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L’Armistice, et après ? La Russie oubliée

RUSSIAN TROOPS
Domaine Public
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Avec la fin de la Première Guerre mondiale s’instaure une entre-deux-guerres que le général de Gaulle désignera sous le nom de "nouvelle guerre de Trente ans". Première victime : la Russie.

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Lorsqu’il évoquait les deux conflits mondiaux du XXe siècle, le général De Gaulle parlait d’une guerre de Trente ans, intégrant donc l’entre-deux guerres dans cette même logique guerrière et montrant combien les tensions ne s’étaient pas apaisées, préparant le terrain aux nouveaux affrontements.

Nous nous en rendons peu compte, aujourd’hui, tant la période de l’entre-deux guerres est mal connue du commun, et tant chacun des deux conflits est étudié dans sa singularité. Par ailleurs, le soulagement, très français ou britannique d’ailleurs, de la paix retrouvée en 1919, nous fait oublier qu’ailleurs en Europe, les combats se poursuivaient.

C’est de ce grand chambardement de l’Europe ancienne dont il faut parler pour se souvenir complètement de ce centenaire de la fin de la Première Guerre mondiale, et introduire notre réflexion sur le centenaire qui vient, celui de la Seconde Guerre mondiale.

Commençons par la Russie, la plus maltraitée des nations durant cette guerre.

Un État héroïque

Nous l’oublions souvent, car les soldats russes engagés à l’Ouest furent peu nombreux, et les Français envoyés à l’Est moins encore, mais la Première Guerre mondiale fut, pour l’empire des Tsars, une épreuve abominable. Mal préparées aux conflits, les armées russes manquaient du matériel le plus rudimentaire, parfois de chaussures, de munitions ou de fusils ! Le commandement était trop souvent défaillant. C’est pourtant avec une grande loyauté à la parole donnée que l’état-major et le tsar Nicolas II accélérèrent la mobilisation des troupes et passèrent à l’offensive dès la fin de l’été 1914. L’attaque brusquée sur la Prusse orientale se solda par la défaite cuisante de Tannenberg, mais elle apporta sa pierre indispensable au miracle de la Marne et ainsi la victoire française. Nous leur devons presque tout et nous l’avons oublié.

Les souffrances de l’armée furent augmentées par celles du peuple, car les bras manquaient pour les travaux des champs, parce que l’économie était désorganisée par les ruptures de communications dues à la guerre. Cette misère, le tsar voulut la vivre au plus près des siens, prenant le commandement théorique des opérations. Il le paya de son trône puis de sa vie. Figure désormais exposée et liée à la défaite, il fut la première victime de la révolution qui emporta la vieille Russie en février puis en octobre 1917.

L’interminable guerre

La révolution communiste d’octobre 1917 allait faire sortir la Russie de la guerre. Le gouvernement social-démocrate, fidèle aux engagements pris par le pouvoir impérial, avait poursuivi le combat aux côtés des Alliés. Cette loyauté avait encore plus affaibli la Russie dont l’armée était désorganisée par les troubles. L’accumulation des souffrances et des défaites pava le chemin du bolchevisme. Lénine au pouvoir signa la paix de Brest-Litovsk avec l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie. La Russie, humiliée, perdait des territoires immenses : Pologne, Finlande, États baltes, Ukraine. Ce rétrécissement doit être connu de nous, il témoigne autant des réveils nationaux en Europe centrale et orientale que des appétits allemands durant cette guerre. Il explique également les conflits qui éclatèrent dès 1918 en Europe centrale. Les Russes, blessés dans leur intégrité nationale, n’eurent de cesse, jusqu’en 1945, de vouloir reconquérir ces terres perdues. Le projet communiste universaliste se lia étroitement au sentiment national blessé.

Nous devons le savoir et en avoir conscience, pour comprendre la suite des événements, alors que la sortie de la Russie de la guerre la fit aussi sortir de l’histoire que nous avons écrite de cette Première Guerre mondiale.

Dans les frontières de l’ancien empire russe, la guerre continuait. C’était la guerre civile, opposant bolcheviques, anciens sociaux-démocrates et monarchistes. La guerre entre Russes blancs et rouges dévasta le pays jusqu’en 1920, puis continua encore de manière sporadique jusqu’au milieu des années vingt. La France et le Royaume-Uni crurent un temps pouvoir faire chuter le régime de Lénine en soutenant les Russes blancs. Mais leur engagement, à l’image de l’esprit des traités de paix signés au même moment à l’Ouest, fut assez puissant pour prolonger un conflit abominable, et trop timoré pour permettre aux Blancs de l’emporter. Le bolchevisme allait régner sur la Russie et faire trembler le monde libre pendant soixante-dix ans.

Le grand exode

Dans le même temps, la vieille Russie s’évanouissait comme un mirage. Tous la pensaient immortelle, éternelle ; mais églises et palais brûlaient, icônes et livres étaient lacérés en place publique. Dans les fosses communes s’amoncelaient les cadavres pêle-mêle des princes, des boyards des popes, des religieuses, des bourgeois et des moujiks (les paysans, ndlr).

Prenant la route, souvent à pieds, parfois en train ou en bateau, presque toujours en échappant de peu à la mort la plus abominable, les survivants de la sainte Russie emportée par cataclysme prirent le chemin de l’exil. Filant à l’Ouest, toujours plus à l’Ouest, pour la majorité jusqu’en France, et n’emportant avec eux que quelques bijoux de famille vite vendus pour subvenir aux besoins de l’immédiate survie, ou de rares photos dans une boîte à chaussures, vestiges du pays perdu, les Russes blancs arrivèrent par centaines de milliers. On retrouva d’anciens cuirassiers de la garde, des généraux déchus, des princes ruinés, mélangés à leurs vieux serviteurs, couchant dans des appartements sordides et travaillant à la chaîne dans les usines de Boulogne-Billancourt.

L’indifférence dans laquelle la plupart furent accueillis laisse présager celle, plus terrible encore, qui en 1938, fera dire à bien d’entre nous : « Plutôt Hitler que la guerre ». Nous étions trop occupés à panser nos propres plaies. Nous en paierions le prix fort bientôt. Là encore, il faut le savoir, pour comprendre ce qui allait suivre.

Tenaces, solidaires, les Blancs allaient recréer, en France, quelques humbles réminiscences de Russie. Leurs petits-fils se souviennent encore, ils sont les témoins de la tourmente d’un siècle de fer et de feu. Lorsque vint la Seconde Guerre mondiale, ils durent, pour beaucoup se déterminer, et si la plupart choisirent d’attendre la fin d’un conflit qui ne les concernait plus, d’autres devinrent des frères ennemis. La Russie attaquée par les armées du Reich, des Russes exilés entrèrent en résistance pour, au loin, apporter leur aide à la mère patrie pourtant si ingrate. D’autres, entrevoyant la chance inespérée de faire tomber le communisme et de rentrer au pays relevé, choisirent d’endosser l’uniforme feldgrau. Ces déchirures devraient parler à notre coeur. Nous en avons connues d’équivalentes entre Français.

Par ce premier exemple, mesurons à quel point cette Première Guerre mondiale a duré au-delà de sa fin officielle, et comprenons à quel point la seconde lui est liée.

Découvrez ces hauts lieux de mémoire de la Grande Guerre en cliquant sur le diaporama :

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