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COP 24 : « Un changement politique à grande échelle ne peut s’appuyer que sur un changement humain »

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By Shestakoff | Shutterstock
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La COP 24 aura lieu à Katowice (Pologne) du 2 au 14 décembre 2018 et rassemblera de nombreux chefs d’État, experts, chefs d’entreprises. Aleteia a rencontré Mathieu Labonne, directeur du mouvement Colibris, qui se mobilise pour la construction d’une société écologique et humaine.

Mathieu Labonne est l’actuel directeur du mouvement Colibris créé en 2007 par Pierre Rabhi, qui prône la construction d’une société écologique et humaine à travers l’engagement de chacun, à sa mesure, et qui porte de nombreuses initiatives, notamment des lieux de vie écologiques et participatifs. Ingénieur SUPAERO, Mathieu Labonne a mené des recherches au CNRS sur le climat. Il est également expert sur les questions liées au carbone.

Aleteia : Pour vous, qu’est-ce qu’une société écologique et humaine ?
Mathieu Labonne : C’est de dire que pour qu’il y ait un changement politique à grande échelle, cela ne peut s’appuyer que sur un changement humain. Nous créons un terreau pour que derrière, un changement plus global puisse se faire. Nous voulons aider un maximum de gens à accéder à ce que l’on appelle l’empowerment, la capacité d’agir, dans les domaines de l’économie ou de l’éducation. Il est indispensable qu’il y ait un changement culturel, c’est-à-dire dans le rapport de l’Homme à la nature, dans nos modes de vie et nos aspirations. Il est possible de faire et de vivre autrement. Notre projet Oasis [qui souhaite faciliter l’émergence de nouveaux lieux de vie ou de ressources qui soient écologiques, conviviaux et solidaires, ndlr.] aide ainsi  quelque 800 projets à se développer. Aujourd’hui, entre 300 et 400 d’entre eux fonctionnent bien et peuvent apparaître comme des modèles. Le problème, c’est que ce n’est pas suffisant pour que toute la société fasse la bascule. Aujourd’hui, un Français consomme autant que Louis XIV à son époque. Nous vivons tous mieux que des rois de France !

Vous dites que ce n’est pas suffisant. Vous êtes pessimiste ?
Je suis témoin d’une belle énergie citoyenne, mais mon impression est que cela reste encore minoritaire. Ce n’est pas assez. Il faut continuer notre travail d’inspiration, en mettant les gens en lien entre eux. Le monde à construire n’est pas un monde uniforme. Il n’y a pas de modèle unique. Je vois deux valeurs clefs : l’écologie, qui se traduit  par cette intention d’être les plus autonomes possible, ainsi que la mutualisation et le partage. Nous voyons cela notamment dans des lieux collectifs, comme l’écohameau du Plessis [situé dans l’Eure-et-Loir, ndlr], où cohabitent vingt-huit familles. Nous pouvons réduire notre besoin individuel en jouant avec le collectif, par exemple en utilisant des buanderies collectives. Très souvent, le fait de fonctionner en collectif facilite l’accès à l’écologie. Derrière, c’est la question du vivre-ensemble qui émerge car cela demande de vivre avec des notions d’interdépendance. Je crois beaucoup à la vie communautaire. Après, ce n’est pas un mode de vie qui convient à tout le monde. Le monde moderne est basé sur l’hétéronomie : tous nos besoins individuels sont comblés par la société. C’est très énergivore. Je crois que l’un des grands enjeux, c’est de retrouver nos savoir-faire au niveau local, dans l’agriculture, la construction… Il faut changer les règles du jeu et que les acteurs locaux puissent prendre ensemble les choses en main. Une meilleure gestion du bien commun passe par des acteurs locaux. Mais il faut mettre les gens en capacité de le faire. Nous devons les aider à trouver les bons outils.

Comment faire au quotidien ? Devons-nous changer radicalement de vie ?
Beaucoup de choses sont possibles dans les gestes de chaque jour : acheter des produits locaux et de saison, moins prendre sa voiture… Les trois pôles les plus importants du bilan carbone français moyen sont l’alimentation, le chauffage et les transports, et vient ensuite l’équipement informatique. Pour moi, la politique des bons gestes est bonne, mais elle n’est qu’un début. Ce n’est que la première étape. Je crois que les enjeux sont tellement importants qu’une partie de la population sera amenée à changer de mode de vie. Aujourd’hui, s’il l’on veut passer à une agriculture complètement bio, il manque 500.000 agriculteurs. Je pense qu’il faut redonner leur place à des modes de vie plus ruraux. En effet, on densifie au maximum les villes et on désertifie les campagnes. Je pense qu’il faut re-designer son mode de vie, par exemple en apprenant à partager le covoiturage. Un même objet, une voiture par exemple, peut servir à plusieurs personnes. Il y a un mouvement de société prépositif là-dessus, mais encore insuffisant. Beaucoup de gens s’intéressent à ce que l’on appelle la théorie de l’effondrement. Notre vitesse d’évolution est trop lente. Notre monde va changer dramatiquement dans les dix, vingt ans qui viennent. Beaucoup de belles choses se mettent en œuvre mais je reste pessimiste au niveau global. Plus il y aura d’initiatives positives, plus on saura trouver l’inspiration pour trouver des portes de sortie.

Dans Laudato si’, le pape François aborde  la question de la sauvegarde de la maison commune. Sa figure vous inspire-t-elle ?

Oui, complètement. Je vois cela d’un très bon œil. À titre personnel, je suis intéressé par le lien entre économie et spirituel. Pour moi, les grandes traditions ont un rôle à jouer. Je crois qu’aujourd’hui, l’Homme traverse une crise de sens qui se manifeste par la surconsommation et la recherche de confort absolu. Nous répondrons à cette crise-là par la dimension spirituelle, par le fait de retrouver du sens. Avant tout, il faut proposer un nouveau chemin à la société, et cela passe par un retour au sacré, un travail en profondeur sur la psyché humaine, la fin de l’ego de l’Homme. Je pense que c’est un peu le mythe de Prométhée. Symboliquement, le bouleversement climatique, c’est un déluge. L’être humain a voulu créer un monde profondément lié à ses fantasmes. C’est la volonté de maîtrise de l’être humain qui n’accepte pas que la vie est faite de hauts et de bas et qui se dit : « Le monde n’est pas comme je voudrais qu’il soit et je veux le changer ». On est constamment en train d’essayer de construire un monde non pas tel qu’il est, mais tel qu’on voudrait qu’il soit. Accepter le monde tel qu’il est, cela demande une force spirituelle.

Quelle est votre espérance ?
Que nous décidions de mieux travailler ensemble et que le nombre d’initiatives se démultiplie. Il s’agit d’un changement de paradigme. On change plus les gens par l’expérience que juste par le savoir car il y a quelque chose qui se passe en eux. Mon espoir, c’est de faire goûter au gens l’intérêt de ces autres modes de vie.

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