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Les contes de la mort dans les campagnes d’antan

ANGELUS
"L'Angélus", Jean-François Millet, 1859
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Dans son livre Les contes de la mort des pays de France (Albin Michel), Jean Markale, poète et conteur décédé en 2008, traverse la France afin de nous raconter les folklores régionaux sur le monde des défunts. À travers ces récits récoltés dans les différentes régions françaises, il dresse un tableau étonnamment chatoyant d'un monde disparu au début du XXe siècle où légendes païennes et croyances chrétiennes se côtoyaient pour créer un étonnant mélange.

S’intéresser aux contes populaires de la France qui précède la seconde moitié du XXe siècle, ce grand basculement dans l’éblouissante modernité, c’est se plonger dans les imaginaires de nos aïeux et découvrir un monde disparu, composé d’une foi ardente et dans lequel le merveilleux surgit souvent au détour du chemin. Longtemps, la mort forma un arc-boutant sur lequel reposait une grande partie des traditions orales du peuple de cette vieille terre paysanne que fut la France. Des défunts qui, mystérieusement, ne quittaient jamais complètement le quotidien des hommes. Cette tradition, Jean Markale l’a soigneusement consigné dans son livre, Les contes de la mort des pays de France, recueil de 85 légendes populaires qui nous révèle une étonnante continuité entre les mondes des morts et des vivants.

Si aujourd’hui les défunts ne nous parlent guère, relégués hors de nos imaginaires et hors de notre vue, dans des cimetières aux périphéries des cités, les morts sont, tout au contraire, au cœur de ces vieilles traditions orales. Les défunts en sont souvent le sujet principal et peuplent le monde de la nuit sans être pour autant nécessairement néfastes ou objets de crainte, même si l’irruption des morts dans le monde des vivants est une peur réelle de nos ancêtres.

Culte des saints et culte des morts

Ces contes des différentes régions de France montrent aussi, en plus d’anciennes croyances païennes, toute une tradition chrétienne aujourd’hui presque disparue de nos campagnes. Une tradition qu’un tableau comme L’Angélus de Millet représente superbement ou qu’un écrivain comme Charles Péguy a célébrée dans sa prose et ses vers. On y voit ainsi la ferveur du culte des saints qui anime les campagnes. Ces saints font ainsi partie intégrante de la vie des terroirs et sont une protection face à la mort qui guette toujours en ces temps à la mortalité très élevée.

C’est ce que constate Jean Markale dans son introduction : « Ce sont des interlocuteurs privilégiés. Ils ont encore de la famille, des descendants, des alliés. Alors joue l’esprit communautaire. Le saint d’une paroisse a des une capacité d’intercession que le saint d’une autre paroisse ne peut avoir, quitte à en avoir d’équivalents pour sa propre paroisse. Cela ne dispense pas d’honorer les saints universels, mais ceux-ci prennent, selon les paroisses ou les régions, des colorations très spécifiques. »

Cette foi qui dirige la vie communautaire et irrigue un inconscient collectif qui se transmet dans la culture essentiellement orale de ces sociétés traditionnelles. Les anges et les démons ne s’arrêtent pas aux portes des églises mais accompagnent les fidèles aux champs, dans les forêts, au détour des chemins et à la veillée, lieu privilégié pour causer, rire mais aussi évoquer les croyances surnaturels et les contes et légendes. Ceux-ci sont marqués par la peur du diable et les bienfaits des rites religieux et des figures chrétiennes.

Défunts et démons

Ainsi, dans certains contes retranscrits dans ce livre, la mort peut se faire châtiment envers ceux qui défient Dieu ou se rendent coupables de méfaits ou ne respectent pas les sépultures. Et quand on parle de mort, Satan n’est jamais loin, comme dans la légende Le charretier du diable dans lequel un jeune homme se voit contraint d’apporter du bois pour entretenir le bûcher destiné aux âmes de l’enfer. C’est aussi souvent, bien sûr, une volonté de proposer des modèles édifiants, souvent dans le sens des principes de l’Église qui montre à travers les contes le chemin à suivre pour tout bon chrétien.

Et quand on réussit à vaincre la mort, la victoire est toujours éphémère comme dans La mort joué, conte recueilli en Artois, où une vieille dame réussit, par ruse, à piéger la mort mais seulement le temps d’une nuit. Le culte des défunts est donc à la fois une forme de respect et de piété mais elle est aussi vu comme un exorcisme pour éviter leur retour de l’au-delà. S’occuper des défunts est donc primordial et préserve la communauté contre la colère divine. Et celle-ci, pour nos ancêtres, prend souvent la forme d’une intempérie, d’une sécheresse ou de maux susceptibles de menacer les récoltes sur lesquelles repose la prospérité avenir. Ces bouleversements climatiques sont toujours interprétés comme des signes du Ciel qui révèlent la ferveur d’une communauté paysanne.

Un devoir envers la société

La piété, comme le culte des défunts qu’illustre la prégnance de ces contes sont donc un devoir religieux mais aussi un devoir envers sa famille ainsi que tout le groupe social. Un manquement à ces obligations pourrait plonger le village dans la misère. Ces multiples histoires dont seule une infime parcelle nous est parvenue aujourd’hui ont donc un sens profond qui parfois échappe à la perception du lecteur contemporain qui n’en saisit pas toujours les codes. Ils offrent toutefois un panorama saisissant du rapport de nos ancêtres à la mort mais aussi, évidemment, à Dieu.

Si les déracinés que nous sommes sont toujours captivés par le charme désuet de ces contes, c’est qu’ils ont encore probablement beaucoup à nous dire aussi sur notre inconscient et sur les craintes qui nous animent aussi aujourd’hui malgré tout. Les siècles de notre ancienne civilisation rurale ont façonné un imaginaire qui, malgré les néons de nos villes et la technologie de nos téléphones, n’a probablement pas complètement disparu.

Les contes de la mort dans les campagnes, Jean Markale, Albin Michel, 9,20 euros.

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