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L’Église est-elle malade ?

GABRIEL BOUYS / AFP
Le cardinal Barbarin et le pape François au Vatican, en avril 2016.
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La question est posée : les scandales de pédophilie sont-ils des anomalies qui peuvent être éliminées, ou bien la conséquence du mal plus profond d’une idolâtrie qui requiert des révisions radicales et urgentes ? Réponse : ni l’un ni l’autre.

Nous n’en avons pas fini avec les affaires d’abus sexuels dans l’Église : voici à partir de ce lundi 7 janvier le procès en citation directe du cardinal-archevêque de Lyon et de ses collaborateurs, et ce sera le mois prochain le « sommet » de représentants des épiscopats nationaux autour du pape pour renforcer la protection des mineurs. Mais déjà des voix s’élèvent dans certains médias catholiques pour laisser entendre que ce n’est pas assez, que le problème n’est pas simplement quelques brebis galeuses qu’il suffirait de sanctionner et d’empêcher de sévir, et que le mal est bien plus grave et plus profond.

Tous coupables ?

L’idée est que les pédophiles ne sont pas les seuls coupables. Si leurs crimes ont été possibles, s’ils ont été couverts, ce ne serait pas simplement parce que la hiérarchie a étouffé le scandale afin de préserver l’image de l’institution, mais parce que la plupart des témoins, des familles des victimes et parfois des victimes elles-mêmes n’ont pas osé se plaindre et dénoncer : cela aurait été contester l’autorité non seulement morale, mais encore spirituelle sur laquelle tout repose dans l’Église. À une époque où déjà on craignait de manquer de prêtres, on aurait attribué à ceux qui restaient une impunité totale. N’était-ce pas sous-évaluer le mal fait et aussi idolâtrer l’envoyé de Dieu au lieu d’accueillir Dieu lui-même qui s’abaisse et se livre dans la crèche de Noël et dans sa Passion ?

Le cléricalisme ne serait donc pas le péché des seuls ministres ordonnés, parce qu’il requiert la complicité passive des fidèles. D’où la conclusion que ce dont il est besoin n’est pas uniquement des mesures de prévention et une « tolérance zéro », mais une conversion générale en battant dûment sa coulpe. On se permettra de ne pas suivre comme un mouton : l’anticléricalisme, qui est le symétrique du cléricalisme, reste un conformisme non moins ruineux. Non, les chrétiens ne sont pas assimilables à ces païens de Lystres qui, dans les Actes des apôtres (14, 8-18), voyant les merveilles qu’opèrent Paul et Barnabé, les prennent pour des dieux et veulent leur offrir un sacrifice.

On n’est pas chrétien tout seul

Cet épisode est intéressant. Si Paul guérit un impotent, c’est parce qu’il voit que son discours inspire chez cet homme qui l’écoute « la foi pour être sauvé » (verset 9). Il en ressort qu’on n’est pas chrétien tout seul, car deux choses sont nécessaires et indissociables : d’une part bien sûr la foi ; mais aussi d’autre part la parole et le geste de celui qui a été associé aux apôtres. Si donc la confiance doit être en Dieu et nul autre, c’est l’enseignement de ses émissaires qui l’éveille et ce sont les rites accomplis par ceux-ci qui permettent que cette adhésion soit non pas unilatérale, mais concrètement et objectivement réception du don que Dieu fait de lui-même – ce que lui seul veut et peut, et non pas la volonté des intermédiaires qu’il choisit, lesquels ne sauraient s’emparer ce qu’il offre à tous.

Le rôle du prêtre n’est pas limité à la prédication et à l’administration des sacrements, car il est aussi pasteur, c’est-à-dire berger de la communauté dont il reçoit la charge et responsable de la santé spirituelle de ceux qui la composent, avec leur consentement. Le critère pour déterminer si l’on verse dans le cléricalisme est assez simple : le prêtre nous libère-t-il dans notre relation à Dieu au point que sa nécessaire médiation peut être assurée par un autre qui a reçu la même mission ? Répondre « oui » n’interdit pas d’être et de rester attaché à la personne de tel ou tel curé, vicaire ou aumônier par des liens de reconnaissance et d’amitié.

Occasions de chute

Peut-on rêver d’une Église épargnée par le scandale de prêtres indignes ? Le Christ lui-même met en garde contre cette illusion. Il dit bien : « Malheur à celui par qui le scandale arrive » – c’est-à-dire qui fait perdre la foi –, mais après avoir annoncé qu’« il est inévitable que les scandales arrivent » (Mt 18, 7 ; Lc 17, 1). Ainsi, Pierre peine à tout admettre et doute (Mt 15, 28-32 ; 16, 22-23). Comme Jésus le prédit (Jn 13, 38 et parallèles synoptiques), il le renie avant de s’en repentir. Jacques et Jean font preuve d’un cléricalisme indécent en briguant des honneurs au ciel (Mc 10, 36-38 et parallèles). Et parmi les apôtres, il y a Judas. Ces égarements, qui peuvent devenir irrémédiables, sont liés au danger de s’approprier les dons de Dieu, que l’on ne reçoit que pour les transmettre, et d’en user à son gré étriqué. Mais Judas n’a pas disqualifié les autres disciples, et leurs incompréhensions non plus.

Le Christ sait être « une occasion de chute » (Mt 11, 6 ; 13, 57). Il n’y a évidemment pas que les abus sexuels. Et ces derniers ne sont pas le produit d’un cléricalisme dont les laïcs seraient aussi coupables que les prêtres. Le meilleur indice en est qu’il se trouve des pédophiles partout. Cette criminalité est inhérente à la condition humaine, marginale et inacceptable dans toute société civilisée, et à traiter comme telle. Elle est certes encore plus choquante dans l’Église, car elle révèle un égoïsme qui est un reniement flagrant de l’abnégation de Dieu, qu’il invite à partager. Mais ces trahisons, toutes révoltantes qu’elles soient et qui doivent être dénoncées et combattues sans merci, n’ont jamais empêché et n’empêcheront jamais Dieu d’envoyer des hommes et de veiller à ce qu’ils soient consacrés pour libérer les autres en son nom.

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