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Père Fred, un maçon pour le Très-Haut

Frédéric Ozanne

© Frédéric Ozanne

Domitille Farret d'Astiès - publié le 28/11/18

Le père Frédéric Ozanne fait partie de la Mission de France, qui envoie des prêtres et des laïcs vivre auprès de leurs contemporains.

Quand on le voit ainsi haut perché sur un toit, difficile d’imaginer spontanément qu’il est prêtre. Et pourtant, c’est bien le cas. Ordonné il y a dix ans, Frédéric Ozanne appartient à la Mission de France, une « communauté » qui dispose d’un statut spécial puisqu’elle est reconnue comme un diocèse catholique au service de la mission. Constitué d’équipe de laïcs, de prêtres et de diacres qui mènent la vie de tout le monde, cet organe d’Église existe depuis 1941.

« Plusieurs fois, on est venu pousser la porte de mon bureau »

Âgé de 39 ans, le père Fred travaille comme maçon à Dourdan, dans l’Essonne. « Aujourd’hui, j’ai fait de la pioche, coulé du béton et transporté des brouettes de plâtre », détaille-t-il. Ses collègues ne savent pas forcément qu’il est prêtre. « Notre originalité, poursuit-il, c’est notre positionnement relationnel de collègue à collègue, de pair à pair. C’est une spécificité de notre vie de prêtre ». Le mot d’ordre de la Mission de France ? Chemin faisant. « Nous marchons avec les gens dans un quotidien tout à fait ordinaire. Si la vie des gens nous intéresse, elle intéresse aussi Dieu et l’Église », explique-t-il. C’est cette vie partagée jour après jour qui leur permet de transmettre discrètement ce qu’il nomme pudiquement « des choses de Dieu ».


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Si le père Fred ne crie pas haut et fort son état, l’idée n’est pas de le dissimuler pour autant : « Je n’ai jamais caché que j’étais prêtre. Nous ne sommes pas non plus dans l’enfouissement. Mais ce n’est pas notre porte d’entrée relationnelle ». Lui a choisi une porte d’entrée peu visible, qui sollicite de la durée. « J’aime bien prendre l’image des pèlerins d’Emmaüs », ajoute-t-il, se référant à ces disciples qui ont cheminé avec le Christ et qui, à son contact, ont compris des choses essentielles. Cette discrétion porte des fruits. L’homme de Dieu qui manie métaux et béton raconte qu’il n’est pas rare que l’on soit venu le trouver lors d’un moment crucial de la vie, que ce soit une naissance, un mariage ou un décès. « Plusieurs fois, on est venu pousser la porte de mon bureau et on m’a dit : “Je ne viens pas parler à Fred, mais au père Fred”. Pour être là à ces moments de crise, il faut être là tout le temps. Nous nous émerveillons de l’Esprit saint à l’œuvre dans notre monde. »

« Notre vie n’est pas entre l’autel et le boulot »

Les membres de la Mission de France sont envoyés en fonction de leurs compétences professionnelles, de leurs désirs, des besoins des différents diocèses et de ceux de leur organisation. Ils partent en équipes. « C’est fondamental », explique le père Fred. La vie d’équipe leur permet en effet de partager ce qu’ils vivent et de le relire ensemble, ainsi qu’il le décrit : « La confrontation nous permet de ne rien considérer comme acquis ». Rien ne le prédestinait à la maçonnerie. Fils de viticulteurs, il a travaillé durant sept ans dans une entreprise où il faisait du conseil fiscal. Puis, en 2015, il a, selon ses propres mots, « troqué sa cravate contre des chaussures de sécurité ». « Je travaillais dans une boîte de 600 salariés et j’avais tout pour faire carrière. Mais nous sommes au service de la quête de Dieu et non de la conquête. À notre insu, nous pouvons inviter des gens à le chercher. Le Christ embrasse toute notre vie, la foi chrétienne nous prend tout entier. Notre vie n’est pas entre l’autel et le boulot, mais dans ce va-et-vient permanent entre les deux ».




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