plus de la moitié des lecteurs d'Aleteia sont des jeunes de 18 à 35 ans ? C'est pourquoi il est si important que Aleteia demeure un service quotidien, gratuit et accessible à tous. Cependant, un journalisme de qualité a un coût que la publicité est loin de couvrir. Alors, pour qu'Aleteia puisse continuer à transmettre les valeurs chrétiennes au cœur de l'univers digital, votre soutien financier demeure indispensable.
*avec déduction fiscale
Le coin prière
La fête du jour






Top 10
Mathilde de Robien
« S’il te plaît Marie » : une grande suppliqu...
Baptême à domicile chez Antoinette Faure
Timothée Dhellemmes
Confinée, Antoinette, 90 ans, a reçu le baptê...
christ en majesté
Fr. Jean-Thomas de Beauregard, op
Le Christ-Roi, ou comment servir un roi qui s...
La rédaction d'Aleteia
Voici la prière des JMJ de Lisbonne 2023
WEB2-EVACUATION-CAMP-MIGRANT-AFP-080_HL_NCOISSAC_1277288.jpg
Mgr Benoist de Sinety
Si toutes les vies se valent…
La rédaction d'Aleteia
Célébrer le dimanche 22 novembre à la maison
Sanctuaire Notre-Dame de Montligeon
Agnès Pinard Legry
Cas de Covid-19 au sanctuaire de Montligeon :...
Afficher La Suite
Newsletter
Recevez Aleteia chaque jour. Abonnez-vous gratuitement