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Célibat géographique : vivez-le comme le couple Ozanam

FRÉDÉRIC OZANAM
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Frédéric et Amélie Ozanam fournissent un exemple dans la « gestion » de l’épreuve du célibat géographique, qu’ils ont vécu durant l’été et l’automne 1842. Leurs lettres laissent transparaître leurs émotions, pleinement humaines, et témoignent en même temps d’une recherche de sainteté dans leur amour et leur spiritualité conjugale.

Conjoint en déplacement longue durée, activités professionnelles dans des villes éloignées, périodes de vacances, hospitalisations… Certaines situations font que le couple vit parfois temporairement séparé. Lorsqu’il dure, le célibat géographique est une épreuve, à la fois pour les conjoints, le couple et la famille, que cause une absence de liens.

Frédéric et Amélie Ozanam, éloignés l’un de l’autre plusieurs semaines au cours de l’été 1842 en raison de la santé d’Amélie et des activités professionnelles de Frédéric, ont réussi, malgré la distance, à créer entre eux un autre lien, témoignant d’un amour conjugal tellement puissant qu’il fait dire à Frédéric, dans une lettre datée du 26 septembre 1842 : « L’absence peut nous séparer, mais non pas nous désunir ».

Des séparations douloureuses

Les longues séparations peuvent faire naître des sentiments de solitude, de doute, engendrer un manque d’entrain, et éveiller des inquiétudes infondées liées à une imagination débordante. Frédéric, seul à Paris, semble souffrir encore plus de l’absence de sa femme qu’Amélie, entourée des siens à Oullins (Rhône). La solitude lui pèse. Même le travail ne semble pas détourner ses pensées de sa chère épouse, qu’il décrit à la fois comme sa muse et comme une interlocutrice attentive et avisée.

« La maison m’est odieuse : je ne pouvais me décider à y entrer, tout y est vide. Je n’ai pas le courage de m’arrêter au salon ; je le traverse rapidement pour aller et venir de la petite chambre à mon cabinet. Que ferai-je cette longue soirée ? Il n’y a qu’une seule ressource : une occupation active et continuelle qui ne permette pas de réfléchir. Mais la force intérieure, l’énergie par laquelle se poursuivent les grandes études, l’inspiration féconde, s’en sont allées avec toi. Si dans mes lectures je rencontre des choses inaperçues, si une idée me visite, à qui en ferai-je part ? Comment s’échaufferont, s’éclaireront ces pressentiments que j’aimais à te communiquer ? Qui me soutiendra dans les heures d’abattement qui succèdent aux grands efforts ? Comment faire une œuvre où l’on a pas cœur — et mon cœur n’est pas ici. » (20 juillet 1842)

En l’absence de lettres et donc de nouvelles d’Amélie, Frédéric laisse aller son imagination et envisage le pire.

« J’ai passé une bien mauvaise nuit. (…) Je voyais la Saône débordée, et le pont de la Mulatière emporté pendant que tu y étais. Je voulais te conjurer de ne plus le passer en omnibus, je me promettais surtout de te demander un retour immédiat ; je ne peux pas vivre avec ces inquiétudes. » (3 octobre 1842)

Les tensions liées aux exigences professionnelles

Le couple Ozanam n’est pas épargné par les tensions liées aux exigences professionnelles. Amélie tente de convaincre son mari de venir la rejoindre à Oullins et se plaint qu’il reporte sans cesse sa date d’arrivée. Les époux débattent tout d’abord de la possibilité, pour Frédéric, de continuer ses recherches universitaires à la campagne, aux côtés d’Amélie et de ses proches. Frédéric craint de ne pouvoir travailler comme il le souhaite, et fait part de ses craintes à Amélie dont voici la réponse :

« Tu sais bien que mon plus grand désir serait de t’avoir près de moi et que maintenant je ne puis être réellement heureuse qu’avec toi. Mais je veux que tu restes parfaitement libre afin qu’un jour tu ne puisses pas me reprocher d’avoir passé ton temps de jeunesse et d’inspiration à satisfaire les exigences de ta femme. Tu verras dans ma dernière lettre que je crois bien franchement que si tu veux, tu peux travailler tout à ton aise ici. (…) En résumé tu peux avoir 11 heures de travail, c’est bien assez pour un temps de vacances. » (1er aout 1842)

Cependant, les responsabilités de Frédéric retardent son départ pour la province. Amélie ne cache pas sa profonde déception.

« Tu me fais bien de la peine en parlant de retarder ton départ. D’abord tu le mets maintenant au 11 au lieu du 10 puis avec cette malencontreuse affaire tu en as pour je ne sais combien de temps ; ces messieurs* sont ennuyeux** d’exiger cela à présent. Il n’est pas difficile de voir que ce n’est pas le moment de demander une audience pour une chose qui n’a pas de rapport avec la circonstance actuelle. » (7 août 1842)

Des projets familiaux et intellectuels

Malgré les souffrances et les tensions, les époux Ozanam profitent de leur célibat géographique pour construire et exposer de nouveaux projets pour leur couple, que ce soit un désir d’enfant ou de communion intellectuelle. Frédéric confie ainsi à Amélie ses espoirs d’avoir un jour des enfants.

« Je ne cessais de les regarder en désirant dans mon cœur de voir ainsi quelque jour deux petits anges autour de toi. » (26 juillet 1842)

Amélie donnera finalement naissance à une petite Marie, surnommée Nini, le 24 juillet 1845. En outre, Frédéric rêve que tous deux emploient leurs soirées à élever leur intelligence et propose à sa femme un enseignement réciproque de leurs compétences. Ce souhait paraît à mille lieues de nos préoccupations et modes de vie actuels, mais nous enjoint cependant à avoir des projets de couple. Ce ne sera peut-être pas l’apprentissage d’une langue étrangère, mais pourquoi pas un engagement associatif ou paroissial, l’organisation d’un voyage, de la prochaine sortie ciné, la lecture du même roman, les travaux dans la maison…

« J’ai pensé à faire avec toi, si tu le veux, un peu de littérature française, à relire ensemble tous les soirs quelques pages des grands maîtres, à te les commenter ; il me semble que ce sera une demi-heure utile et bonne à tous deux. Nous expliquerons aussi un peu d’italien et, si tu as le courage, je te ferai quelquefois écrire. Puisque Dieu m’a donné cette vocation des Lettres où il y a tant de jouissance et de leçons, il me paraît que je t’en dois ta part ; je me reproche de ne pas m’être assez occupé l’année dernière de ton intelligence que j’ai pourtant toujours trouvée si élevée et si ouverte. À ton tour tu m’initieras davantage à ces plaisirs de la musique dont tu as le secret. » (6 octobre 1842)

Union dans la communion eucharistique

Animé d’une foi profonde, Frédéric désigne la messe et plus particulièrement la communion eucharistique comme le lieu où peuvent se réunir leurs deux âmes éloignées.

« J’ai eu le bonheur de communier. Et là dans le sein de Celui dont les bras sont assez grands pour rapprocher toutes les distances, je t’ai retrouvée encore. Je sentais ton âme comme une blanche colombe, à côté de la mienne, et j’offrais ta pureté, ta douceur, ta naïveté et toutes ces choses que Dieu aime. » (25 juillet 1842)

Desclée de Brouwer

Correspondance Frédéric Ozanam et Amélie Soulacroix, Poèmes, prières et notes intimes, Présenté par Don Léonard de Corbiac, DDB, août 2018, 864 pages, 32 euros.


*Il s’agit des responsables de l’œuvre de Propagation de la foi qui pressent Frédéric de demander une audience royale.
**Amélie a rayé le mot « absurdes »

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