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Amélie Ozanam, l’épouse inspiratrice de Frédéric

OZANAM
Unknown | Fair Use
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À l’occasion de la publication de la « Correspondance Frédéric et Amélie Ozanam » (DDB), découverte du rôle d’Amélie Ozanam dans la sainteté de son mari, béatifié en 1997 par le pape Jean Paul II.

Le bienheureux Frédéric Ozanam (1813-1853) est une grande figure du catholicisme social du XIXe siècle. Co-fondateur de la Société de Saint-Vincent-de-Paul, précurseur de la doctrine sociale de l’Église et co-créateur de la démocratie chrétienne, il est une personnalité profondément inspirante pour notre époque actuelle. Mais son épouse, Amélie Soulacroix, reste méconnue du grand public. Et pourtant, l’adage disant que derrière un grand homme se cache une grande femme est particulièrement vrai pour le couple Ozanam.

Amélie est toujours restée dans l’ombre de son mari, et malgré cela c’est en grande partie grâce à elle que nous connaissons Frédéric. Après la mort d’Ozanam à l’âge de 40 ans, Amélie a connu un long veuvage de quarante ans. Durant cette période, elle a entretenu la mémoire de son illustre compagnon. Elle a rédigé des notes biographiques très riches adressées au père Lacordaire afin qu’il écrive la première biographie de Frédéric en 1856. Elle a été à l’origine de la publication des Œuvres complètes de Frédéric en 1865, qui comprennent ses plus grands écrits, deux tomes de correspondance et une sélection d’articles. Ce travail de mémoire a contribué à faire connaître Frédéric Ozanam dans le monde mais aussi à ses descendants, ce qui a beaucoup aidé pour son procès en béatification qui a abouti le 22 août 1997.

L’influence politique d’Amélie

Mais les récentes recherches dans les archives de la famille Ozanam ont permis de découvrir un autre aspect de leur couple et de la personnalité d’Amélie. Elle n’était pas seulement l’épouse dévouée et la veuve loyale, elle a aussi inspiré Frédéric. C’est ce que nous révèle l’édition de la correspondance entre Frédéric et Amélie Ozanam publiée par Desclée de Brouwer, sous la direction du père Léonard de Corbiac. Ce livre comprend les lettres de Frédéric, qui avaient déjà été publié précédemment, mais aussi les lettres d’Amélie qui sont inédites. Le volume est précédé d’une riche introduction générale du père de Corbiac et d’une préface du professeur Carol Harrison de l’Université de Caroline du Nord qui a beaucoup étudié le couple Ozanam.

Dans sa préface, Carol Harrison n’hésite pas à affirmer qu’Amélie a influencé Frédéric dans son cheminement intellectuel en faveur de la démocratie. Ozanam était en effet un légitimiste dans sa jeunesse, opposé à la monarchie libérale de Louis-Philippe arrivée en 1830. Il a progressivement évolué : en 1832, il ne se reconnaissait plus dans le légitimisme qu’il considérait comme un « vieillard boiteux, pour qui on a du respect, mais qui ne peut plus marcher au pas des générations nouvelles ». À cette époque, il était plutôt dans une forme d’indifférence politique, disant vouloir « l’anéantissement de l’esprit politique au profit de l’esprit social ». Il préférait une action concrète auprès des pauvres avec la Société de Saint-Vincent-de-Paul.

Démocratie et mariage

Lors de la Révolution de 1848, Ozanam a pris position pour la République. Dans le journal démocrate-chrétien qu’il a fondé à cette époque, Frédéric a présenté sa vision de la démocratie : une vision spécifiquement chrétienne, différente d’un gouvernement de la majorité donnant au plus grand nombre un pouvoir sans limite. Ozanam pense à une démocratie chrétienne mue par le service mutuel, guidée par Dieu c’est-à-dire par la conscience des citoyens selon la notion thomiste de loi naturelle. Dans un article intitulé « Du divorce », il établit un parallèle entre la démocratie et le mariage. Il voit dans le mariage un sacrifice mutuel pour bâtir une famille, et il considère que cet « esprit de sacrifice » est le même que celui qui fonde la République : un sacrifice de chacun pour le bien de tous, comparable au sacrifice du Christ sur la Croix.

Ce cheminement politique serait le fruit de sa vie de couple avec Amélie, faite d’un don mutuel, expression d’un esprit de sacrifice en vue d’un plus grand bien. Cet « esprit de sacrifice » qui compose le mariage chrétien est aussi le principe de la démocratie dans la définition qu’en donne Frédéric.

Son horreur du « couple bourgeois »

Nous pouvons en effet parler de cheminement pour Frédéric Ozanam, car il n’y a pas que sa pensée politique et sociale qui a évolué, mais sa propre vision du mariage. Avant de vouloir se marier et de rencontrer Amélie, Frédéric était réfractaire au mariage. Il a vaguement envisagé d’entrer dans les ordres, notamment chez les dominicains que le père Lacordaire était en train de réinstaller en France. Mais surtout, il regardait avec désolation le mariage tel qu’il était vécu dans la société bourgeoise du XIXe siècle. À un ami, il écrit que le mariage est pour lui une abdication de l’homme et il voit dans la vie du couple bourgeois un « égoïsme à deux ». En lisant ces mots terribles chez Frédéric, il ne faut pas voir une forme de dépit d’un jeune homme qui peine à trouver l’âme sœur. Ozanam décrit ici les travers bien réels du mariage bourgeois : l’enfermement du couple sur lui-même où chacun ne poursuit que son intérêt, cet égoïsme à deux bien réel qui a fait tant de couples épuisés. Frédéric a en réalité plus d’ambition : il désire vivre une vie de couple authentiquement chrétienne et quand il décida de se marier, il chercha une femme disposée à cette vie.

La rencontre avec Amélie Soulacroix est ainsi éloquente. Un ami prêtre de Frédéric qui connaissait ses aspirations organisa une rencontre avec Frédéric en présence de la famille d’Amélie selon les usages de l’époque. L’élément qui décida Frédéric à demander la main d’Amélie fut l’attitude de celle-ci envers son frère, Théophile Soulacroix, qui était handicapé. Son attitude serviable et attentionnée fut perçue par Frédéric comme un signe de charité. En voyant cela, il eut la certitude qu’elle ne vivrait pas son couple comme un égoïsme à deux, mais comme un don mutuel. Ils se marièrent quelques semaines plus tard à l’église Saint-Nizier de Lyon, le 23 juin 1841.

Unis dans la sainteté

Le couple Ozanam connut des épreuves : plusieurs fausses couches, et plusieurs « célibats géographiques » imposés par la santé d’Amélie, qui se reposait à la campagne avec sa mère tandis que Frédéric travaillait à la Sorbonne. Frédéric connut aussi la maladie, une pleurésie et enfin une tuberculose des reins qui l’emporta le 8 septembre 1853. Ces périodes de maladies étaient longues et ponctuées de cures thermales. Mais ayant connu la douleur de la séparation géographique, ils choisirent de rester ensemble, fidèles à ces mots que Frédéric et Amélie s’étaient dit lors de leurs fiançailles : « Ni toi sans moi, ni moi sans toi. »

Ils ont aussi connu beaucoup de joie avec notamment la naissance de leur fille Marie. La correspondance entre Frédéric et Amélie Ozanam nous fait entrer dans une intimité où se trouve le fondement de leur couple et donc de la sainteté de Frédéric. Ce fondement est une spiritualité conjugale qui a tant à nous apprendre aujourd’hui. Et en découvrant la hauteur du couple Ozanam on en vient à se demander s’il ne faudrait pas qu’Amélie rejoigne Frédéric sur les autels. Les Ozanam seraient ainsi un saint couple comme Louis et Zélie Martin. Pourquoi pas ?

Correspondance Frédéric Ozanam et Amélie Soulacroix, Poèmes, prières et notes intimes, Présenté par Don Léonard de Corbiac, DDB, septembre 2018, 864 pages, 32 euros.

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