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Guillaume Apollinaire, un poète catholique ?

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Ce 9 novembre, nous fêtons les cent ans de la mort de l’un des plus grands poètes français : Guillaume Apollinaire. C’est l’occasion de revenir sur un point souvent méconnu concernant sa poésie : la dimension chrétienne de son œuvre.

Apollinaire est né à Rome le 26 août 1880 d’une mère polonaise, elle même fille d’un camérier honorifique et laïc au service du Pape, issu de la petite noblesse polonaise. Il est ainsi né sous le nom italien de Guglielmo Alberto Wladimiro Alessandro Apollinaire de Kostrowitzky. Il gardera son premier prénom Guglielmo qu’il transformera en Guillaume et utilisera son cinquième prénom, Apollinaire, en guise de nom de famille, à la place de son nom à consonance polonaise « Kostrowitzky », lorsqu’il commencera à publier ses écrits.

Une mère ambivalente

La mère de Guillaume Apollinaire, Angelika Kostrowicka, était une femme profondément ambivalente. En effet, d’un côté, elle était de mœurs très libres pour l’époque : Guillaume est née de père inconnu et sa mère ne s’est jamais mariée avec les hommes successifs qu’elle a pu fréquenter. Mais d’un autre côté, elle est restée très pieuse toute sa vie et sincèrement croyante et a tout fait pour que son fils ait une éducation religieuse.

Alors qu’il a sept ans, en 1887, elle quitte Rome et s’installe à Monaco.  C’est à ce moment là que Guglielmo devient Guillaume, découvre le français, qui n’était pas sa langue maternelle, et suit sa scolarité au collège Saint-Charles chez les Maristes. Il est alors profondément croyant, comme il se le remémore avec nostalgie dans son poème « Zone » qui ouvre le recueil Alcools :

« Voilà la jeune rue et tu n’es encore qu’un petit enfant
Ta mère ne t’habille que de bleu et de blanc
Tu es très pieux et avec le plus ancien de tes camarades René Dalize
Vous n’aimez rien tant que les pompes de l’Église
Il est neuf heures le gaz est baissé tout bleu vous sortez du dortoir en cachette
Vous priez toute la nuit dans la chapelle du collège
Tandis qu’éternelle et adorable profondeur améthyste
Tourne à jamais la flamboyante gloire du Christ
C’est le beau lys que tous nous cultivons
C’est la torche aux cheveux roux que n’éteint pas le vent
C’est le fils pâle et vermeil de la douloureuse mère
C’est l’arbre toujours touffu de toutes les prières »

Une nostalgie de la foi

Comme l’illustre le poème précédent, Apollinaire associe la foi à la douceur de l’enfance en même temps qu’il fait le lien entre l’expérience religieuse et la création artistique. En effet, « c’est le beau lys que tous nous cultivons  » renvoie au culte de la beauté qui habite tous les artistes. Il voit ici une proximité entre l’amour de la beauté et le culte chrétien. Si la foi habite l’œuvre d’Apollinaire, c’est parce qu’il voit une grande proximité entre la poésie et l’esprit d’enfance. Or, c’est justement cet esprit d’enfance que le Christ nous invite à avoir pour nous rapprocher de lui.

On trouve donc chez Guillaume Apollinaire une profonde ambivalence. D’un côté la foi semble ce qui est perdu à tout jamais, comme l’enfance, puisqu’il a perdu la foi à l’adolescence ; et en même temps il pressent une profonde similitude entre la foi et l’expérience du poète qui permet de retrouver une vérité réservée à l’enfance. On peut le lire par exemple dans la chanson du mal-aimé :

« Le grand pan l’amour Jésus Christ
Sont bien morts et les chats miaulent
Dans la cour je pleure à Paris »
Puis cette demande de retrouver l’esprit d’enfance :
« Mon cœur et ma tête se vident
Tout le ciel s’écoule par eux
O mes tonneaux des Danaïdes
Comment faire pour être heureux
Comme un petit enfant candide »

La personne du Christ est également très présente dans ses poésies. On lit ainsi dans le poème « Passion » : « J’adore un Christ de bois qui pâtit sur la route ». La foi, qu’il proclame perdue, il semble la chercher et la regretter dans sa poésie : peut-être peut-on y voir une autre manière de chanter Dieu et d’aller à sa recherche ?

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Un culte dans la création artistique et dans l’amour humain

Dans le poème « Zone », qui est également un véritable manifeste poétique qui exprime tout le programme que fixe Apollinaire à la poésie de l’avenir, le poète donne une très grande place à la religion catholique. Si Apollinaire est en quête de modernité, suivant le mot d’ordre de Rimbaud « Il faut être absolument moderne », il semble voir dans la religion catholique une nouveauté continuelle, contrairement à la prétendue nouveauté des automobiles et autres produits de consommation :

« Ici même les automobiles ont l’air d’être anciennes
La religion seule est restée toute neuve la religion
Est restée simple comme les hangars de Port-Aviation
Seul en Europe tu n’es pas antique ô Christianisme
L’Européen le plus moderne c’est vous Pape Pie X
Et toi que les fenêtres observent la honte te retient
D’entrer dans une église et de t’y confesser ce matin »

On trouve dans ce poème, non pas simplement un éloge de la vitesse et des technologies les plus modernes, mais un va-et-vient permanent entre le monde le plus moderne et la vie religieuse qui apparaît avec un œil lui aussi complètement neuf. C’est en cela que l’on peut dire qu’Apollinaire, né à Rome et petit-fils polonais d’un grand-père au service du pape, est profondément marqué par le catholicisme. On peut lire, un peu plus loin dans le poème, la présence à nouveau de Marie : « Entourée de flammes ferventes Notre Dame m’a regardé à Chartres / Le sang de votre Sacré-cœur m’a inondé à Montmartres ».

En outre, s’il évoque la modernité des avions, c’est d’abord fasciné par l’élévation qu’ils permettent et pour y voir un parallèle évident avec l’ascension du Christ et l’Assomption de Marie. On pourrait cependant penser que le christianisme n’est qu’un matériel du passé qu’Apollinaire réutilise comme la mythologie antique. Il fait pourtant justement une grande différence entre les deux. S’adressant à lui-même, le poète s’exclame : « Tu en as assez de vivre dans l’antiquité grecque et romaine (…) Seul en Europe tu n’es pas antique ô christianisme.  »

Il semble donc que seul le christianisme puisse rendre neuf et actuel ce qui nous vient du passé. Peut-être est-ce aussi lui qui permet de vivre cet émerveillement continu face au monde et à tout ce qui apparaît, cet émerveillement étant une caractéristique de la poésie d’Apollinaire, jusqu’à même l’horreur de la guerre ? Xavier-Marie Bonnot revient justement dans un très beau roman Le tombeau d’Apollinaire sur la fascination qu’éprouva le poète pour la guerre. Par ailleurs, dans son ouvrage La divine comédie, entretiens avec Benoît Chantre, le poète Apollinaire, Philippe Sollers précise ainsi « qu’il y a ce tournant très étrange, en effet, de ces années-là qui fait que, brusquement, dans un désert, le catholicisme, puisqu’il est question d’un pape, se retrouve en position moderne. Ce qui n’était pas du tout prévu au programme. »

Une dimension évangélique

On peut voir également une dimension évangélique dans sa poésie, en plus de l’esprit d’enfance et de la joie de la contemplation du monde, dans son culte de la fraternité et de la camaraderie. Ses amis sont en effet extrêmement présents dans son œuvre et il a été un véritable artisan de paix, de joie et de rencontre dans les années fastes de la bohème entre Montmartre et Montparnasse. Il est donc temps, cent ans après sa mort, que les chrétiens se saisissent de sa poésie et découvrent à quel point sa joie exubérante et fantasque peut elle aussi enrichir notre vie de foi et notre joie d’être au monde.

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