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Joseph dans l’art, de l’ombre à la lumière

SONGE DE JOSEPH

John Webb/Aurimages

Le songe de Joseph par Philippe de Champaigne.

Caroline Becker - publié le 18/03/19 - mis à jour le 17/03/22

Père de tendresse pour tous les croyants qui lui vouent un véritable culte, saint Joseph n’a pas toujours eu les faveurs de l’Église. En témoigne l’évolution de ses représentations en 2000 ans d’histoire qui le font passer d’un personnage secondaire, simple époux de Marie, au père nourricier du Verbe incarné et doux protecteur de la Sainte Famille.

Il est l’un des premiers hommes sur Terre à avoir touché l’Incarnation, un des premiers à l’avoir nourrie, protégée. Avec l’aide de Marie, il a accompli avec foi et fidélité son rôle de père adoptif. Et pourtant, Joseph a longtemps été relégué au second plan des représentations iconographiques. Car son culte, qui commence à apparaître au XIIIe siècle et qui connaît une grande ampleur au XVIe siècle, ne sera officialisé qu’en 1621 par le pape Grégoire XV. Une reconnaissance bien tardive pour un homme qui a partagé une grande partie de sa vie avec le Sauveur du monde. 

En 2000 ans d’histoire, les représentations de Joseph ont beaucoup évolué. Inspirées des rares éléments que la Bible veut bien nous donner, elles ont aussi été beaucoup influencées par les écrits apocryphes qui ont développé tout un imaginaire autour de la vie de Joseph. S’ils ne sont pas reconnus canoniquement, les artistes n’ont pourtant pas hésité à puiser abondamment dedans, mêlant les Écritures avec des traditions populaires. 

Une place singulière dans l’imaginaire chrétien

Sa reconnaissance tardive confère à saint Joseph une place singulière dans l’iconographie médiévale. Pas tout à fait père, pas tout à fait saint, on a dû mal à lui offrir une place de choix dans les scènes de la vie de la Vierge ou celle du Christ. En tant qu’époux de Marie, il est bien sûr présent, mais souvent mis dans l’ombre, à l’écart. Sa figure, presque « trop humaine », dénote face au duo divin de la Mère et l’Enfant. On le représente alors au second plan, dans une attitude passive, presque détachée. Ses traits de vieillard, peu flatteurs, évoqués dans le proto-évangile de Matthieu (et non dans la Bible !), ne favorisent pas sa dévotion. 

En le désignant comme un vieux monsieur tout proche de la mort, on éloignait son implication dans la conception de l’Enfant Jésus.

Mais imaginer Joseph en vieillard, tel qu’il en ressort dans les textes apocryphes, n’est pas anodin pour l’époque médiévale. En le désignant comme un vieux monsieur tout proche de la mort, on éloignait son implication dans la conception de l’Enfant Jésus. Par la suite, cette image de Joseph est restée ancrée dans l’imaginaire chrétien. Son âge n’étant plus sujet à question, on continue à le représenter ainsi, écartant l’idée que Joseph aurait pu être un beau jeune homme. Il faudra attendre le XVe siècle pour commencer à le voir apparaître plus jeune, seul ou avec l’Enfant dans ses bras, portant parfois un bâton fleuri, signe de sa pureté. 

L’influence considérable des écrits apocryphes sur la construction de l’image de Joseph est donc essentielle pour comprendre comment celle-ci a évolué au fil des siècles. Si, jusqu’au XIVe siècle, le milieu artistique n’offre qu’une place secondaire à Joseph, le monde théologique, qui fourmille dans le secret des monastères, s’interroge, quant à lui, avec profondeur sur la place de l’époux dans la mission divine. Les ordres mendiants, et notamment les franciscains, comprennent très vite que Joseph n’est pas un personnage secondaire. Il est l’homme humble et bienveillant choisi par Dieu pour accompagner Jésus durant la première partie de sa vie. Il est aussi celui qui, par son humanité, se rapproche le plus de celle du Christ. 

Au XIVe siècle, avec l’évolution significative de la représentation de la Nativité, Joseph bénéficie d’un véritable coup de pouce. La Vierge Marie, qui était davantage représentée allongée sur son lit, est désormais en adoration devant son Enfant placé dans une mangeoire. Cette nouvelle mise en scène favorise la place de Joseph en tant que père. On le rencontre alors, parfois, agenouillé près de la Vierge, regardant lui aussi cet enfant qui est un peu le sien ! Pendant longtemps, ces deux types iconographiques de Joseph  cohabitent à la faveur des artistes. 

Ces qualités paternelles ainsi reconnues, on n’hésite plus à le représenter seul, berçant ou jouant avec l’Enfant Jésus. Il est désormais le père nourricier et bienveillant, celui qui assure la mission divine de Jésus et favorise son épanouissement. L’Enfant a en effet besoin d’une mère, mais aussi d’un père, pour « grandir en taille, en grâce et en sagesse sous le regard de Dieu et des hommes » (Lc 2, 52).

Joseph, une figure omniprésente 

Le songe, le mariage avec la Vierge, la fuite en Égypte ou encore la Nativité sont autant de scènes célèbres où l’on rencontre Joseph. Beaucoup de ces scènes ont émergé vers le VIe siècle mais d’autres sont arrivées plus tardivement, notamment la Fuite en Égypte que l’on rencontre réellement à partir du XIVe siècle. Parmi les scènes les plus anciennes et les moins connues, on peut évoquer la désignation de Joseph comme époux de Marie, l’épreuve de l’eau amer, ou encore le remord de saint Joseph après avoir douté de la fidélité de Marie. Parfois, on le rencontre en charpentier, travaillant le bois accompagné de Jésus enfant. Des scènes touchantes, issues des textes apocryphes, qui donnent à voir Joseph dans toute son humanité. 

Le modeste charpentier n’est désormais plus une figure secondaire mais bien un personnage central de la mission divine.

Vers le XVIe siècle, les représentations de Joseph mourant se multiplient. Allongé sur un lit de mort, il est entouré de la Vierge et Jésus et s’endort en paix. Très vite, les agonisants font appel à lui pour obtenir une « bonne mort ». Une dévotion qui s’inspire des écrits laissés par sœur Maria Cechia Baij, dans sa Vie de saint Joseph écrite en 1736 : « Au ciel, saint Joseph jouit d’une gloire inénarrable et supérieure à tous les autres saints… Le saint fait constamment l’office d’avocat des mourants auprès de Dieu avec beaucoup d’attention et de sollicitude. »

Du simple « époux », Joseph a ainsi  pris une place de plus en plus importante au fil des siècles. Véritable modèle pour tous les chrétiens, on loue aujourd’hui sa paternité, sa dévotion, son obéissance jusqu’à le considérer comme le témoin modèle du Royaume de Dieu. Le modeste charpentier n’est désormais plus une figure secondaire mais bien un personnage central de la mission divine. Au XIXe siècle, les papes encouragent sa dévotion et louent nombre de ses qualités. Sa proclamation, le 8 décembre 1870, comme saint patron de l’Église universelle par le pape Pie IX assoit définitivement sa reconnaissance aux yeux de l’Église. En déclarant 2021, année spéciale dédiée à saint Joseph, le pape François marche ainsi dans les pas de ses prédécesseurs et reconnaît, officiellement, Joseph comme l’instrument de la promesse annoncée par les prophètes.

Pour découvrir la variété des représentations de saint Joseph dans l’art, cliquez sur le diaporama : 

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