Vous ne souhaitez pas faire de don ?

Voici cinq façons d'aider Aleteia:

  1. Prier pour notre équipe et le succès de notre mission
  2. Parler d'Aleteia dans votre paroisse
  3. Partager les articles d'Aleteia avec vos amis et votre famille
  4. Désactiver votre bloqueur de pub quand vous êtes sur Aleteia
  5. S'abonner à notre newsletter gratuite et la lire tous les jours

Je vous remercie!
L'équipe d'Aleteia

 

Abonnez-vous à notre newsletter

Aleteia

Peut-on être catholique et libéral ?

COMPASS METAL
Partager

C’est la question à laquelle tente de répondre le père Robert Sirico — prêtre catholique italo-américain, président et cofondateur de l’Institut Acton — dans son dernier livre Catholique et libéral, les raisons morales d’une économie libre paru aux éditions Salvator (2018). Né en 1951 à Brooklyn, cet ancien activiste de gauche est peu à peu devenu un champion du libre marché et de sa compatibilité avec l’éthique chrétienne. Aleteia l’a rencontré à l’occasion de la présentation de son ouvrage à Paris.

Aleteia : Peut-on vraiment se définir comme catholique et libéral ? N’est-ce pas une provocation ?
Père Robert Sirico : Par libéral, j’entends l’idée de liberté humaine que Dieu nous a confiée lorsqu’il a placé notre destinée entre nos mains. Nous devons faire des choix, et ceux-ci ont des conséquences. Une société développée au cours des siècles a deux façons de s’organiser : soit par la force, la coercition et la violence, comme à Sparte, soit par la liberté individuelle et la participation, comme à Athènes. Du point de vue des religions, il existe celles dites « coercitives », qui utilisent la violence pour intégrer plus de fidèles, ou celles qui persuadent. En d’autres termes, l’une impose et l’autre propose. Lors du Concile Vatican II, via le document sur la liberté religieuse Dignitatis humanae, l’Église annonçait au monde son intention de chercher à proposer la foi et la vérité en laquelle elle croit, et non plus à l’imposer. Dans l’histoire, notamment en France, l’Église a parfois commis l’erreur de vouloir prendre la place de l’État : elle a dès lors perdu son sens de l’évangélisation. On en observe encore les conséquences à travers la grande hostilité de la société envers les idées d’amour et de charité incarnées par le catholicisme en France ! En fait, la société Française laïciste imite aujourd’hui dans bien des aspects la voie autoritaire jadis empruntée par l’Église. C’est ce que j’entends par “libéral“ dans ce titre : les individus doivent être libres de faire leurs propres choix.

Vous soutenez donc que la compatibilité entre libéralisme et catholicisme est réelle ?
Le catholicisme est une religion qui propose au monde sa vérité mais qui n’impose pas aux gens d’y croire. Dans une société, il faut à la fois de la liberté et de la mesure. Mais cette mesure, vient-elle des personnes elles-mêmes, parce qu’elles croient en certaines choses et mesurent leur comportement ? Ou vient-elle de l’extérieur, de fait, par la force ? Le catholicisme a atteint son plein potentiel lorsqu’il a gouverné depuis le cœur des individus, et non pas depuis les châteaux et les parlements. Les grandes institutions que nous avons bâties, comme les hôpitaux par exemple, n’ont pas été fondées par une société politique, par un gouvernement, mais par un groupe de femmes catholiques qui ont répondu par amour aux besoins des êtres humains. Les sociétés occidentales telles que nous les connaissons n’auraient pas existé si dans leur histoire l’État avait exercé son hégémonie sur elles. Là réside la compatibilité entre catholicisme et libéralisme.

Pour les intellectuels libéraux, l’encyclique Rerum Novarum prouve que  les papes ont quelque part approuvé la doctrine libérale… Mais dans le même temps, pour les antilibéraux, ce même document représente une condamnation de ces mêmes idées. Qu’en est-il vraiment ?
En réalité, Léon XIII condamne seulement une certaine forme de libéralisme. La preuve en est que Frédéric Bastiat, grand intellectuel libéral français, en a largement inspiré la rédaction. Le pontife condamnait en fait une forme de libéralisme mécanique qui ne se réfère pas à Dieu. Il s’agit d’une voie du libéralisme qui pense que tous les problèmes peuvent être résolus par l’économie. Cela procède en fait de la même erreur que le marxisme. L’Église propose une approche renouvelée du libéralisme, présente dans l’encyclique Centesimus Annus. Un nouveau libéralisme y est proposé qui croit dans une société libre gouvernée par la loi et la dignité humaine.

Mais nombreux sont les marxistes qui diront également que seule une certaine forme du communisme a été appliquée jusqu’à aujourd’hui…
Les marxistes ne veulent pas s’attarder trop longtemps sur l’apport du communisme dans l’histoire. Partout où il a vu le jour et dans toutes ses formes, on ne compte plus les catastrophes qu’il a engendrées. Qu’il s’agisse de l’Europe de l’est, du Venezuela aujourd’hui, de la Corée du Nord, ou de la Chine. Au contraire, lorsque vous examinez l’histoire des sociétés qui ont institutionnalisé et diffusé le droit de propriété, le libre-échange, la primauté du droit, vous observez des sociétés prospères, où le bien-être des pauvres a été pris en compte comme jamais auparavant. L’Église condamne la racine même du communisme, à savoir le collectivisme, tandis qu’elle ne remet jamais en cause l’essence du libéralisme.

N’est-il pas naïf de penser qu’un retrait de l’État, entraînerait un comportement charitable chez les individus ?
Pour ceux qui grandissent avec un gouvernement fournissant des chaussures, et qui apprennent soudainement que celui-ci n’en fournira plus, cela représente un drame. Or cette personne remarquerait pourtant très vite que même sans État, tout le monde continuerait à porter des chaussures ! C’est à peu près ce qui s’est passé après la chute du bloc soviétique, lorsqu’on a décidé de ne plus fournir de résidence d’État aux Moscovites. Dans un premier temps, les gens se sont scandalisés, pensant que personne n’arriverait plus à se loger… Aujourd’hui, il n’y a plus aucune résidence d’État et tout fonctionne. Les individus n’ont pas besoin que d’autres individus prennent des décisions à leur place. Si les gens sont libres, ils peuvent prendre leurs propres décisions et sont libres de coopérer avec d’autres personnes. Cela s’appelle la vie humaine et c’est ainsi que fonctionne une société ! La société n’est pas essentiellement politique, elle est avant tout faite d’êtres humains qui s’associent. Bien sûr, il faut y ajouter un cadre, une primauté du droit interdisant aux individus de se tuer les uns les autres, de voler, de ne pas respecter les contrats, etc. Mais la structure globale doit être basée sur le principe de subsidiarité, où l’État joue le rôle de fondation mais où les hommes sont libres de s’élever par eux-mêmes. Nous avons une expression pour qualifier cette approche aux États-Unis : le gouvernement ne devrait jamais faire pour nous ce que nous serions capables de faire par nous-mêmes.

Pourquoi selon-vous les Français sont en général hostiles à ces idées ?
Les Français se sont habitués à ce que l’État intervienne pour régler tous leurs problèmes, à tous les niveaux de la société. Aussi bien les hommes politiques, qui perçoivent de nombreux avantages, que les citoyens qui dépendent de l’État pour leur éducation et leur santé. C’est également le cas pour certains capitalistes qui touchent d’énormes subventions du gouvernement, ou qui bénéficient de faveurs comme des exonérations d’impôt. Comme le disait Frédéric Bastiat : « l’État, c’est la grande fiction par laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde ». Donc si vous imaginez un cercle de personnes où chacun se sert dans la poche de son voisin, cela fonctionne, mais cela ne crée rien du tout ! Cela redistribue juste les moyens à disposition et tout peut en définitive s’écrouler. Il faut donc commencer par penser différemment, c’est la première étape pour sortir de cette situation.

Certains Français pensent que sans la santé publique, ils seraient condamnés à mourir dans la rue sans aucune aide. Est-ce fondé ?
Le premier soin de santé c’est la nourriture et l’eau, et pourtant elles ne sont pas fournies par le gouvernement mais par le marché. Le problème dans la santé publique c’est celui du socialisme lui-même : c’est qu’on ne connaît pas vraiment le prix des choses. Les individus pensent ne pas payer leurs soins, alors qu’ils les payent par leurs impôts, ils ne savent juste pas ce que cela représente ! Dans ces conditions, chacun risque de réclamer systématiquement ce qui coûte le plus cher et le système court à sa perte. Je ne connais pas précisément la situation en France mais aux États-Unis dans les grandes villes, de nombreuses personnes abusent des prestations « gratuites ». Il arrive fréquemment qu’on appelle une ambulance pour un rhume, et je n’exagère pas. De nombreuses maladies basiques sont soignées aux urgences alors qu’elles nécessiteraient juste une visite chez le médecin. Tout cela découle du fait qu’ils n’ont pas à assumer le coût des choses.

N’est-ce pas le prix à payer pour s’assurer que les personnes souffrant gravement soient prises en charge rapidement ?
Aux États-Unis encore, ce ne sont pas les très riches, ni les très pauvres qui manquent d’accès aux soins, mais la classe moyenne. Cette dernière est écrasée par ce manque de coordination et de clarté dans les coûts de ces services. Parfois j’interpelle des médecins lors de mes conférences. Je leur demande le prix réel de telle ou telle prestation. Ils sont incapables de me répondre. Ils ne savent tout simplement pas à cause des subventions publiques et l’apport des assurances. En cela, le socialisme est anti-économique, car il ne permet pas de calculer le coût des choses et donc de s’ajuster fidèlement aux besoins. Il faudrait donc plutôt laisser le marché de réguler les prix. Conscient du coût des choses, nous pourrions ensuite mettre en place des systèmes afin d’aider ceux qui ne peuvent s’offrir des soins trop coûteux.

Le catholicisme est-il la condition sine qua non du libéralisme pour fonctionner ?
Oui précisément, bien que le libéralisme puisse être abordé de mille manières différentes. Je pense que la meilleure d’entre elles est l’éthique judéo-chrétienne parce qu’elle est ancrée dans la dignité de la personne humaine. Lorsque vous basez une structure sur ce principe, vous obtenez une forme humaine de libéralisme qui limite le gouvernement tout en plaçant un cadre social et moral pour protéger les  individus contre des mesures nocives. Je pense en effet qu’un libéralisme immoral est aussi mauvais pour la société que le communisme. Mais je pense également qu’un libéralisme chrétien est bien plus cohérent et viable que toute forme de socialisme chrétien.

Catholique et libéral : les raisons morales d’une économie libre, Roberto Sirico, Salvator, août 2018, 22 euros

Newsletter
Recevez Aleteia chaque jour. Abonnez-vous
Aleteia vous offre cet espace pour commenter ses articles. Cet espace doit toujours demeurer en cohérence avec les valeurs d’Aleteia. Notre témoignage de chrétiens portera d’autant mieux que notre expression sera empreinte de bienveillance et de charité.
[Voir la Charte des commentaires]