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Travail du dimanche : vers une convergence des luttes ?

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L’adjoint au maire d’Angoulême constate une évolution très nette dans la volonté des élus locaux de limiter désormais le travail dominical.

En deux ans, les élus de l’agglomération du Grand Angoulême ont fait une volte-face complète sur la question du travail du dimanche. Si ce changement est limité localement, son analyse montre pourtant que les bases de ce retournement découlent d’évolutions politiques profondes qu’il faut pouvoir comprendre.

La majorité bascule

Fin 2016, comme dans toutes les agglomérations, les élus communautaires des alentours d’Angoulême doivent se prononcer pour savoir combien de dimanches travaillés seront autorisés en 2017. Jusqu’alors, la règle limitait ces ouvertures à cinq dimanches par an, la loi Macron de 2015 permettant (entre autres évolutions) aux élus locaux d’accorder cette dérogation jusqu’à 12 fois par an. Bien que vice-président, je fais l’expérience d’une grande solitude en étant seul à défendre la nécessité de maintenir une limitation forte. Puisque la loi autorisait une nouvelle avancée, la grande majorité des élus, au delà de tous les clivages de l’époque, valide 12 ouvertures dominicales. Personne n’y met franchement de conviction, les abstentions sont plus nombreuses qu’à l’habitude, mais la majorité est écrasante.

Lire aussi : Quand dimanche devient « manchedi »

Un an plus tard, même question mais nouveau contexte : Emmanuel Macron, de ministre de l’Économie, est devenu président de la République. Plusieurs élus, venus de droite ou de gauche, s’expriment pour soutenir mes critiques. Les lignes bougent pour dire que nous ne pouvions rester aveugles. Une forte minorité vote contre, mais la majorité confirme une ouverture de 12 dimanches pour l’année 2018.

Arrive la rentrée 2018 : cette fois-ci la majorité bascule et vote largement pour une limitation à cinq dimanches pour 2019 ! Ce changement n’est pas lié au talent particulier d’un lobbyiste acharné mais à une conjonction profonde qui illustre de nouvelles fractures et des clivages politiques nouveaux, à l’image d’une recomposition politique encore en gestation.

Trois tendances de fond

La nouvelle majorité sur ce sujet est le fruit de trois tendances de fond :

1/ Des élus font le choix de cesser l’extension des zones commerciales et de privilégier les orientations favorables aux commerces de proximité. On le dit assez peu, comme si l’économie locale n’était que le fruit de grandes enseignes appliquant des consignes nationales, mais la question des dimanches travaillés est souvent avant tout un problème pour les petits commerces. Pour eux, le volontariat (officiel) du dimanche est plus compliqué, l’embauche complémentaire moins accessible et l’ouverture le dimanche, in fine, très peu au rendez-vous. Il y a donc un avantage comparatif au bénéfice des grandes surfaces. Les élus locaux le voient et le comprennent, ceux d’entre eux qui cessent d’être simplement porte-voix des grandes enseignes nationales ont décidé de prendre leur responsabilité. C’est la première composante de la nouvelle majorité. Elle se définit par la recherche d’une nouvelle qualité alimentaire, la volonté de rapprocher producteurs et consommateurs, le choix d’une écologie qui passe par la relocalisation des activités.

2/ Des élus prennent au sérieux la nécessité de garder des temps de repos collectifs. Non par goût de l’oisiveté, mais pour soutenir les familles, pour limiter le champ des activités marchandes, pour redire qu’il n’y a pas de société paisible sans des règles qui permettent de garder du commun. C’est la deuxième composante de cette nouvelle majorité. Elle assume son refus de ne pas tout céder au néolibéralisme et son choix de poser un cadre qui nous permette de garder les grands équilibres qui font la vie sociale.

3/ Des élus défendent les salariés et refusent d’oublier que ceux-ci se définissent par le lien de subordination envers leurs employeurs. Ils se souviennent que la dernière loi sur le repos dominical est une conséquence de la catastrophe de Courrières en 1906, la grève des mineurs qui s’en suivit et des cortèges parcourant les corons. Le gouvernement Sarrien qui fit voter cette loi, comptait parmi ses membres Clemenceau, Briand et Poincaré. Les élus de 2018 qui leur sont fidèles sont la troisième composante de cette nouvelle majorité. Dans une économie mondialisée, la défense des salariés cessent d’être la défense d’un cadre statique pour devenir une politique de civilisation.

Lire aussi : Quand la publicité redécouvre le dimanche

De nouvelles convergences

Ces trois composantes ne sont pas des groupes exclusifs : bon nombre d’élus se retrouverait facilement dans cette triple conviction. Mais les contextes politiques ne permettent pas toujours de les rassembler. Défendre la famille et les salariés, choisir les petits commerces et limiter la marchandisation du monde, construire une écologie qui passe par la connaissance des producteurs, ces luttes ont des convergences profondes et s’opposent, en même temps, à la financiarisation de l’économie.

À l’agglomération de Grand Angoulême, ceux qui ont voulu maintenir au maximum le nombre de dimanches travaillés ont eu les mêmes mots que les députés LREM qui, en août dernier, en demandaient toujours davantage.

Le clivage politique qui se présente ici oppose ceux pour qui l’ouverture des magasins le dimanche est « avant tout un enjeu sociétal qui correspond à l’aspiration des Français : être libre d’acheter, de se divertir, de travailler ou non le dimanche », et ceux pour qui la liberté n’est pas exclusive de limites qui permettent de construire une vie humaine équilibrée dans une société forte de valeurs communes.

Est-ce une convergence des luttes ? Chaque citoyen doit désormais lire les enjeux actuels en quittant les querelles de la guerre froide. La défense ou le refus du libéralisme n’est plus aujourd’hui la bonne clé de compréhension. Il faut espérer que l’évolution constatée au Grand Angoulême soit suivie ailleurs et pose les bases d’une nouvelle alternance.

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