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Quand les moines bouddhistes oublient leurs préceptes

Matheus Andrade
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La Thaïlande et la Chine font actuellement face à une vague d’arrestations dans les monastères bouddhistes pour abus de pouvoir et abus sexuels.

Un moine bouddhiste thaïlandais de 38 ans, Wirapol Sukphol, a été condamné le 9 août dernier par le tribunal pénal de Ratchada, à Bangkok, à 114 ans de prison — mais ne passera pas plus de 20 ans derrière les barreaux — pour fraude, blanchiment d’argent et détournement de fonds. Celui-ci doit également verser des dommages et intérêts à 29 victimes.

Tout a commencé en 2013, lorsqu’une vidéo montrant ce moins bouddhiste à bord d’un jet privé a fait le tour d’Internet. Accompagné d’autres religieux, il porte des lunettes de soleil griffées et un sac de la célèbre marque française Louis Vuitton. Une enquête a alors été ouverte par le Département des enquêtes spéciales de Thaïlande, révélant le mode de vie du moine d’une « décadence hallucinante »,  rapporte la BBC Mundo. Amateur de voitures de luxe, celui-ci s’était acheté 22 Mercedes en deux ans (2009-2011), pour une valeur d’environ 2,5 millions d’euros.

Lorsque les autorités thaïlandaises découvrent que le moine a également eu des rapports sexuels avec des femmes, dont une mineure qui a eu un enfant de lui, le moine Wirapol prend la fuite et part se réfugier en Californie, dans une des nombreuses demeures. Il a été arrêté en 2016 et extradé en Thaïlande l’année suivante. Le 17 octobre prochain, l’homme, désormais défroqué, sera jugé par le même tribunal pour violence sur mineurs et enlèvement d’enfants.

Crise du bouddhisme « Made in Thaïlande »

Alors que l’affaire soulève de nombreuses questions — comme savoir comment un jeune moine a pu accumuler autant de richesses — pour beaucoup de Thaïlandais, ce scandale est le reflet d’une « crise du bouddhisme » dans leur pays, rapporte l’édition espagnole de la BBC. En Thaïlande, 95% de la population environ est bouddhiste.

Comme indique le site Asia Times, la police thaïlandaise a fait dernièrement irruption dans certains des plus importants complexes monastiques du pays, dont celui de Wat Phra Dhammakaya, près de Bangkok, où ont été arrêtés des moines et des fonctionnaires suspectés de corruption. Selon le chercheur Khemthong Tonsakulrungruang, qui a fait ses études à la Yale University , aux États-Unis, ces coups de filet ont été une véritable « purge  » Il n’y a jamais eu, selon lui, « autant d’arrestations de si grande envergure et autant de moines si hauts placés tombés en disgrâce ». Cette vague d’arrestations, estime l’Asia Times, a eu pour effet de mettre en lumière une vaste action criminelle au sein de « la puissante et riche hiérarchie bouddhiste officielle », laquelle « supervise une religion qui est commercialisée et de plus en plus ébranlée par des scandales ».

Lutte contre la corruption

Lorsque les militaires ont pris le pouvoir dans le pays en 2014, la lutte contre la corruption était l’une des principales raisons. En 2016, la Thaïlande a fini à la 101e place de l’Indice de perception de la corruption (IPC), juste après des pays comme l’Argentine, le Salvador ou le Sri Lanka.

En mai dernier, Phra Buddha Issara, un moine décrit comme « politiquement puissant » par l’Asia Time, a été arrêté et défroqué. Libéré sous caution le 16 août dernier, il fut l’un des chef d’une vague de protestation qui, comme son nom l’indique — Bangkok Shutdown — a paralysé la capitale thaïlandaise en 2014. Il avait été accusé aussi, en 2011, d’avoir utilisé, sans autorisation préalable, les symboles de la reine et du roi Bhumibol Adulyadej sur des amulettes mises en vente dans son monastère.

Autre intervention musclée de l’armée thaïlandaise, celle contre l’Office national du bouddhisme (NOB). Cet organisme délivre chaque année à la communauté bouddhiste un total d’environ 150 millions de dollars pour l’entretien de ses temples et monastères, ses programmes d’éducation et le paiement des salaires des employés. Le 1er août dernier, la police a fait irruption dans les locaux et arrêté dix fonctionnaires pour détournement de fonds et blanchiment d’argent.

L’affaire Shi Xuecheng en Chine

En Chine, le mouvement bouddhiste n’est pas non plus épargné par ce genre de scandale. Shi Xuecheng, un de ses représentants les plus influents, a fini sous enquête. Il est soupçonné de « violer les préceptes bouddhistes », souligne un communiqué de l’Administration d’État pour les affaires religieuses, relayé par Deutsche Welle (23 août). Conseiller national du Parti communiste, et jusqu’au 15 août dernier président de l’Association bouddhiste de Chine (BAC)[1], il est également accusé d’abus et harcèlements sexuels sur des religieuses, selon le rapport de 95 pages qui a mis le feu aux poudres, diffusé sur internet par deux anciens moines.

Si Xuecheng, 51 ans, nie toutes les accusations portées contre lui, il parle volontiers de « documents contrefaits » et de « faits déformés ». À la tête de plusieurs monastères, dont celui de Longquan, dans le nord-ouest de Beijing, qui compte plus d’un million de disciples sur le célèbre site de microblogging de Weibo, le moine est l’une des figures les plus en vue mises en cause par le mouvement #MeToo en Chine. Le présentateur vedette de la télévision d’État, Zhu Jen est également pointé du doigt par le mouvement.

Le nationalisme bouddhiste au Sri Lanka et au Myanmar

Dans un article intitulé El lado más obscuro del budismo (Le côté sombre du bouddhisme), BBC Mundo avait déjà attiré l’attention en 2015 sur une montée du nationalisme bouddhiste dans des pays comme le Sri Lanka et le Myanmar (ex-Birmanie).

Au Sri Lanka, un groupe en particulier a fait son apparition, le Bodu Bala Sena (Armée du pouvoir bouddhiste), fondé en juillet 2012 par les moines Kirama Wimalajothi et Galagoda Aththe Gnanasara Thero et dont le langage extrémiste, nationaliste, islamophobe et même anti-chrétien est frappant. « Ce pays appartient aux Cinghalais, et c’est nous qui avons construit cette civilisation », revendique Gnanasara Thero cité par la station de radio britannique. Son leitmotiv : « rendre le pays » aux Cinghalais.

Mais le mouvement se défend : « Chaque fois qu’un moine bouddhiste fait quelque chose de mal, on fait retomber la faute sur nous à cause de notre popularité », souligne le porte-parole du mouvement, Dilanta Withanage. Or « nous ne sommes pas une organisation terroriste et n’encourageons la violence contre personne », affirme-t-il. « Nous sommes simplement contre certaines choses ».

Le Bodu Bala Sena entretient de bonnes relations avec un autre groupe nationaliste et antimusulman, le Mouvement 969 au Myanmar (ex-Birmanie). Fondé en 1999 par Kyaw Lwin, ce mouvement est actuellement dirigé par le moine Ashin Wirathu, connu pour sa rhétorique antimusulmane, qui a fomenté la violence contre les Rohingyas. Selon les autorités birmanes, les membres de la minorité musulmane ne sont pas des citoyens birmans, mais des immigrés illégaux originaires du Bangladesh voisin. Le pape François s’est rendu au Myanmar et au Bangladesh à l’automne 2017.


[1] Selon les données de la Deutsche Welle, le BAC gère environ 33.000 pagodes et/ou monastères, ainsi qu’environ 240.000 moines.

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