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Le tombeau d’Halloween

PUMPKINS
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Le succès persistant d’Halloween témoigne d’un besoin de fête sans transcendance, qui célèbre la mort comme une fuite de la réalité. L’auteur plaide pour un retour à un christianisme festif qui redonnera à la société le sens du réel et de la vie.

Notre monde est dominé par la figure du Consommateur. Cette domination vaut pour les règles fondamentales du jeu auxquels nous sommes tous contraints de participer. Mais elle s’exprime également dans des phénomènes apparemment triviaux que nous serions spontanément portés à négliger. Ainsi en est-il du succès d’Halloween, croissant semble-t-il, y compris dans les pays d’Europe continentale où il n’a pourtant aucune racine culturelle.

Le besoin de fête, mais sans transcendance

Laissons de côté, pour expliquer ce succès, les raisons de surface, telles que, par exemple, la fascination qu’exerce la puissance impériale dominante et le désir de singer ses coutumes pour avoir l’illusion de l’intégrer. Plus en profondeur, le succès d’Halloween s’explique d’abord par le besoin occidental de la fête, sans doute parce que, dans le fond, entre sa solitude ontologique, son errance sans but et les exigences d’être performant qui lui viennent de partout, l’existence de l’habitant des grandes métropoles occidentales n’est pas franchement gaie.

Mais la fête moderne a ses particularités. C’est une fête qui ne doit être habitée par aucune transcendance, que celle-ci soit de nature religieuse ou civique, une fête où l’individu isolé demeure continûment au centre du dispositif, se regardant consommer du plaisir, faisant semblant de participer à une scénographie commune mais dont il sait bien qu’elle n’est que scénographie. Dans les fêtes de jadis, la communauté des fidèles ou le corps politique célébraient les vérités sacrées qui avaient engendré cette communauté ou ce corps et que l’on commémorait ensemble. Rien de tel avec la fête moderne, qui tourne à vide, parce qu’en réalité elle n’a rien à célébrer si ce n’est elle-même en tant qu’objet de consommation de masse.

C’est ce qui explique, du reste, que les temples contemporains, je veux dire les hypermarchés et autres malls, se donnent tant de mal pour nous inciter à ces fêtes modernes, en tentant de nous convaincre que nous sommes rabat-joie ou ringards si nous nous dérobons. Bien sûr, ces fêtes sont concrètement des accélérateurs objectifs de consommation, donc des opportunités de profit, mais surtout, à travers elles, c’est la consommation du monde qui s’autocélèbre. On fait la fête pour faire la fête, autrement dit on consomme pour consommer, puisqu’il n’y a plus rien d’autre à célébrer.

Célébrer la mort qui n’existe pas

Pourtant, Halloween n’est pas n’importe quelle fête. Le thème central, on le sait, porte sur les revenants, le fantastique et prononçons le mot que-l’on-ne-doit-pas-prononcer : la mort. Il peut, à cet égard, paraître surprenant, qu’une époque aussi portée à taire la mort, à la cacher derrière les vitres teintées d’une maison médicalisée ou d’un crématorium, célèbre, une fois par an, squelettes et faux macabres. Mais la contradiction apparente s’explique : Halloween a en effet pour fonction de montrer, et de nous faire croire, que la mort est un objet de consommation comme un autre, autrement dit une chose opérée de tout son pouvoir blessant et même terrifiant, une réalité déréalisée avec laquelle nous pouvons impunément jouer à notre faire peur puisqu’elle n’existe pas.

Halloween participe ainsi de ce grand programme de nos sociétés contemporaines qui vise à nier le tragique dans la vie, en le surmontant par la technique et, lorsque cela n’est pas possible, en faisant silence sur lui ou bien en faisant semblant de croire qu’il n’est pas tragique puisque, comme le reste, on peut le consommer paisiblement. Ce qu’Halloween essaie péniblement de nous dire, c’est que la mort n’existe pas, alors que nous savons pertinemment que tel n’est pas le cas, et c’est bien du reste ce qui rend cette « fête » aussi morne et pathétique. Un mensonge peut sans doute donner lieu à de splendides célébrations, pourvu toutefois que chacun croie à la vérité de ce mensonge ; mais dès lors que chacun sait bien qu’il ne s’agit que de se mentir, à soi-même et aux autres, la célébration prend alors des teintes blafardes…

Revenir à un christianisme festif

Mais nous autres, chrétiens, sommes-nous totalement innocents de ce triomphe du simulacre ? Si celui-ci prévaut, n’est-ce pas aussi parce que nous avons perdu le sens chrétien de la fête à travers nos rites machinaux et nos cérémonies convenables dans l’entre-soi des bons sentiments ? À force de fustiger un certain triomphalisme post-tridentin et un expressionnisme populaire considéré comme vulgaire et sommaire par les théologiens, le catholicisme contemporain s’est renfermé dans les murailles, en apparence rassurantes, de ses églises avant de rechercher l’enveloppe plus douillette et plus protectrice encore que constitue la pénombre des sentiments intimes.

Du coup, la rue, et il faut entendre par là tout l’espace public, a été abandonnée, et l’homme de bonne volonté qui prend conscience de sa solitude et cherche à exister avec les autres n’a plus désormais le choix qu’entre la camaraderie superficielle des stades de football et ces fêtes modernes ou post-modernes où l’on n’est ensemble que pour célébrer l’absence de vraie raison d’être ensemble et se perdre en commun dans la consommation. Seul, à la vérité, un christianisme qui saura être à nouveau festif parviendra à rendre inutile tous les Halloween de ce monde, en offrant aux hommes des fêtes où le tragique ne sera plus tragiquement nié mais où il sera sublimé dans la splendeur du rite, où les fantômes, les citrouilles et tout le grotesque de la déréalisation moderne de la mort s’effaceront devant cette vérité chrétienne à nouveau affirmée : « Mort, où est ta victoire ? »           

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