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Peut-on être spéciste en toute humanité ?

BUTCHER ABOLITION
JACQUES DEMARTHON I AFP
Un membre du collectif "Boucherie Abolition" lors d'une manifestation à Paris le 22 septembre 2018.
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Les réponses de Michel Boyancé, philosophe et doyen de l’Institut de philosophie comparée.

L214, 269 Life France, Earth Resistance, Boucherie Abolition… Peu connues par leurs noms, ces associations le sont surtout pour leurs actions : boucheries et fromageries vandalisées, incendie d’un abattoir dans l’Ain, manifestations ou encore libération de poules de leurs cages. Une philosophie les rassemble : l’antispécisme. C’est en 1975 que l’Australien Peter Singer théorise cette notion dans son ouvrage La libération animale, qui deviendra le livre fondateur des mouvements modernes de défense des droits des animaux. De plus en plus présent dans l’espace public, l’antispécisme interpelle. Éléments de réponse avec Michel Boyancé, doyen de l’Institut de philosophie comparée.

Aleteia : Qu’est-ce que l’antispécisme ?
Michel Boyancé : L’antispécisme désigne une position philosophique qui s’appuierait sur un constat scientifique d’influence darwinienne comme quoi il n’y a pas, dans le monde vivant, des espèces distinctes les unes des autres. Pour les tenants de l’antispécisme on ne peut parler d’espèces animales, ce terme ne veut rien dire : ce qui existe ce sont des vivants qui évoluent tout au long de l’histoire. La frontière des espèces est une frontière artificielle. La deuxième raison qui fonde l’antispécisme est qu’il n’y a pas de raison objective à mettre une barrière entre l’ensemble des espèces animales et l’espèce humaine. L’homme s’arroge une suprématie qu’il n’a pas. Le point commun entre les espèces vivantes et notamment animales est la recherche du bien-être et la fuite de la souffrance. Il faut donc que notre empathie, notre compassion et notre bienveillance s’étendent à toutes les réalités vivantes et ne privilégient pas l’espèce humaine. L’antispécisme n’est autre que le refus de ces barrières entre espèces afin qu’il n’y ait pas de discrimination et que l’on travaille à la liberté et à l’égalité de tous les êtres vivants doués de sensibilité.

La »Veggie pride » à Paris fin septembre, les actions récurrentes visant les boucheries et abattoirs menées par différentes associations… L’antispécisme est une notion de plus en plus présente dans l’espace public. Comment l’expliquez-vous ?
Je l’explique d’abord par la prise de conscience écologique. Le respect de la nature c’est aussi le respect du bien-être des animaux. Ensuite nous sommes dans une ambiance culturelle dans laquelle le bien-être et l’absence de souffrance deviennent les moteurs de la vie humaine. Ne voyant plus la frontière entre l’homme et l’animal, il n’y a aucune raison que l’animal soit privé de cette recherche. Dans cette logique, l’être humain doit donc contribuer au respect de la nature en perdant sa domination sur les êtres vivants et en respectant ce bien être. Le souci écologique qui vise la liberté et l’égalité doit s’étendre sans discrimination à tous les vivants pour préserver la planète. L’homme qui la saccage l’asservit.

Lire aussi : Faut-il jouer le développement durable contre la vie éternelle ?

En 2015, l’animal a été reconnu dans le Code civil comme un « être vivant doué de sensibilité ». L’antispécisme ne témoigne-t-il pas d’une société plus humaine, qui fait preuve de plus de compassion envers les espèces vivantes ?
Notre société est plus sensible à la souffrance individuelle ou animale qu’avant. Il y a un seuil de tolérance à la souffrance qui a été modifié. Mais c’est l’aspect superficiel de la question. L’antispécisme peut apparaître comme une philosophie pleine de bonnes intentions. Mais on peut aisément lui opposer des réponses rationnelles et les impasses dans lesquelles il nous conduit. Le première concerne le champ de la philosophie et de la science. Depuis l’origine de la réflexion philosophique chez les Grecs, on sait que l’être humain est un être qui dispose d’une réalité spirituelle qui échappe à la vie sensible. Son bonheur ne se trouve pas dans le bien-être et l’absence de souffrance. Il réside dans la pratique de la connaissance, l’amour et l’amitié. La dimension spirituelle de l’être humain est radicalement différente de celle de l’animal. Il n’est ni un dieu ni un animal mais a une part de divin tout en étant un être sensible. Il est légitime de dire qu’il y a une espèce humaine différente de l’ensemble des espèces animales. Tout comme il est légitime de distinguer le monde sensible et le monde spirituel.

Ce n’est pas parce que je me sens bien que je suis heureux mais parce que je suis heureux que je me sens bien. Dans sa vie personnelle, l’être humain doit dépasser le simple sensible sinon il se fait manipuler par ses désirs, ses plaisirs. C’est un danger que ne connaît pas l’animal car il est régi par ses instincts, il suit l’inclinaison de sa nature. Le risque est que l’être humain se laisse manipuler par ce qui le rend sensiblement heureux et tombe dans la subjectivité du bien-être.

Quel danger voyez-vous à réduire l’être humain à n’être qu’un être sensible ?
Quel est le prix, la valeur de la vie humaine… et de la dignité intrinsèque de la vie humaine ? Sur le plan de l’éthique, cela conduit à nier la dignité spécifique de l’être humain.

En tant que croyant, quel(s) argument(s) peut-on opposer à l’antispécisme ?
Dieu confie la création à l’homme et à la femme et c’est dans cette confiance que fait Dieu à l’homme que peuvent résider les erreurs humaines conduisant à saccager la Création. L’homme a incontestablement une prédominance sur la création. Mais il s’agit d’un service et non d’une prédation ou d’une domination. L’antispécisme prend une erreur de l’être humain pour une négation de l’espèce humaine. L’homme doit s’efforcer de prendre soin de la création. Et ce n’est pas au nom des erreurs commises qu’il faut nier la spécificité humaine. L’homme est convié par Dieu à être responsable de sa création… y compris de lui-même.

Lire aussi : La crise écologique au crible des Écritures

Si on se réfère au plan anthropologique, l’être humain n’est-il pas un animal ?
Cette dimension se caractérise également par la liberté. L’animal n’a pas cette capacité de liberté qui est le propre de l’être humain et qui lui permet de s’unir à Dieu. L’homme, être doté d’une vie spirituelle, a une vocation, une destinée qui ne peut se réduire au bien-être et à l’absence de souffrance. Il doit être capable de se conduire, de se gouverner lui-même dans la réalisation de ce qui est bien. La vocation spirituelle de ce qui est bien s’exprime dans la dignité de l’être humain. Sa destinée n’est pas simplement dans le monde sensible et dans l’absence de souffrance. Il a une vocation à l’amour, au don de soi… C’est en cela que réside sa dignité. Traiter quelqu’un de manière digne ne signifie pas l’instrumentaliser, le tuer au nom de son bien être bien-être et de son confort. L’être humain a une valeur en lui-même, de l’ordre de l’absolu. On est d’autant plus humaniste qu’on est spéciste car on sait ce que vaut l’humain en tant que tel dans son irréductibilité au simple monde animal ! L’homme est en partie « animal » quant à ses besoins primaires (nutrition, reproduction, ndlr) mais il diffère spécifiquement radicalement du monde animal !

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