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À Manille, quand le pardon répond au mal

MARIA
© Père Matthieu Dauchez
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Confrontés aux pires abominations, les enfants des bidonvilles de Manille, la capitale des Philippines, montrent tous les jours qu’aucun mal ne tient devant le pardon. Là-bas, le père Matthieu Dauchez est confronté quotidiennement au mystère du mal. Dans son livre "Pourquoi Dieu permet-il cela ?", il se fait l’écho de ces témoignages.

Manille, 27 septembre 2018. Rochelle est une gamine de treize ans qui semble bien trop frêle pour le ventre rond qu’elle arbore. Elle a peur car elle va bientôt accoucher. La semaine prochaine probablement. L’enfant qui grandit en elle est le fruit d’un inceste, et lorsqu’on lui a expliqué qu’elle était enceinte, elle a refusé de l’admettre. Elle éludait la question. Une telle chose ne pouvait pas arriver.

Refuser le mal, ne pas admettre son existence, l’engloutir, c’est la solution la plus évidente. C’est celle qu’adopte Erik, un autre de ces gamins des rues. Erik a été abandonné par sa maman, et à force d’engloutir sa colère, sa frustration de ne pas connaître sa mère, c’est devenu un volcan. Erik n’est pas grand, mais il est trapu. Un nez de boxeur, une tête qui a pris des coups et des poings qui en ont rendus.

La rue n’est pas tendre avec ses enfants, et tout le monde leur dit de rendre coup pour coup : même au sommet de l’État. Les Philippins pauvres aiment bien le Président Duterte, car il semble partager leur colère. Il dit qu’il faut régler les problèmes du pays vigoureusement, qu’il n’a pas peur de se salir les mains pour nettoyer le fléau de la drogue. Les trafiquants sont exécutés, impitoyablement, et les policiers qui ont tiré ne sont pas poursuivis, ils reçoivent au contraire une médaille !

La rue n’est pas loin, comme un gouffre ouvert

Depuis deux ans, on distribue beaucoup de médailles, mais le problème de la drogue n’est pas réglé. Le plus souvent, les morts sont ceux qui auraient pu dénoncer les trafics dirigés par des policiers : le vers a rongé le fruit en profondeur. La misère, la drogue et la prostitution ravagent un monde dirigé par les gangs et les flics véreux. Le recours au meurtre, fréquent avant Duterte, est devenu banal depuis son élection en juin 2016.

Erik, 15 ans, grandit, gardé de cette ambiance par la frêle protection de la Fondation Anak, qui éduque 1.300 gamins, dont 300, comme lui, n’ont pas de famille. La rue n’est pas loin, comme un gouffre ouvert, et un recruteur trouve le levier pour l’y faire sombrer. Il parle au garçon de quatorze ans avec une habileté diabolique : « Hé, mon pote, ta maman, elle est dehors. Tu crois vraiment que c’est en restant dans les murs d’une fondation que tu vas pouvoir la retrouver ? Mais t’es trop naïf, toi. Viens avec nous, on va te la retrouver, nous… ».

Erik le suit. Il ne retrouve pas sa mère, mais il chute brutalement. Drogue, violence et abus deviennent son quotidien. Il vit même un temps sous la coupe d’un pédophile, qui imprime dans son cœur une blessure incurable.

Des châteaux de cartes

Les éducateurs de la Fondation Anak ont l’habitude de dire que des gamins comme Erik sont comme des châteaux de cartes. On les aide à se reconstruire, jour après jour, mais on sait que l’édifice que l’on construit est fragile, il peut basculer à tout moment. Erik avait réussi patiemment à se canaliser, avec leur aide malgré ses accès de violence, malgré sa colère rentrée, mais on a soufflé sur les cartes. Les éducateurs refusent cette fatalité. Ils vont le voir dès qu’ils le peuvent, ils l’encouragent, tentent de rallumer la flamme. Erik accepte de revenir, de reprendre l’école. Il redevient le gamin volcanique, toujours au bord de l’éruption, mais qui fait des efforts sur lui-même, et dont le sourire franc excuse les débordements. Pourtant, la base du château de carte est fragile, il a toujours l’obsession de retrouver sa maman.

Or, elle finit par être retrouvée. Elle s’appelle Monika. Elle est surtout connue pour être une trafiquante de drogue dans les bidonvilles du nord de la ville. Elle accepte de revoir Erik. La rencontre est organisée et le gamin est aux anges. Mais quelques jours avant cette rencontre, qu’il attendait depuis dix ans, sa maman est tuée dans une rixe. Un événement banal, dans ce quartier, ses voisins disent que ça devait arriver, vu le métier qu’elle faisait. À la Fondation, c’est la stupéfaction. Erik, qui a montré tellement de courage devant le sort qui s’acharne sur lui, va « partir en vrille ». Il n’a eu aucune chance. On lui annonce la mort de sa maman. Étrangement, il ne montre aucune colère. Il pleure silencieusement. Puis demande à aller prier sur la tombe de cette mère qu’il n’a pas connu.

« Merci de m’avoir donné la vie »

Cet adolescent, qui en quinze ans de vie a reçu coup sur coup, lit devant la tombe de sa maman une lettre sans trace de rancœur : « Chère maman Monika, je te remercie de m’avoir donné la vie… Même si tu n’es pas à mes côtés, je suis heureux. Je t’aime, maman Monika. » Le père Mathieu Dauchez, qui vit à Manille depuis vingt ans n’en est toujours pas revenu. Face au mal, qui s’est acharné sur lui, Erik était tenté de baisser les bras devant le scandale absolu, devant le mystère insoluble du mal qui s’acharne sur des innocents. Erik, lui, a répondu ; et il a désarmé le mal. L’adolescent travaille à présent dans les marchés de Manille. Il n’est pas riche, mais il a de quoi vivre et les gangs n’auront pas ce petit guerrier de l’amour.

Rochelle aussi est une guerrière. La gamine effondrée, qui refusait l’enfant qui grandissait en elle, s’est mise, à six mois de grossesse, à lui parler. Elle a toujours peur de l’accouchement, mais elle est bien suivie, et l’équipe médicale est prête… Le bébé arrivera bientôt. « Le plus vite possible », a même demandé Rochelle. « J’ai tellement hâte de voir mon bébé ! », s’est-elle exclamée. Elle a été exaucée par l’arrivée de Maria et tout s’est bien passé, pour la mère et l’enfant. On voit sur cette photo Maria dans les bras de Gloria, assistante du père Dauchez à la Fondation. « Elle va très bien et fait notre bonheur », s’émerveille le prêtre.

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