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Le pacte de Marrakech contre les pays pauvres ?

© Guillaume Pinon/NurPhoto
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Le vice-président de l’ONG Enfants du Mékong analyse la vision du monde véhiculée selon lui par le pacte de Marrakech, visant à développer l’immigration aux dépens des migrants eux-mêmes et de leurs propres pays. D’après lui, l’exemple d’ONG courageuses montre qu’il est possible de renverser la logique des politique migratoires, en mettant la priorité sur l’éducation et l’investissement économique dans les pays de départ. Si des dispositifs existent en matière de coopération par exemple, la volonté politique manque clairement pour qu’ils donnent leur pleine mesure.

Au moment où la France exprime dans la rue et de façon massive un désarroi immense, les responsables politiques semblent passer à côté d’une véritable crise existentielle. Comme toujours en France, on croit que la parole va tout résoudre. Qu’il suffit de « débattre » pour éteindre les crises. Or au-delà du « ras-le-bol fiscal », c’est un mal-être profond qui s’exprime. La fronde est structurelle. Le discours d’une classe politique hors-sol, qui voit la France sous le prisme d’une économie mondialisée ne passe plus. Le Français moyen « qui fume des clopes et roule au diesel » ne veut pas d’une société interchangeable et mutante, sans identité ni attache. Or c’est la vision du monde de ce pacte mondial sur les migrations qui a été adopté à Marrakech, en pleine explosion du mouvement des Gilets jaunes.

Si l’hospitalité due aux migrants et aux réfugiés demeure un principe non-négociable — comme le Pape ne cesse de le rappeler — la priorité politique absolue, au nom de la justice, devrait être d’aider les peuples à vivre bien dans leur patrie. Ce n’est pas le cas, comme si le rôle des institutions internationales était celui d’encourager les nations à se dissoudre dans des frontières indéfinies, au nom du caractère inéluctable des migrations. Une chose est de s’organiser pour parer aux situations d’urgence, autre chose est d’affronter leurs causes pour œuvrer durablement à un ordre international stable et juste. C’est justement l’axe principal des interventions du Saint-Siège à Marrakech, représenté par le cardinal Parolin : la meilleure politique migratoire, c’est la lutte contre les causes des migrations, que ce soit la pauvreté ou l’insécurité.

La lettre et l’esprit

Le Pacte mondial signé à Marrakech « pour des migrations sûres, ordonnées et régulières » repose sur une première incohérence, très significative. Pourquoi adopter un texte présenté comme « non contraignant » s’il est « respectueux des souverainetés de chacun des pays » ? Sous la pression de ses « 23 objectifs » destinés à plaire à tout le monde, le pacte ne cache pas une volonté hégémonique sur la politique des États. La méthode ? Définir les règles de la vie commune au nom d’un code moral universel auquel les jurisprudences nationales doivent faire référence. L’objectif 17 de ce pacte « non contraignant » demande aux États de punir tout discours stigmatisant l’immigration, considérée comme un progrès dans le sens de l’histoire. Si le premier droit du migrant était de rester chez lui, comme le dit l’Église, la communauté internationale concentrerait ses efforts en faveur de la sécurité et la prospérité des pays d’émigration. Au contraire, l’immigration semble encouragée pour des raisons idéologiques et économiques.

Une volonté idéologique

L’obligation de respect des cultures communes (objectifs 7, 16) pose un problème de fond que soulève Jean-Christophe Buisson dans le Figaro : faut-il accepter l’excision, le port de la burka, la polygamie ? La question n’est pas neutre. Le respect de la culture du pays de destination semble plutôt s’inscrire dans un relativisme culturel qui ne fait pas sur ce point droit au respect universel de la personne humaine et du socle des valeurs qui, au moins en Europe, devraient garantir la protection de tous les réfugiés, et l’autorité de la loi des pays d’accueil. La portée de ce pacte international n’est pas difficile à imaginer. On se souvient par exemple de l’affaire Baby Loup, avec la condamnation de cette femme revenue voilée à son travail après son congé maternité. La France s’était faite sermonner par le Comité des droits de l’homme de l’ONU, la sommant de changer sa législation et de lui rendre compte. Le président de la Cour de cassation, ébranlé par cette menace d’excommunication onusienne, s’était demandé publiquement s’il ne fallait pas faire « évoluer » la loi. Sur la foi de cet avertissement, la plaignante avait introduit une action pour non-respect d’un traité engageant la France. Dans le même esprit, le pacte de Marrakech pourrait être utilisé sans peine pour créer une jurisprudence transgressive.

Des intérêts économiques

Le peuple français a la nette impression d’être manipulé. Quand il s’exprime dans les urnes en rejetant le traité constitutionnel européen de 2005, le Congrès lui répond en adoptant le traité de Lisbonne, comme si son opinion était nulle et non avenue. Or le peuple français maîtrise encore l’armature sociale, économique et juridique en mesure de s’opposer aux lois de la guerre économique imposée par les gagnants de la mondialisation. Les Gilets jaunes, malgré les courants contradictoires qui les traversent, incarnent cette opposition à la marginalisation et à la prolétarisation. Le fait que les drapeaux français soient les seuls emblèmes déployés sur les ronds-points révèle la nature profonde de leur référence nationale. Pour eux, les frontières ont une fonction protectrice, aussi bien sur le plan économique, juridique que culturel. Et ils voient bien que l’effacement des frontières et des droits liés à leur existence profite aux sociétés transnationales et non au tissu économique local, y compris celui des nations pauvres dont sont issues les migrants.

Le pacte de Marrakech présente le phénomène migratoire « régulier » comme une nécessité « bénéfique » (Préambule). Est-ce si sûr ? Pour quelle raison l’Occident surpuissant et très riche encore ne pourrait-il pas soumettre son pacte sur les migrations à un pacte préalable de développement avec les pays pauvres source d’émigration ? Pourquoi ne pas imaginer une coopération digne et massive entre nations unies par des relations historiques ? N’est-il pas possible d’obtenir des autorités des pays de migrations des codes de conduite responsables à l’égard de leurs propres peuples, investir dans le cadre de ces alliances et enfin exiger de ces partenaires une redistribution des richesses sous forme d’investissement éducatif, social, médical et en infrastructure ? Si tout l’effort consenti pour subir l’immigration pouvait être réinvesti dans la formation des populations concernées chez elles, il y aurait une inversion des flux.

L’expérience des ONG

Ce renversement de perspective est possible. Pourquoi ce qui est fait au niveau des ONG ne le serait pas au niveau des États ? Qu’on me permette de donner ici l’exemple d’Enfants du Mékong. Pendant trente ans, Enfants du Mékong a éduqué des dizaines de milliers d’enfants, leur a donné les moyens intellectuels et moraux pour être les acteurs de leur propre patrie en apprenant à s’inscrire dans leur histoire parfois difficile. Pour cela il fallait investir dans la durée et prioritairement dans l’éducation. Il fallait autant enseigner l’amour des sciences que celui de sa culture, faire découvrir le génie propre de leur nation à leurs propres enfants.

L’énorme travail accompli partait d’un principe simple, exactement opposé à celui — paresseux — de la doxa actuelle : toute personne a le droit de vivre chez elle, au milieu de ses proximités sociales et familiales. Les jeunes forces vives d’une nation doivent créer et participer aux conditions d’existence de leur entourage. Chaque personne ayant des capacités à enrichir sa communauté d’origine doit les développer pour en faire profiter ses liens de proximité. Il n’existe pas de fatalité dans la plupart des pays. Le continent africain est aussi riche en potentiel que l’Asie. La jeunesse y promet tout autant que son homologue asiatique nous le promettait il y a trente ans. Il faut l’encadrer, la former rigoureusement et lui faire aimer son magnifique continent, en combattant l’incurie de certains gouvernements, et en particulier la corruption.

La paupérisation orchestrée des nations pauvres

Dans une écrasante majorité, les migrants qui traversent la Méditerranée sont des hommes entre 20 et 40 ans. Dans leurs pays, l’adulte est une garantie de sécurité pour sa famille et pour le village, sa force économique et son espoir d’avenir. L’Occident facilite l’hémorragie. Les pays de migration possèdent presque tous des sous-sols d’une immense richesse, dont l’exploitation mondialisée au profit de quelques-uns va entraîner la désertification. Les manœuvres des prédateurs comme la Chine en donnent le plus cynique exemple.

Croire que la théorie du ruissellement s’appliquera en faveur de tous, classes moyennes des pays de destination et migrants économiques est un leurre. Dans la majorité des cas, cela est faux. L’expérience montre que les migrants se diluent dans un prolétariat ou dans des réseaux mafieux où ils survivent mal. Retourner au pays ? Avouer qu’ils n’ont gagné que des subventions de survie alors qu’il faut régler la dette considérable qui pèse sur la parenté ou le village qui a payé le passeur ?

Pour les ONG présentes depuis des dizaines d’années sur le front de l’immigration, l’accompagnement par les grandes institutions internationales des migrations « sûres, ordonnées et régulières » est paré de bons sentiments mais désespérant. L’image la plus atroce de la fusion des marchés économiques légaux avec celui des marchés mafieux est l’abominable commerce du ventre des pauvres au profit des nations riches : la GPA. Ce trafic humain peut être énergiquement enrayé, à condition de s’en donner les moyens… Et la volonté politique.

Le pacte : http://undocs.org/fr/A/CONF.231/3

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