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« En pays Kachin, la drogue croît en même temps que l’Évangile »

© Fanny Cheyrou
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La Birmanie, que nous connaissons pour les exactions qui y sont commises à l'encontre de la minorité Rohingya, connaît un état de guerre latent depuis 60 ans, dénonce un chrétien de l'État Kachin.

Un terrain prêté par l’évêché, sept enfants, un père parti faire fortune, mais qui cachait sa honte de ne pas avoir pu nourrir sa famille, au fond de la jungle. Na Jaw Gawlu, chrétien de l’ethnie Kachin, du nord de la Birmanie, est né en 1987 dans une famille très pauvre, en pleine dictature. Il se souvient : « Ma mère ne se souciait que du pain quotidien (…) Elle m’a appris à bénir avec ardeur chaque repas d’une courte prière » (1). Né dans ce contexte misérable, il est parvenu à sortir sa famille de la grande pauvreté grâce à l’éducation… Une éducation qu’il a obtenue avec un peu de chance, et une énergie à renverser les montagnes !

L’éducation est la seule porte de sortie

Son parcours de vie se résume à une formule issue d’un proverbe birman qu’il aime répéter : « La force de l’éléphant ne sert à rien pour gravir une montagne ». Il a escaladé les murs que l’on dressait autour de lui avec la volonté farouche des fourmis, et son expérience l’a poussé à une conviction : pour se sortir des pièges dans lesquels elle sombre, la jeunesse birmane n’a qu’une porte de sortie, l’éducation. Or, cette porte de sortie lui est refusée avec insistance par le pouvoir en place. Il n’y a pas d’école digne de ce nom en territoire Kachin, à l’extrême nord de la Birmanie, aux confins du Bangladesh et de la Chine. C’est pourquoi Na Jaw Gawlu s’est fait professeur, et prend de son temps libre pour enseigner aux gamins qui, comme lui dans le passé, n’ont apparemment aucune chance. Dans ces périphéries, très loin de Rangoon, le peuple Kachin subit les affres du trafic d’opium. Une malédiction qui n’est pas combattue par les autorités, trop heureuses de faire sombrer dans la léthargie les « rebelles Kachins ».

Une dose à 50 centimes

Ce jeune homme de 30 ans, à l’allure juvénile, raconte la déchéance de la drogue, avant même de parler de la guerre qui ravage son pays depuis soixante ans. « Chez nous, on peut se payer une dose pour 50 centimes d’euros », dit-il. C’est une évasion tellement facile, à portée de main pour la jeunesse, qui a de toute façon le sentiment de n’avoir aucun avenir ! Des gamins de 10 ans se piquent, directement dans les veines, avec le fléau des Kachins, qui ont le malheur d’être au cœur du « Triangle d’or », par où transite l’opium d’Asie.

Ils sont 100.000 Kachins à vivre dans des camps de réfugiés, ballotés par la guerre avec l’armée birmane, sans terre, sans possibilité de travailler, et le fléau de l’opium tombe sur eux comme un couperet, dénonce Na Jaw Gawlu. Pourtant, il refuse de s’attarder sur le sort de ces drogués. Son propre frère ainé a été emporté, mais, dit-il : « Je ne ressens plus de peine pour mon frère et mes amis qui ont quitté ce monde. En choisissant la drogue, ils ont renoncé à leur dignité, et ils ont fui leurs responsabilités. (…) Fantômes ou morts, ils ne m’ont jamais manqué. Je n’ai jamais été sur leurs tombes. Je ressens une grande tristesse pour la vie qu’ils ont choisie, mais je garde mes larmes pour pleurer des fils d’humanité ».

Un peuple de guerriers

Sa grand-mère, animiste convertie au christianisme, disait souvent au jeune Naw Ja Gawlu qu’il était un Kachin, et que les « Kachins sont des guerriers ». Il n’a pas oublié la leçon et laisse les morts enterrer les morts. Il a assez de travail avec les vivants. Car à côté de la drogue qui semble tout emporter sur son passage, il voit une jeunesse Kachin volontaire, travailleuse et prête à renverser les murs de la dictature, pour peu qu’on lui laisse la chance de le faire. Cette jeunesse est aussi affamée de spiritualité. Il constate la croissance étonnante des communautés chrétiennes, dans son pays natal en ruine. 34% des Kachins sont chrétiens, d’après le recensement de 2014. « Chez nous, le meilleur côtoie le pire », résume Na Jaw Gawlu. « La drogue croit en même temps que l’Évangile ».


(1) La liberté s’apprend, un destin birman, par Naw Ja Gawlu et Fanny Cheyrou, Bayard, septembre 2018.

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