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« La connerie est une occasion de devenir meilleur »

Jacques Villeret jouant François Pignon dans le film "Le dîner de cons" (1998).
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« Que faire des cons ?... Pour ne pas en rester un soi-même. » Derrière ce titre accrocheur, le philosophe Maxime Rovere propose une réflexion bienveillante sur « la connerie, une maladie du collectif et poison de nos vies individuelles ».

« Il n’y a pas les cons d’un côté et les autres de l’autre, il y a seulement des gens qui se rendent compte plus ou moins rapidement des conneries qu’ils font », confie à Aleteia le philosophe Maxime Rovere. Enseignant à l’université catholique pontificale de Rio de Janeiro, il vient de publier un livre intitulé Que faire des cons ? pour ne pas en rester un soi-même et livre à Aleteia quelques conseils afin d’adopter la bonne attitude et de sortir grandi d’une telle rencontre.

Aleteia : Qu’est-ce qu’un « con » ?
Maxime Rovere : On est tous le con de quelqu’un et donc, chacun a son con. En d’autres termes, chacun a une manière d’identifier ceux qu’on appelle des « cons » qui est très singulière et personnelle. En philosophie on a l’habitude de travailler sur des définitions. Mais quand il s’agit de la connerie, en fait, il ne faut pas commencer par une définition car se produit alors un phénomène de rétraction qui fait qu’au moment d’identifier un « con » vous êtes vous-même en train d’en devenir un. Il est donc indispensable de ne pas définir le concept et d’avancer en se concentrant sur ce que vous êtes en train de faire. Notre potentiel de connerie est ainsi intimement lié au jugement que nous portons sur les autres.

Le « con » a-t-il la capacité à réaliser qu’il l’est et à changer tout seul ?
La connerie est une réalité interactionnelle, elle circule entre nous. C’est ce qui fait que vous voulez les exclure ou les rejeter et c’est aussi ce qui fait que nous sommes tous, parfois, les « cons » les uns des autres. Il est indispensable de comprendre que oui, non seulement les « cons » peuvent comprendre qu’ils le sont mais c’est cela précisément qui définit les gens intelligents et ouverts, c’est-à-dire qui soient capables de réaliser qu’ils sont des « cons » comme les autres. Ce sont ceux qui sont capables de faire un retour sur eux-mêmes et de le comprendre plus rapidement. Il n’y a pas les cons d’un côté et les autres de l’autre, il y a des gens qui se rendent compte plus ou moins rapidement des conneries qu’ils font, qui les acceptent, qui les reconnaissent et qui les corrigent. Ne pas être un « con », c’est reconnaître ou corriger le plus rapidement possible ses propres conneries.

Que faire quand on en rencontre un ?
Quand on en rencontre un, on est d’abord surpris. Il en existe de tellement de forme qu’on ne s’y attend jamais ! Il faut l’accepter et sortir de cet état de stupeur. De la même manière qu’il n’y a pas de recette pour devenir intelligent, il n’y a pas de recette contre la connerie, il faut donc improviser des « solutions locales ». Il faut d’abord courageusement faire un retour sur soi, ensuite se désintéresser des personnes pour se concentrer sur les situations et, une fois arrivé à ce stade, on comprend que cela ne sert à rien de faire la morale, de vouloir enseigner quelque chose au « con » ou à la « conne ». Ce qui est important, est de trouver une manière de ne pas perdre de vue le message que vous souhaitez faire passer.

Comment interagir avec lui ?
Il faut vous concentrer sur les méthodes permettant de les faire changer de posture mais tout en ayant conscience que vous allez devoir adapter la vôtre. Les « cons » sont des occasions pour nous non seulement de mettre en œuvre nos qualités humaines, mais surtout de les développer et de devenir meilleur que les « cons », d’aider les autres à devenir meilleur et devenir soi-même meilleur que soi. On ne perdra pas notre agacement et eux ne perdront pas leur capacité à nuire mais c’est une qualité humaine justement que d’avoir la capacité de surmonter la connerie et c’est ce type de personne que nous devons essayer d’être.

Les cons nous aident-ils à grandir en humanité ?
Complètement ! Ils ne le font pas exprès et ne se rendent pas compte que nous grandissons, vous n’avez d’ailleurs pas besoin de leur demander leur reconnaissance. N’essayez pas de leur montrer que vous essayez d’être gentil ou que vous cherchez la paix car cela ne les intéresse pas, ils préfèrent la guerre. Ce n’est pas grave, faites la paix et laissez-les en guerre.

Comment porter un regard chrétien sur les « cons » ?
Je crois que c’est par les actes que l’on montre quel fidèle on est. Face à la connerie, une attitude belle est de ne pas se crisper sur ce que font ou disent les « cons ». Jésus incarne l’amour universel mais peut-être que dans les moments ou cet amour nous fait défaut, à défaut de pouvoir tendre l’autre joue, il faut être capable de ne pas se faire taper dessus… ni d’avoir envie de taper sur l’autre et, au-delà, de trouver à l’autre une porte de sortie.

Prenons des situations du quotidien : la personne qui se met à gauche dans l’escalator, celle qui traverse la route n’importe comment… Comment faire face à tous ces « cons » ?
Il faut comprendre que ces anomalies du comportement témoignent en réalité du fait que les êtres humains ne sont pas des machines. Que le fait que notre désir ne supporte plus ces toutes petites choses est plutôt un mauvais signe de santé mentale de notre part. Le fait que la personne qui créé un embouteillage dans le métro car elle est mal placée crée une anomalie. Cette anomalie est-elle réellement grave ? N’est-ce pas encore plus grave de considérer cette anomalie comme « emmerdante » ou « chiante » ? Nous sommes dans une société où le désir prend l’habitude d’être satisfait de manière très fluide. Or les êtres humains peuvent dysfonctionner par définition. C’est donc normal d’avoir l’impression de rencontrer des « cons » sans cesse. Mais, sincèrement, cela fait partie du jeu, de la vie urbaine ! Si vous vous mettez à juger les gens pour des anomalies aussi ridicules, c’est vous qui êtes le premier des « cons ». Pour éviter de tomber dans ce genre de connerie, il faut absolument apprendre à se référer à des univers de référence plus vastes. Quand vous êtes à un niveau aussi bas, vous devez réapprendre à monter d’un niveau.

Et si quelqu’un me marche sur les pieds sans s’excuser ?
Dites-vous alors, dans votre for intérieur, mais qui suis-je pour qu’on ne me marche pas sur les pieds ? Il faut toujours ramener les choses à une proportion qui nous amène à la posture la plus généreuse possible ne pas se laisser enfermer dans des mesquineries. Si vous me dites « Oui mais les gens sont mesquins » je vous répondrais : « Ne faites pas l’enfant ». Il faut apprendre systématiquement à ne pas imiter les mesquineries des autres et à toujours les dissoudre dans des repères de référence où elles ne font pas sens, où elles n’existent pas. Les gens sont mesquins ? C’est donc à vous d’être noble.

Flammarion

Que faire des cons ? pour ne pas en rester un soi-même, par Maxime Rovere, Flammarion, janvier 2019, 12 euros.

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