Aleteia
Jeudi 22 octobre |
Saint Jean-Paul II
Tribunes

Paul VI, le pape qui modifia le rapport de l’Église au monde

SAINT POPE PAUL VI

Antoine Mekary | ALETEIA | I.Media

Benoît Pellistrandi - Publié le 20/10/18

Fêté le 29 mai, saint Paul VI fut le pape qui sortit les catholiques de la défensive. Dans le respect de la Tradition, à l’écoute de la Parole de Dieu, il modifia le rapport de l’Église au monde.

La canonisation de Paul VI est une occasion de revenir sur ce pape mal connu et peut-être mal aimé aussi. Coincé entre les figures de Jean XXIII, l’initiateur du concile Vatican II, et de Jean-Paul II, eux aussi canonisés, Paul VI offre un visage incertain à nos mémoires. Dans l’écart entre les attentes soulevées par le concile et les résultats immédiats observés, dans cette perception que de graves phénomènes de sécularisation étaient la conséquence du concile, s’est jouée le brouillage de la figure de Paul VI. La mémoire collective a gardé l’image d’un homme inquiet — sa dernière manifestation publique lors de funérailles de son ami le leader démocrate-chrétien Aldo Moro, assassiné par les terroristes des Brigades Rouges au terme de deux mois d’enlèvement manifestera au monde entier cette angoisse que le pape exprime au bord des larmes — et elle a oublié ses gestes révolutionnaires et purificateurs inspirés par une spiritualité profonde. L’Église vit encore des grâces nées de ces démarches.


CANONIZATION

Lire aussi :
Mgr Romero et Paul VI, une double canonisation symbolique

Des gestes prophétiques

D’abord, son pontificat nous renvoie désormais loin : il a été élu le 21 juin 1963, il y 55 ans. Il est le dernier pape né au XIXe siècle (1897). Ses gestes ont été prophétiques : les voyages pastoraux dont un pèlerinage en Terre Sainte en janvier 1964 au cours duquel il rencontre le patriarche orthodoxe Athénagoras (il lèvera les excommunications consécutives au schisme de 1054), son discours à l’ONU en octobre 1965 où il affirme que « l’Église est experte en humanité », inaugurant par là une parole qui se propose d’abord comme une pastorale d’humanité avant d’être une catéchèse.

Trop souvent, on ne veut retenir de son pontificat que les souvenirs douloureux : la réception compliquée d’HumanaeVitae en 1968, la crise lefebvriste, les remises en question de l’Église et la crise du sacerdoce dans les sociétés occidentales. Du coup, on délaisse ce pontificat délicat pour préférer regarder celui de Jean-Paul II que d’aucuns ont présenté comme un pontificat de « reconquête catholique « .

Depuis la bienveillance

L’historien procède différemment. L’analyse s’attache à la longue durée des phénomènes et aux continuités qui lient ensemble les pontificats. Paul VI s’est d’emblée placé dans la dynamique de Vatican II, celle d’un dialogue avec le monde moderne depuis la bienveillance. « Au-delà des frontières du christianisme, il y a un autre dialogue dans lequel l’Église est engagée aujourd’hui : le dialogue avec le monde moderne […]. Il aspire à la justice, à un progrès qui ne soit pas seulement technique, mais humain […]. Ces voix profondes du monde, nous les écouterons. »

Le choix du nom de Paul, l’apôtre des Païens, est loin d’être anodin. C’est le programme du pontificat du cardinal Montini : aller à la rencontre du monde, lui dire qu’on l’aime et lui annoncer le Christ, source de cet amour. Dans sa première encyclique, Ecclesiam Suam (1964), il écrit : « Personne n’est étranger au cœur de l’Église. Personne n’est indifférent pour son ministère. Pour elle, personne n’est un ennemi, à moins de vouloir l’être de son côté. Ce n’est pas en vain qu’elle se dit catholique, ce n’est pas en vain qu’elle est chargée de promouvoir dans le monde l’unité, l’amour et la paix. »

Replacer l’Église au centre

On ne mesure pas assez la rupture que signifiait cette ambition. Depuis les soubresauts du XIXe siècle, l’Église était sur la réserve. Le Syllabus — ce catalogue des idées modernes qualifiées de fausses — de 1864, le concile Vatican I avaient construit l’échafaudage théorique de cette marginalisation des catholiques vis-à-vis du monde. Vatican II et Paul VI allaient, dans le respect de la Tradition, c’est-à-dire dans l’écoute de la Parole de Dieu, modifier le rapport de l’Église au monde. On essayait tout simplement de la replacer au centre de ce monde parce que le monde en avait besoin. Ce sera la magnifique exhortation apostolique Evangelii nuntiandi qui clôt l’année sainte 1975 et qui redit la vigueur de l’Évangile.


POPE PAUL VI

Lire aussi :
Paul VI, le pape du Credo et de la vie

Paul VI est désormais saint Paul VI. Cet homme qu’on compara à Pie XII tant sa carrière l’avait programmé pour être pape, fut aussi confronté comme Benoît XV, le pape de la Grande Guerre, à un monde livré à la guerre (guerres du Vietnam, du Biafra, de Bengladesh, au Moyen-Orient, violence endémique en Amérique latine, terrorisme nihiliste en Europe…). Paul VI est mort le 6 août 1978, le jour de fête liturgique de la Transfiguration, cet événement inouï, donné seulement à quelques apôtres de vivre, et qui permit d’apercevoir le règne glorieux du Christ. Saint Paul VI fut appelé à cette vision béatifique. Qu’il veille désormais, grâce à nos prières d’intercession, sur cette Église qui doit témoigner dans le monde, même quand il la rejette.

Soutenez Aleteia !
A travers le monde, vous êtes des millions à lire Aleteia, pour y trouver quelque chose d'unique : une vision du monde et de votre vie inspirée par l’Évangile. On prétend qu'il est de plus en plus difficile de transmettre les valeurs chrétiennes aux jeunes d'aujourd'hui.
Et pourtant, savez-vous que plus de la moitié des lecteurs d'Aleteia sont des jeunes de 18 à 35 ans ? C'est pourquoi il est si important que Aleteia demeure un service quotidien, gratuit et accessible à tous. Cependant, un journalisme de qualité a un coût que la publicité est loin de couvrir. Alors, pour qu'Aleteia puisse continuer à transmettre les valeurs chrétiennes au cœur de l'univers digital, votre soutien financier demeure indispensable.
*avec déduction fiscale
Tags:
Pape Paul VI
Le coin prière
La fête du jour






Top 10
Domitille Farret d'Astiès
Elles ont appris à les aimer : ces ...
Domitille Farret d'Astiès
Une famille missionnaire sur le plateau de "L...
WEB2-SAMUEL PATY-AFP-000_8TB6FJ.jpg
Agnès Pinard Legry
Professeur décapité : des intentions de prièr...
Domitille Farret d'Astiès
"La France a un incroyable talent" : une fami...
Edifa
Connaissez-vous vraiment toutes les missions ...
Louise Alméras
Diacre et premier préfet handicapé de France,...
Freira renova votos religiosos de manhã e morre à noite
La rédaction d'Aleteia
Kenya : sœur Caroline renouvelle ses vœux le ...
Afficher La Suite
Newsletter
Recevez Aleteia chaque jour. Abonnez-vous gratuitement