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Un missionnaire chez les Papous

© Philippe Séveau

Domitille Farret d'Astiès - Publié le 20/10/18

Le pape François ne cesse d’exhorter les chrétiens à vivre l’Évangile en se déplaçant jusqu’aux périphéries. La mission peut prendre différentes formes. Et aussi différents visages. Découvrez celui du père Philippe Séveau, missionnaire durant 25 ans en Papouasie-Nouvelle Guinée.

« Le Seigneur m’a gâté », s’exclame ce Berrichon qui s’apprête à fêter ses 80 ans. Né en 1939, le père Philippe Séveau appartient à la Congrégation missionnaire du Sacré-Cœur, présente dans le monde entier. En 1970, l’Église l’a envoyé en mission en Papouasie Nouvelle Guinée. Il y est resté 25 ans. Sur ce territoire de 463.000km2 (la France fait 644.000 km2), on compte pas moins de 800 tribus et tout autant de dialectes. Le premier missionnaire est arrivé sur place en 1885. L’évangélisation s’est faite d’abord dans les villages de la côte, puis dans les montagnes. Aujourd’hui, 93% de la population est composée de chrétiens, dont une majorité de catholiques, les autres appartenant à diverses églises protestantes.


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« L’heure n’existe pas chez les Papous »

Le missionnaire a œuvré successivement dans trois paroisses – Gongai, Fale et Kubuna – et à chaque fois, il lui a fallu apprendre une nouvelle langue. L’acclimatation n’a pas toujours été simple car les réalités ne sont décidément pas les mêmes. Pas toujours évident de dormir chez l’habitant quand on est sollicité simultanément par les puces, les chiens, les vieillards qui ne dorment pas et les bébés qui pleurent ! Ce pasteur des contrées lointaines parle de difficultés auxquelles on ne songerait même pas. « Le sarment, le grain de moutarde, le figuier, tout cela n’existe pas là-bas. De même, le blé, cela ne leur parle pas ». Les missionnaires, qui font venir leur vin de messe et leurs hosties de l’étranger, doivent donc être astucieux et utiliser d’autres images. « L’heure n’existe pas en Papouasie. Quand vous dites “Marie, priez pour nous à l’heure de notre mort”, cela ne parle pas aux gens. Je traduisais par “Marie, sois à nos côtés quand nous tomberons dans la mort” ». « Cependant », poursuit-il, « quand nous sommes arrivés là-bas, certaines choses dans les coutumes des Papous montraient qu’ils attendaient la venue du Christ. Par exemple, si un homme commet un adultère, il doit offrir son plus gros cochon pour réparer sa faute. Le sang qui coule permet de tout oublier. Ensuite, on n’en parle plus ». Le sang du Christ sur la croix, qui coule et qui répare, n’est-il pas le message chrétien par excellence ?




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Entre foi et traditions

« Il faut laisser du temps à la tradition chrétienne pour qu’elle s’installe. En France aussi, cela a pris du temps. Ma propre mère n’aurait pas voulu passer sous une échelle, ou que nous soyons 13 à table », continue-t-il. Les Papous forment un peuple aux coutumes ancestrales, qui ne sont pas toujours évidentes à comprendre pour un chrétien occidental. On peut prendre l’exemple de la polygamie, qui est autorisée par la loi papoue, et encore très présente sur ces terres. Quelle compatibilité avec la foi chrétienne ? « Parfois, le missionnaire est obligé de trancher selon sa conscience », confie l’homme de Dieu. Le pape Jean Paul II a fait deux visites en Papouasie (en 1984 et 1995). S’est alors posée la question des traditions. En effet, là-bas, de nombreuses jeunes filles et femmes dansent seins nus à l’occasion des fêtes. Comment faire face à cette coutume qui aurait pu choquer les Européens peu habitués par tradition aux exhibitions des attributs féminins ? Pour les Papous, la question ne se posait même pas : « Si le Saint-Père ne nous voit pas comme nous sommes, ce n’est la peine qu’il vienne », se sont-ils exclamés. Les femmes papoues ont donc acclamé le très Saint Père selon leurs traditions et les voyages apostoliques se sont passés de la meilleure manière possible. « C’est une Église qui grandit », poursuit le père. « Au début, il y avait une quarantaine de missionnaires européens dans mon diocèse. Aujourd’hui, il n’y en a plus qu’un. Et on compte seulement un diocèse qui n’a pas d’évêque indigène. Les Papous ont compris que c’était maintenant à eux d’évangéliser ».


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« Un missionnaire qui ne prie pas ne tiendra pas »

« Là-bas, la chrétienté se remue », ajoute-t-il. « Quand j’allais dans les villages, je n’apportais qu’un peu de sel (élément essentiel pour tout Français qui se respecte, ndlr). Les gens s’occupaient entièrement de moi et m’apportaient toujours un panier avec de la nourriture, chaque famille à tour de rôle. Lorsqu’il y avait des temps festifs et des danses, j’étais invité et je savais que je recevrais un cochon ». En effet, dans la culture papoue, on marque chaque événement important de la vie en tuant un porc. On le fait cuire sur des pierres chaudes, recouvert de feuilles de bananes et de terre. Une délicieuse recette l’étouffée. Le vieux missionnaire raconte que dans sa deuxième paroisse, l’église a été construite selon les savoir-faire locaux, avec des bambous reliés les uns aux autres. Pour les grandes fêtes, les gens la décoraient avec des plumes d’oiseaux de paradis. « C’était merveilleux ».

Le sens de la mission ? « Le pape François dit que celui qui suit le Christ ne peut que devenir missionnaire. Nous, nous parlons, mais c’est le Christ qui convertit. Le sang des martyrs, c’est une semence pour la vie des chrétiens. Je crois très fort à la prière. Très souvent, j’aurais eu envie de tout laisser tomber. C’était très dur physiquement, les gens ne m’écoutaient pas toujours. Un missionnaire qui ne prie pas ne tiendra pas deux mois dans ces pays-là ». Ce qu’il en garde ? « Là-bas », explique-t-il, « on est prêt à tout faire pour aider quelqu’un de sa tribu. “ Wantok ”, cela signifie “ même langue ”, mais c’est plus difficile d’aider l’étranger, celui qui ne parle pas le même idiome. Les missionnaires ont essayé de réunir toutes ces tribus de dialectes et de coutumes différentes ». Le prêtre évoque le sens du partage, la sensibilité à la beauté, ainsi que l’esprit de clan qui l’ont profondément marqué. Cette Église, il y a laissé son cœur.

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