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Entre la fin du synode et le centenaire de l’Armistice, des questions identiques

Philippe Wojazer / AFP
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Les questions que nous posent aujourd’hui le sacrifice des « poilus » sont un peu les mêmes que celles posées aux jeunes par le récent synode romain.

L’actualité fait s’enchaîner deux événements qui ne sont pas sans rapport entre eux : l’achèvement du synode des jeunes au Vatican fin octobre, et le centième anniversaire de l’armistice qui a mis fin à la Première Guerre mondiale le 11 novembre 1918.

Le mystère de la Grande Guerre

À partir d’août 1914, des millions de jeunes hommes sont enrôlés dans les armées. Entre un quart et un tiers d’entre eux n’en reviendront pas, sans parler des blessés, des infirmes à vie, des ravages des maladies, des multiples conséquences dans les familles, les sociétés civiles… Une des provocations qui demeurent, cent ans après, est de comprendre comment des populations entières ont pu consentir à de tels sacrifices et aussi accepter que ceux qui refusaient de n’être que de la chair à canon soit exécutés pour l’exemple. Quand il n’y a plus de guerre ou du moins plus de levées en masse, quelle pertinence garde la maxime de l’Horace de Corneille, reprise dans la morale de l’école républicaine : « Mourir pour le pays est un si digne sort / Qu’on briguerait en foule une si belle mort » ?

Il y a un siècle, on s’est gaussé du pape Benoît XV, de l’empereur Charles Ier d’Autriche-Hongrie (béatifié en 2004) et d’autres qui ont tenté d’arrêter le carnage. Toute généreuse concession eût été un lâche compromis, leur a-t-on objecté de part et d’autre. On trouve maintenant qu’ils avaient raison, mais on les regarde encore avec quelque commisération : des efforts naïfs, timides, maladroits, en tout cas vains. Ce sont les gens efficaces que l’on admire. Et pour réussir aujourd’hui, le meilleur moyen, pense-t-on, n’est pas de donner sa vie, mais de la prendre en main et d’en profiter. Les droits de l’individu priment sur toutes les allégeances ; les collectivités sont des prestataires de services parmi d’autres.

Les jeunes, mais aussi la foi et le discernement des vocations

Dans un tel contexte, le récent synode romain est tombé à pic. D’après ce qui en a filtré dans les médias, l’institution ecclésiale se serait mise à l’écoute des jeunes, en promettant de le rester et de corriger tout ce qui ne va pas en son sein : place à faire aux laïcs et d’abord aux femmes, ouverture aux couples non mariés ou divorcés et aux homosexuels, sanctions et prévention d’abominations commises par des prêtres… Cette vision de l’événement paraît assez myope. Les « affaires » qui secouent l’Église n’obsèdent que l’Occident. Et puis ce n’était pas un synode uniquement sur les jeunes en leur donnant la parole. Dans l’intitulé qui précisait le programme, il y avait aussi « la foi et le discernement des vocations ».

Chacun de ces trois mots a son importance : La foi, c’est croire non pas en soi ni même en quelque chose comme la patrie ou un idéal, mais, pour un chrétien, croire en Quelqu’un, qui donne sa vie en partage et invite à faire de même. Cela ne veut pas dire que tous devraient à se comporter de la même manière, mais que chacun a sa vocation propre et doit trouver son mode personnel d’imitation du Christ. Le défi que tout jeune doit relever est de découvrir à quoi il ou elle est appelé(e). C’est un discernement qu’on ne fait pas tout seul, ne serait-ce que parce que ce n’est pas pour soi que l’on répond, mais pour aimer et servir d’autres. Et le lieu où les vocations se définissent et en tout cas s’authentifient, c’est l’Église sans laquelle on ne connaîtrait pas le Christ.

POPE FRANCIS MEETING YOUTH
Antoine Mekary | ALETEIA

Héroïsme et martyre

La question posée à la fois par le synode romain de 2018 et le centenaire de l’armistice du 11 novembre est un peu la même : qu’est-ce ce qui mérite que l’on s’y investisse jusqu’à l’abnégation totale s’il le faut ? Le rapprochement est illustré par les monuments aux morts de la Grande Guerre que l’on voit sur les places publiques aussi bien que dans nos églises : la figure allégorique et noblement éplorée mais triomphante de la République laïque qui recueille le cadavre d’un « poilu » prototypique n’est pas dans ressemblances avec nos piétas où la Mère de Dieu reçoit dans ses bras le corps supplicié de son Fils.

La différence est ce qui distingue l’héroïsme du martyre (qui ne sont pas pour autant incompatibles). La vie du soldat a été prise sans doute plus que donnée. Même si c’est par devoir, par amour pour les siens, pour qu’ils restent libres qu’il en a assumé le risque élevé (et cela mérite assurément le respect), il a été entraîné dans une épreuve de force – une lutte à mort où chaque camp était convaincu de son bon droit, où il fallait tuer pour ne pas être tué et où il est difficile à présent d’imputer tous les torts au même côté. Le martyr, pour sa part, n’a personne à trucider pour survivre. Son ennemi n’est pas le citoyen de l’arrogant pays voisin ni même l’incroyant, mais les facilités de l’égoïsme à courte vue. Dans son étymologie, martyr signifie « témoin », si bien que, foncièrement, le martyre commence, sans nécessairement conduire entre les mains de bourreaux, dans le don de soi au prochain, où la foi qui l’inspire se manifeste déjà avant même d’être confessée.

En attendant l’exhortation postsynodale

Il est encore trop tôt pour savoir quels fruits portera ce synode des jeunes : il faut encore attendre l’exhortation du Pape en retour sur les conclusions des consultations, interventions et échanges. Mais il est permis d’espérer là des pistes de réponses aux questions que suscite le centième anniversaire de la fin de la Première Guerre mondiale et que ne peuvent éviter de se poser les générations qui n’auront pas connu le XXe siècle : la vie se prend-elle ou ne vaut-elle d’être vécue que si elle se donne ? Si les occasions d’héroïsme deviennent heureusement rares, suis-je tout de même appelé, et si oui à quoi ? Quelle foi me donnera la force de ne pas me retrancher dans mon petit cocon jusqu’à ce que la mort m’anéantisse ? Et qui m’aidera à découvrir ma vocation et à la suivre ?

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