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L’incroyable destin de la famille Arnauld

ANGELIQUE ARNAULD

Domaine Public

Marguerite Pradère - Publié le 02/11/18

L’historien Michel Carmona vient de publier chez Fayard un passionnant ouvrage sur l’histoire de Port-Royal-des-Champs. L’occasion d’évoquer le destin étonnant de la famille Arnauld qui a profondément marqué l’histoire de cette abbaye, pour ouvrir une page clef de l’histoire religieuse en France et en Europe.

« C’est de cette famille, que rien ne distinguait en apparence de centaines d’autres semblables, que sort le mouvement de réforme de Port-Royal, le plus connu, le plus dramatique de tous ceux qu’a engendrés le XVIIe siècle, ce grand siècle du réveil du catholicisme après le traumatisme créé au siècle précédent par l’avènement de la Réforme protestante ». C’est justement dans le calvinisme que le chef de famille, Antoine Arnaud, avait été élevé par son père. En août 1572, le massacre de la Saint-Barthélemy a précipité leur décision de se convertir au catholicisme. Avec son épouse Catherine Marion, il aura vingt enfants dont dix sont morts en bas âge. Illustre descendance, qui ne compta pas moins de trois abbesses et bien d’autres religieuses ou pensionnaires à Port-Royal.

Abbesse à seulement 10 ans

Depuis plusieurs générations, les familles Arnauld et Marion sont bien installées dans les rouages de la haute administration royale. Pour soulager ses finances, Monsieur Arnaud prend la décision d’envoyer dans les ordres sa fille Jacqueline. « Connaissant le caractère déjà affirmé de Jacqueline, il lui demande s’il ne lui plairait pas d’être religieuse – mais pas une simple religieuse, une abbesse, qui commandera aux autres », écrit Michel Carmona. En 1602, à 10 ans, elle devint abbesse à Port-Royal sous le nom bien connu de mère Angélique Arnauld.




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Mais Angélique Arnaud supportait de plus en plus mal la vie religieuse, habitée par le désir grandissant de se marier, de tenir un ménage, d’organiser des réceptions. « Je ne pouvais plus souffrir la religion que je n’avais jamais regardée que comme un joug insupportable, et néanmoins je le portais en me divertissant le lieux que je pouvais », écrit-elle dans ses mémoires. Bientôt, la rumeur court sur le laxisme régnant à l’abbaye, où le divertissement est de mise alors que de nombreuses voix s’élèvent pour que soient appliquées les réformes voulues par le concile de Trente pour un retour aux règles d’origine des ordres religieux.

Un prêtre de passage au monastère des Champs y fait un sermon qui bouleverse la mère Angélique : « Je vis aussitôt la nécessité de la vraie obéissance, du mépris de la chair et de tous les plaisirs sensuels et le mérite de la vraie pauvreté », confie-t-elle. C’est ainsi qu’elle décide de réformer Port-Royal, se mettant dans un premier temps sa famille à dos.

« Une héroïne qu’on appelle dans d’autres couvents »

Sa méthode paraît exemplaire. Dans son Abrégé de l’histoire de Port-Royal, Jean Racine raconte: « Elle eut grand soin de ne point alarmer les religieuses par trop d’empressement à leur vouloir faire embrasser la règle. Elle se contentait de donner l’exemple, leur parlant peu, priant beaucoup pour elles, et accompagnant de torrents de larmes le peu d’exhortations qu’elle leur faisait quelque fois. Dieu bénit si bien cette conduite qu’elle les gagne toutes les unes après les autres, et qu’en moins de cinq ans la communauté de biens, le jeûne, l’abstinence de viande, le silence, la veille de nuit et enfin toutes les austérités de la règle de saint Benoît furent établies à Port-Royal ». À 17 ans, Angélique Arnauld parvient à instaurer la règle de clôture en refusant d’ouvrir la porte de l’abbaye à ses parents qui avaient l’habitude de la visiter – c’est la fameuse « journée du Guichet ». Elle entreprend aussi de faire donner aux religieuses une instruction chrétienne, alors qu’aucune ne connaît son catéchisme.


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La vitalité de mère Angélique se met au service de la réforme dans de nombreuses autres abbayes. « Elle devint bientôt une héroïne qu’on appelle dans d’autres couvents pour y donner le bon exemple », écrit Michel Carmona. Sa sœur Agnès devient abbesse au monastère des Champs en 1658, qu’elle dirigera pendant une période de répression sévère du jansénisme par Louis XIV.

Les Arnauld et le jansénisme

Mère Angélique entretient des relations étroites avec la plupart des pionniers de la réforme catholique en France : l’abbé de Saint-Cyran, Jeanne de Chantal et François de Sales. Sans le savoir, elle allait se ranger dans le camp du jansénisme en inscrivant son action dans l’exigence du retour à la règle de saint Benoît car au même moment, théologiens jansénistes plaident pour un retour aux valeurs de l’Eglise primitive.

Son frère Antoine – le « Grand Arnauld » – est lui-même à l’origine de l’avènement du jansénisme doctrinal en France avec la publication en 1643 de son traité, De la fréquente communion, un franc succès de librairie dans lequel il dénonce le laxisme des jésuites. Prêtre et théologien, il deviendra l’un des principaux chefs de file du jansénisme en France.


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Mais la politique de lutte contre le jansénisme conduite par Louis XIV bat son plein. Et de même que Port-Royal connaît une fin tragique avec la dispersion des religieuses en 1709 et la destruction de l’abbaye deux ans plus tard, Antoine Arnauld est condamné à l’exil. En réalité, la destruction du monastère donne un second souffle au mouvement janséniste, qui sera souvent l’âme de la résistance au pouvoir royal tout au long du XVIIIe siècle.

Port-Royal, Michel Carmona, Fayard, 494 pages – octobre 2018

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Francejansénisme
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