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Paul VI : le pape qui a tenu la barre dans la tempête et qui a gardé la foi

paul vi
Giancarlo GIULIANI I CPP I CIRIC
Le pape Paul VI.
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À la fin de sa vie, Paul VI eut la vision du printemps de l’Église dont le concile Vatican II porte aujourd’hui encore la promesse. Les grands enseignements de ce pape torturé mais lucide, sur l’Eucharistie, le Credo, la place de la Vierge Marie, le célibat sacerdotal, le mariage, la famille et la vie, furent éminemment prophétiques.

Réputé de tendance libérale, le cardinal Montini, archevêque de Milan au début du concile Vatican II, fut un membre éminent de sa Commission centrale préparatoire. Il y exerça une influence décisive, en demandant au pape Jean XXIII de préciser l’objet du concile et en défendant l’intention du saint pontife de centrer les travaux conciliaires sur l’aggiornamento de l’Église. Un certain nombre de commentateurs gardèrent de Paul VI l’idée d’un pape progressiste, en lui faisant porter l’entière responsabilité des bouleversements qui se firent jour dans l’Église postconciliaire. Ils étaient en cela confortés par la sévérité avec laquelle il sanctionna Mgr Marcel Lefebvre, en 1976, qui contrastait avec la bienveillance dont il usait à l’égard de prélats progressistes qui occupaient le devant de la scène et interprétaient l’enseignement du concile Vatican II selon ce que Benoît XVI appellera « une herméneutique de la discontinuité et de la rupture ».

Une grande lucidité

Cette vision demeure toutefois simpliste et ne rend pas raison de l’histoire. Sans doute le pape fort du terme. Et si on ne peut douter du travail minutieux accompli par la Congrégation pour la cause des saints pour attester de « l’héroïcité de ses vertus » et reconnaître des miracles obtenus par son intercession, il ne fut certes pas sans défauts : d’ailleurs, aucun saint n’est exempt d’imperfections.

Il me semble donc important, alors que le pape François s’apprête à canoniser le pape Montini, de lui rendre justice. Sans doute est-il le premier pape qui me marqua et, à ce titre, il m’est agréable de lui rendre hommage. Cependant, des faits objectifs concernant la manière dont, devenu pape, il mena le concile Vatican II et dont il exerça son magistère dans les années postconciliaires, attestent de sa grande lucidité, de son orthodoxie et de son abnégation en union avec le Sacrifice expiatoire du Christ.

La « feuille bleue » des discours du mercredi

Si l’on me permet un témoignage personnel, Paul VI fut le grand initiateur de ma foi d’adolescent et de jeune catholique. Alors que mon sensus fidei, que je dois au bon vieux catéchisme questions-réponses que ma mère me faisait réciter pour me préparer à ma profession de foi, était blessé par le discours que tenait mon curé parisien au début des années 1970, je me demandais : « Qui me dira la Vérité ?  » C’est alors que je m’abonnais — j’étais alors en troisième ou en seconde — à la « feuille bleue » éditée par Téqui que je recevais avec joie au courrier chaque vendredi et qui m’apportait le contenu de la catéchèse que le pape Paul VI dispensait tous les mercredis à Rome : j’étais pleinement consolé dans mon cœur par l’enseignement que j’y trouvais. Aussi, participant, à la fin de l’Année Sainte 1975, à un pèlerinage mémorable à Rome avec les scouts d’Europe, je fus tout ému de rencontrer pour la première fois ce vieux pape, perclus d’arthrose, que l’on soutenait pour descendre de sa papamobile. Ma communion affective avec le Successeur de Pierre date de ce moment-là.

Mission : garder le cap

Le cardinal Montini accéda au siège de Pierre sous le nom de Paul VI, en 1963, à la mort de saint Jean XXIII. Il eut donc pour première grande tâche de poursuivre l’œuvre du Concile, ouvert par son prédécesseur. Tout en étant très à l’écoute des Pères conciliaires, qui purent largement s’exprimer et confronter leurs points de vue, il n’hésita pas à faire acte d’autorité en tant que Successeur de Pierre pour permettre à l’assemblée conciliaire de garder le cap sur les flots parfois déchaînés des débats et des controverses.

C’est ainsi que l’on vit très vite au concile une « majorité » et une « minorité  » se dessiner et s’affronter, en particulier sur le langage des textes soumis à la discussion des Pères, la majorité plaidant pour un langage plus pastoral, moins conceptuel et juridique, celui de la Bible et des Pères de l’Église, la minorité insistant sur un langage plus scolastique pour prévenir les ambiguïtés et les interprétations discordantes avec la tradition. Soucieux de fidélité à la tradition bimillénaire de l’Église, Paul VI appuya la demande opiniâtre de la minorité de réintroduire dans un texte d’allure plus pastorale des définitions empruntées à la théologie scolastique qui avait largement inspiré les conciles précédents. C’est ainsi, et à titre d’exemple, qu’au cours de ce que l’on a appelé la « semaine noire » du Concile, du 16 au 21 novembre 1964, il demanda qu’une nota prævia (« note préliminaire ») soit annexée à la Constitution Lumen gentium pour préciser dans quel sens, fidèle à la tradition, il fallait entendre le chapitre III sur la collégialité épiscopale.

L’assemblée prise de court

Dans la foulée, en promulguant cette Constitution, le 21 novembre, il prit de cours toute l’assemblée en déclarant solennellement « Marie, Mère de l’Église ». En exerçant ainsi son autorité de successeur de Pierre, il confirmait la nota prævia, dont l’objet était précisément de tempérer le discours sur la collégialité épiscopale par l’affirmation du pouvoir personnel du Pape. En outre il donnait toute sa place à la Vierge Marie dans la vie de l’Église : c’est ainsi que le pape de la réforme liturgique offrit le 2 février 1974 une exhortation apostolique sur le culte de la Vierge Marie, Marialis Cultus, qui remettait à l’honneur une piété populaire un peu occultée par un certain purisme liturgique.

De même, alors que les leaders de la majorité voulurent porter à la discussion des Pères l’opportunité d’instituer un synode permanent des évêques pour prolonger le concile dans la gouvernance habituelle de l’Église dans une optique quelque peu « démocratiste », le pape Paul VI, au lieu de susciter le débat, annonça l’institution d’un synode des évêques qui se réunirait régulièrement, mais à la seule initiative du souverain pontife et sous sa responsabilité. Et encore, devant l’effervescence provoquée par la remise en cause du célibat sacerdotal, il se réserva cette question et la reporta après le concile.

La fumée de Satan

Sans doute, c’est avec enthousiasme et dans l’espérance d’un vrai renouveau pour l’Église qu’il promulguera tous les documents du concile. Mais comme souvent dans l’histoire des conciles, les lendemains furent moins prometteurs et Paul VI dut affronter une grave crise de l’Église, voyant s’amonceler les nuages à l’horizon et se prenant même à douter du printemps annoncé : dans son homélie du 29 juin 1972, il évoquera même avec gravité « la fumée de Satan qui est entrée dans le peuple de Dieu ».

Ses grandes encycliques, Mysterium fidei sur la sainte Eucharistie (1965), Sacerdotalis coelibatus sur le célibat des prêtres (1967) et Humanae Vitae sur la régulation naturelle des naissances (1968), marquèrent la volonté du Pape de sauver ce qui risquait d’être emporté dans l’effervescence de l’événement conciliaire. Il fut le spectateur douloureux du départ de nombreux prêtres, de la pénurie des vocations religieuses et sacerdotales, de la contestation croissante à l’égard du Magistère de l’Église, de l’affaiblissement du sens de la foi et de l’éclipse de la conscience morale au sein même du Peuple de Dieu, de la banalisation de la liturgie. L’année de la foi qu’il promulgua pour célébrer le 1900e anniversaire du martyre des saints apôtres Pierre et Paul et qui se conclut par le fameux Credo du Peuple de Dieu (1968) fut sans aucun doute un acte clé de son ministère pétrinien au lendemain du Concile. La non réception dans l’Église d’Humanae Vitae, de la part de nombreux théologiens et hommes d’Église, l’affecta si profondément qu’il renonça même, jusqu’à sa mort en 1978, à écrire de nouvelles encycliques !

Le temps du renouveau

Le synode de 1974 sur l’évangélisation du monde moderne, et l’Année Sainte qu’il présida en 1975, avec la première exhortation apostolique post-synodale Evangelii Nuntiandi, marquèrent un tournant dans son pontificat et comme une résurgence des grandes intuitions du concile Vatican II. Le renouveau intérieur et missionnaire de l’Église qui s’ensuivit, en particulier avec l’émergence d’une floraison de réalités ecclésiales nouvelles, a pu être considéré à juste titre par saint Jean Paul II et Benoît XVI comme le fruit le plus authentique du concile Vatican II. Comme l’affirma le cardinal Ratzinger, lors du premier Congrès mondial des réalités ecclésiales nouvelles en 1998, les vrais fruits d’un concile sont souvent inattendus pour ceux qui en ont vécu l’événement et mettent du temps à se révéler. Fort de ces signes avant-coureurs, nul doute qu’au soir de sa vie, le 6 août 1978, Paul VI eut la vision, dans la lumière de la Transfiguration, du printemps de l’Église dont le concile Vatican II porte aujourd’hui encore la promesse.

En relisant le pontificat de Paul VI, je ne peux m’empêcher de lui attribuer ces paroles de l’Apôtre Paul, qu’il choisit comme patron céleste de son ministère pétrinien : « Moi, en effet, je suis déjà offert en sacrifice, le moment de mon départ est venu. J’ai mené le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi  » (2 Tm 4, 7). En regardant l’actualité de l’Église, dont le pape François nous dit qu’elle est menacée par le diable, j’ai la conviction que les grands enseignements de ce pape torturé mais lucide, sur l’Eucharistie, le célibat sacerdotal, le mariage, la famille et la vie, le Credo étaient éminemment prophétiques. Saint Paul VI, priez pour nous, gardez la sainte Église des pièges récurrents du démon, obtenez-nous le courage de veiller fidèlement sur la foi catholique reçue des Apôtres. Sainte Marie, Mère de l’Église, priez pour nous.

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