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« Non, la littérature jeunesse n’est plus un territoire protégé »

GIRL READING
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En publiant « Une bibliothèque idéale », un répertoire de près de 2.000 livres pour enfants de 0 à 16 ans, sélectionnés par trois spécialistes de la littérature jeunesse, les Editions Critérion et la Fondation pour l’école mettent en avant une littérature classique et contemporaine, accessible, choisie pour la qualité de la langue, des illustrations, et des valeurs morales véhiculées. Ainsi, parents, enseignants, bibliothécaires et libraires, sont guidés pour éviter de mauvaises surprises au sein d’une production contemporaine pléthorique et florissante, où le meilleur côtoie le pire.

Anne-Laure Blanc, Valérie d’Aubigny et Hélène Fruchard, toutes trois passionnées de littérature jeunesse, animent des comités de lecture et des blogs depuis plus de dix ans. Elles ont à cœur de faire découvrir aux enfants et aux adolescents les pépites qu’elles ont rigoureusement sélectionnées, dans le but de susciter leur émerveillement, nourrir leur imaginaire, développer leur esprit critique et leur donner envie de grandir. Anne-Laure Blanc, fondatrice du blog Chouette, un livre!, et Valérie d’Aubigny, responsable du site 123 Loisirs, confient à Aleteia les motivations profondes qui les animent, et leurs coups de cœur.

Aleteia : Depuis de nombreuses années, vous vous investissez dans la sélection d’ouvrages dédiés à la jeunesse, à travers des comités de lecture, des blogs, et tout récemment par la publication d’Une bibliothèque idéale. Pourquoi cela vous semble-t-il si important, dans la mesure où la littérature jeunesse est déjà cadrée par la loi du 16 juillet 1949 ?
Anne-Laure Blanc : Effectivement, l’article 2 de la loi du 16 juillet 1949 encadrait sérieusement la littérature jeunesse de l’époque, parce qu’on craignait notamment l’arrivée des comics américains, souvent vulgaires et violents. Cette loi, toujours en cours, dispose que toute publication destinée à la jeunesse ne pourra comporter « aucune illustration, aucun récit, aucune chronique, aucune rubrique, aucune insertion présentant sous un jour favorable le banditisme, le mensonge, le vol, la paresse, la lâcheté, la haine, la débauche ou tous actes qualifiés de crimes ou délits de nature à démoraliser l’enfance ou la jeunesse. » Cette loi a été consolidée en 2011 pour y interdire ce qui ferait appel « à la discrimination ou à la haine » et « à la détention ou au trafic de stupéfiants ou de substances psychotropes ». Aujourd’hui, certains éditeurs remettent en cause cette loi, ou bien s’y soustraient allègrement en classant des livres destinés aux enfants « hors catégorie jeunesse ».

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Valérie d’Aubigny : La loi de 1949 est complètement foulée aux pieds ! On voit des livres pour enfants carrément nocifs, pornographiques même. Je suis tombée récemment sur un livre parlant de fellation réciproque entre deux très jeunes garçons ! Il existe aussi des ouvrages insidieux, qui, sans y toucher, transmettent des messages négatifs ou immoraux. Cela peut-être une phrase, au détour d’un dialogue – me revient à l’esprit la réplique d’une jeune fille, dans un roman, disant qu’elle ne voulait pas de famille nombreuse « parce qu’elle aimait trop la planète pour ça ! », – ou plus perfide encore, lorsqu’on referme le livre et que l’on réalise, par exemple, que toutes les personnes qui détiennent l’autorité (civile, religieuse ou parentale) sont des ordures. Si l’on n’y prend pas garde, si l’on ne lit pas les livres avant de les mettre entre les mains de nos enfants, la littérature jeunesse devient un moyen sûr et efficace pour labourer les esprits de nos jeunes, en vue de réformes sociétales. Je pense au modèle familial, à la tendance vegan, à l’antispécisme… Il est évident que depuis longtemps, certains ouvrages destinés aux enfants relayent ces messages. Donc, non, tous les livres ne se valent pas. Non, la littérature jeunesse n’est plus un territoire protégé. Et on ne peut plus dire de son enfant « l’important, c’est qu’il lise », parce que l’enjeu est trop important.

Vous êtes cependant persuadées des bienfaits de la lecture d’un bon livre ! En quoi la lecture participe-t-elle au développement de l’enfant ?
Valérie d’Aubigny : Le livre éduque dans la mesure où il contribue à la construction de l’esprit critique. Parce qu’il implique de faire des choix. Et puis le livre permet d’évoquer, notamment avec des adolescents, des questions délicates de manière décentrée. Les adolescents s’interrogent sur trois grands sujets : la vie, la mort, l’amour. Les livres traitent merveilleusement de ces sujets, et pouvoir les aborder à travers les expériences des personnages, sans entrer dans le champ intime de l’enfant, est une grande chance. Ils sont une porte d’entrée vers la connaissance de soi, de l’autre et du monde.

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Anne-Laure Blanc : La lecture a un rôle fondamental dans la formation de la personnalité de l’enfant. Les livres permettent de tremper son caractère dans celui de ses héros. Ils sont aussi le moyen de transmettre certaines valeurs, idées ou sensations qui sont le propre d’une civilisation. Ils donnent le goût de l’aventure, le sens de l’humour et une saine curiosité.

Vos critères de choix sont : une belle langue, la qualité esthétique du livre, la cohérence avec les valeurs morales qui fondent notre société, et un regard positif porté sur les personnages et les situations. Cependant, vous conseillez la lecture de contes qui paraissent bien cruels, comme le Petit Chaperon Rouge, Barbe Bleue ou Le Petit Poucet, n’est-ce pas en contradiction avec ce souci d’optimisme ?
Anne-Laure Blanc : Il peut y avoir une ambiguïté, le conte n’est pas souvent optimiste au premier abord. Mais la vie n’est pas toujours rose. Et le conte est là pour faire comprendre, à la fois, que la vie n’est pas toujours rose, mais que l’on peut s’en sortir ! Le conte permet d’aller plus loin que la simple constatation, il montre que l’on peut aller de l’avant.

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Valérie d’Aubigny : Le conte a une vertu, c’est celle d’accompagner les peurs. Bien entendu, les parents veillent d’abord à discerner le bon moment et à choisir une version plus ou moins cruelle. Le conte emmène l’enfant dans une forêt sombre, mais il n’est pas tout seul, le père ou la mère est là, à côté de lui. Et le conte nous fait ressortir de la forêt sombre, il y a toujours cette pointe de lumière qui donne envie d’avancer. Sans oublier que le conte instaure une mise à distance avec le fameux « il était une fois ». Vous parliez de nos quatre critères de choix, je dirai que la dernière clé, en cas de doute, est de se demander : est-ce un livre qui fait grandir et qui donne envie de grandir ?

Si l’on devait faire une mini sélection pour nos lecteurs, à quels titres incontournables pensez-vous pour des enfants de 4 à 6 ans ?
Anne-Laure Blanc : Je vais avoir la nostalgie de Pierre Lapin et de Babar, des albums du Père Castor, mais pas tous, car les illustrations sont inégales. J’aime beaucoup les aventures de Paul et Colombe de Marion Raynaud de Prigny, les contes de Noël d’Arnaud de Cacqueray, Le Géant égoïste d’Oscar Wilde, sur la joie de l’enfance. Pour des enfants qui aiment la montagne, je conseille les histoires de Mariette et Soupir, de jolies petites marmottes. S’ils préfèrent le bord de mer, les aventures de Rose et Titouan sur l’Ile du Grand-Vent sont charmantes ! Aux plus grands, je conseillerais volontiers, pour les vacances, Les Maîtres du vent, de Judith Bouilloc, ou L’Histoire sans fin, de Michael Ende, ou encore Les Trois Légions de Rosemary Sutcliff. Les jeunes lectrices vibreront aux aventures des Demoiselles de l’Empire de Gwenaële Barrussaud.

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Et pour les jeunes adolescents ?
Valérie d’Aubigny : Pour ce qui est de la littérature classique, je dirais Construire un feu, de Jack London, très fondateur et très bien écrit. Et pour les titres contemporains, Evguenia, en deux tomesLes îles Valaam et Les îles Solovki, d’Anne Riolet, qui mettent en scène de jeunes héros courageux et énergiques. Des romans fort humainement et solides sur le plan historique pour un bon moment d’évasion et de plaisir.

Critérion I Fondation pour l'école

Une bibliothèque idéale, Que lire de 0 à 16 ans?, Critérion et la Fondation pour l’école, septembre 2018, 285 pages, 17,90 euros.

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