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La femme adultère ou le piège des Pharisiens

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Le Christ et la femme adultère, par Cranach l'Ancien, 1532.

Philippe-Emmanuel Krautter - Publié le 15/02/19

L’épisode de la femme adultère a marqué les consciences depuis plus de deux mille ans. Selon la loi, cette femme a enfreint les règles religieuses et morales de la société de son temps et se devait d’être punie. Or, au lieu de cela, Jésus va proposer une autre voie, celle d’un amour plus grand encore.

Le Décalogue dispose « Tu ne commettras point d’adultère » et le Lévitique dispensant les préceptes moraux issus de la loi de Moïse prévoyait la lapidation pour la femme coupable, la première pierre devant être lancée par le témoin de  cette situation. Alors que Jésus enseigne au peuple assis dans le Temple, des pharisiens traînent une femme apeurée qu’ils placent au milieu. « Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère » lancent-ils. Les faits étant établis, cette femme adultère doit être, selon la loi, lapidée, telle était la conclusion implacable du syllogisme judiciaire. Et pour mettre plus encore Jésus à l’épreuve, les pharisiens ajoutent : « Or, dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là. Et toi, que dis-tu ? ». Jésus se trouve pris au piège, soit il est indulgent et viole la loi, soit il la condamne et sa miséricorde apparaît alors illusoire…


GUERCINO SAMARIA

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La miséricorde pour seule réponse

Jésus ne répond pas et oppose le silence. Il se baisse même et trace sur le sol des lettres qui nous sont restées muettes, même si saint Jérôme pense qu’il s’agit là de la liste des nombreux péchés des pharisiens. Mais on le pousse à répondre et Jésus lance alors abruptement : « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter une pierre », un célèbre adage parvenu jusqu’à nous, bien au-delà de la religion. Plus forte que le jet d’une pierre, cette parole fracasse la bien-pensance et l’hypocrisie des pharisiens.

PAINTING; FEMME ADULTERE; BOULOGNE
© Domaine public
Le Christ et la femme adultère, par Valentin de Boulogne, 1620.

Ces derniers confondus par ce geste d’amour et de pardon que Jésus offre en alternative à la rigueur de la loi, disparaissent, piteux et penauds… l’Évangile de Jean rapporte que seuls Jésus et la femme demeurèrent, « la misère et la miséricorde » dira encore saint Augustin. Jésus interroge alors la femme pour savoir si la foule l’a condamnée, car il sait bien qu’aucun des pharisiens n’est irréprochable, ce pour quoi il leur refusait le droit de punir cette pécheresse. Mais, si Jésus ne la condamne pas, il ne relativise pas, pour autant, sa faute et lui enjoint de mener désormais une vie sans péchés, témoignant une fois de plus de sa grande miséricorde. Saint Paul dans sa lettre aux Galates le rappellera, soulignant combien il est possible d’être sauvé par la grâce de la foi plutôt que par la stricte observance de la loi.




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Une miséricorde bien comprise…

De ce récit, il ne faut cependant pas faire de Jésus un anarchiste cherchant à abattre toutes les règles de son temps. Bien au contraire, et à plusieurs reprises, n’avait-il pas rappelé : « Ne croyez pas que je sois venu pour abolir la loi ou les prophètes; je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir. Car, je vous le dis en vérité, tant que le ciel et la terre ne passeront point, il ne disparaîtra pas de la loi un seul iota ou un seul trait de lettre, jusqu’à ce que tout soit arrivé ». De même, Jésus n’avait-il pas condamné sévèrement l’adultère y compris celui d’un homme, même de par sa seule pensée. Jésus n’entend pas à l’égard de l’adultère violer la loi,  mais à ceux qui veulent juger, il leur rappelle « que celui qui n’a pas péché, lance la première pierre… ».

Une scène immortalisée par l’art

De par sa force évocatrice, le thème de la femme adultère a inspiré les plus grands artistes. Ainsi, la célèbre toile de Cranach II le Jeune retenant la tendresse du Christ à l’égard de la jeune femme apeurée dont il tient la main de ses doigts entrecroisés face à ses « juges » à la mine patibulaire. Plus contrasté, le tableau du Guerchin dont la puissance du regard du Christ confond toutes les explications légalistes que tente son contradicteur. Le visage légèrement penché vers la femme accusée témoigne de sa miséricorde alors que les autres visages ne sont pas représentés entièrement. Lorenzo Lotto, enfin, choisit pour sa part un angle plus direct plaçant le Christ au centre, sa main droite arrêtant les doigts pointés des pharisiens vers la femme adultère, représentée quant à elle avec de somptueux habits mondains. Le regard de Jésus est d’une rare profondeur, celui du pardon et de la miséricorde, mais aussi celui de la fermeté face à l’hypocrisie.

© Domaine public
Le Christ et la femme adultère, par Guerchin, 11750-1753.
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