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Pétrarque : sa plus belle histoire d’amour illustrée dans un vitrail unique

Triomphe de Chasteté.
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C’est un chef-d’œuvre de la littérature italienne du XIVe siècle. Chant d’amour exceptionnel, les "Triomphes" de Pétrarque ont connu un succès retentissant à la Renaissance. Il est aujourd’hui réédité dans un somptueux ouvrage par les éditions Diane de Selliers. Mais ce trésor en cache un autre encore plus remarquable. En France, une baie unique au monde, cachée dans une petite église de l’Aube, illustre cette belle histoire d’amour. Paule Amblard, historienne de l’art, nous offre un éclairage symbolique de ces deux œuvres, chacun flamboyant de couleurs et d’émotions.

« C’est le poète le plus célèbre de la littérature à la Renaissance », commence d’emblée Paule Amblard, qui, par ses commentaires éclairés, nous fait pénétrer dans cette histoire d’amour exceptionnelle. Car tout commence par un coup de foudre. Celui de Pétrarque pour Laure, jeune dame noble aux cheveux d’or, dont il tombe éperdument amoureux et qui ne lui rendra jamais son amour. La jeune femme est mariée, toute relation est donc impossible. Le jeune Pétrarque a alors 24 ans et il est désespéré. Cette rencontre, il ne l’oubliera jamais et cherchera, des années plus tard, à la transformer, à la transcender pour l’exorciser. De là naît son poème allégorique si célèbre : les Triomphes. « Lorsqu’il entame son chef-d’œuvre, Pétrarque a 34 ans, précise Paule Amblard, soit onze ans après sa rencontre avec Laure. Délaissé quelques temps, il poursuit son œuvre dix-neuf ans plus tard, à l’âge de 53 ans ». À cette époque, Laure n’est plus, emportée par la peste noire qui décime l’Europe en 1348. Mais quoiqu’il en soit, elle demeure toujours bien présente dans l’esprit du poète et ce dernier sait qu’il doit apaiser les tourments de son âme au risque de se perdre.

De l’amour charnel à l’amour spirituel

Mais comment arriver à tempérer cet amour ? Pétrarque décide de le sublimer. Cet amour, humain et charnel, il veut l’élever, lui donner une dimension mystique. Délaissé des faiblesses humaines, le poète veut pouvoir aimer Laure d’un amour pur. Il entame alors la rédaction de son poème allégorique. Écrit en italien et composé de six chants, ce grand poème se vit comme un chemin où, petit à petit, l’amour charnel se transforme en amour spirituel. Profondément chrétien et nourri de l’héritage antique, il construit son œuvre sur le modèle du triomphe militaire romain — moment où les vainqueurs font défiler leurs trophées et leurs prisonniers de guerre. Les six triomphes, l’Amour, la Chasteté, la Mort, la Renommée, le Temps et l’Éternité, apparaissent tout à tour et se succèdent au fur et à mesure qu’elles triomphent les unes des autres. Chaque personnification se présente sur un char écrasant la précédente. Ainsi de l’amour humain, Pétraque avance, tout doucement, vers l’amour ultime, l’amour sacré symbolisé par l’Éternité. C’est cet idéal de sagesse chrétienne, cet amour divin, que chaque homme doit trouver en lui. C’est là-bas, auprès de l’Éternel, que repose Laure et c’est là-bas qu’il la retrouvera.

« Ces poèmes destinés à Laure vont connaître un succès fou, être traduits dans plusieurs langues et se répandre dans toute l’Europe », souligne Paule Amblard. Une célébrité si impressionnante qu’elle va toucher les endroits les plus reculés, comme le petit village d’Ervy-le-Châtel dans l’Aube. C’est là-bas, dans l’église Saint-Pierre-ès-Liens que se trouve, sans conteste, la plus belle illustration de cette histoire d’amour. Car en 1502, une femme est touchée par les paroles de Pétrarque et se retrouve dans son histoire. Elle s’appelle Jehanne Leclerc et elle vient de perdre son mari. Le cœur en peine, elle trouve du réconfort dans ce poème d’amour et d’espérance qui sublime les retrouvailles dans l’Éternité. Pour immortaliser son couple, elle se fait représenter, ainsi que son mari, dans un vitrail illustrant les Triomphes de Pétrarque.

Le triomphe de l'Amour.

Le projet final est éblouissant. Alors que tout en bas du vitrail le couple entoure la Vierge de l’Apocalypse, couronnée et triomphante, se dessinent, au dessus, les six allégories des triomphes entourées de symboles chrétiens qui enrichissent la lecture. Tout commence par l’Amour, charnel, celui auquel nul homme n’échappe. Il est représenté sous les traits d’un jeune homme décochant des flèches : Cupidon. Ses yeux sont bandés car l’amour rend aveugle. Près du jouvenceau se tient une femme : Chasteté. C’est une combattante, elle est armée d’une lance et tient dans sa bouche un frein. Elle écrase sous son char Cupidon, dont l’arc est brisé, et verse de l’eau sur un brasier de cœurs enflammés. C’est Laure qui, vaillamment, a résisté aux avances de Pétrarque et a su préserver son honneur.

Le triomphe de la Chasteté.

Puis un autre char s’avance et écrase Chasteté. C’est la Mort, symbolisée par trois squelettes effrayants, les Parques. Clotho tient une quenouille et file le lien des destinées humaines. Elle est aidée par Lachésis qui déroule le fil de l’existence. Au centre, Atropos coupe le lien de la vie. Son corps est parsemé de vers et ses entrailles en décomposition. « Tous meurent en Adam » annonce le phylactère. Laure est morte, le poète est désormais sans lumière.

Le triomphe de la Mort.

Le triomphe de l’Éternité

Après la mort, que peut-on espérer ? Pétrarque répond par un nouveau triomphe : la Renommée. C’est ce que les hommes laissent sur terre, le récit de leurs faits. Sous les traits d’une belle jeune femme, elle porte deux ailes de couleur verte, symbole d’espérance et de renaissance. Elle tient un soleil qui éclaire le globe terrestre, mettant ainsi en lumière les actes illustres des Hommes. La vertu de Laure, qui a résisté à ses avances, est encore présente pour Pétrarque qui en garde un souvenir ému.

Le triomphe de la Renommée.

Vient ensuite le Temps, sous les traits d’un vieillard barbu. Il rappelle que celui-ci dévore tout, même les gloires : « La gloire n’est qu’une seconde mort, le Temps triomphe et des noms, et du monde ». S’ouvre enfin le dernier triomphe, ouverture espérée vers le Ciel. Il n’y a plus de chars, plus de triomphes brisés car ce dernier est ultime et éternel : c’est l’Éternité. Sur un fond rouge se détache les âmes élues, symbolisées par une foule tenant la palme de la victoire. Au sommet du vitrail, espace le plus sacré, se dessine le royaume de la Trinité : le Père, en majesté, fait face à l’Agneau, symbole du Christ, sous le regard bienveillant de l’Esprit saint. En dessous, une figure énigmatique se détache : un personnage nu, ni vraiment homme ni vraiment femme. C’est l’âme nue, celle qui a trouvé le chemin du Ciel. Car Pétrarque a enfin achevé son périple spirituel. C’est là-bas, dans l’Éternité, qu’il retrouvera Laure. C’est là-bas que Jehanne retrouvera son mari.

Pour découvrir la suite du vitrail, cliquez sur le diaporama :

Les triomphes de Pétrarque illustrés par le vitrail de l’Aube au XVIe siècle, par Yves Masson (traducteur), Paule Amblard et Flavie Vincent-Petit (commentaires iconographiques), Éditions Diane de Selliers, octobre 2018, 195 euros.

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