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Yoko Tsuno : la foi, la technique et la démesure (4/4)

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Dernier chapitre de notre série sur l’héroïne Yoko Tsuno : sans confession religieuse très marquée, la jeune japonaise est authentiquement spirituelle. Tout au long de ses aventures, elle lutte sans états d’âme contre la montée de la puissance hégémonique de la technique.

À l’image de la sécularisation du monde, la coloration religieuse des œuvres d’art, jadis omniprésente, est devenue exceptionnelle. La bande dessinée n’y fait pas exception, où il est rare de trouver une référence sacrée, même mince. Yoko Tsuno fait exception. Non pas qu’il s’agisse d’une œuvre religieuse ou chrétienne. Mais la question spirituelle apparaît, de loin en loin, comme un élément normal de la vie des personnages, et par ce fait, augmente leur authenticité.

La présence normale de la divinité

L’auteur de Yoko Tsuno, Roger Leloup, est-il croyant ? Aucun élément ne l’indique. À tout le moins est-il animé par un réel sens spirituel, et, toujours soucieux de ne pas tricher avec ses personnages, il place en eux cette dimension. Ainsi, le peuple extraterrestre des Vinéens, pourtant soutenu par une technique supérieure et une parfaite maîtrise des éléments, est-il un peuple religieux. La très sereine Khani, amie de Yoko Tsuno, comme le tempétueux Karpan ou d’autres encore, invoquent régulièrement « la suprême puissance ». Dans chacune de leurs apparitions on peut lire ces invocations : « La suprême puissance soit louée » ou encore « La suprême puissance vous garde ». Les peuples de Vinéa et des satellites présents à proximité de la planète sont également mus par le respect craintif envers un dieu, ou l’obéissance à des récits prophétiques.

YOKO TSUNO
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De retour sur Terre, nous trouvons une Yoko Tsuno bouddhiste et priante, se rendant par exemple au temple dans La Fille du vent, ou considérant l’ouverture d’un cercueil comme la plus abominable des profanations dans La Frontière de la vie. D’autres personnages prient, de loin en loin, de manière naturelle, comme dans L’Astrologue de Bruges, ou encore La Frontière de la vie.

La critique de la religion

Si le spirituel est présent dans les albums, on retrouve aussi une critique toute moderne et intellectuellement superficielle de la religion, consistant à respecter les croyances personnelles et à dénoncer les institutions ecclésiastiques. Cette attaque facile est la plus fréquemment répandue dans l’Occident ex-chrétien, et il n’est pas neutre de la retrouver dans ces albums avec une vigueur croissante au fur et à mesure que les dates de publication se rapprochent de nous. Ainsi, alors que la participation à la réunion paroissiale hebdomadaire semble normale pour l’un des personnages de La Frontière de la vie, Frau Polhen, la critique de l’Église est virulente dans L’Astrologue de Bruges, contre l’Inquisition et ses prêtres.

L’auteur va plus loin dans Le Temple des immortels, dernier opus de la série, où voisinent, à plusieurs kilomètres sous terre, Vinéens non retournés sur leur planète, vieux Celtes bloqués dans une antiquité fantasmée et moines mêlant christianisme et légendes du roi Arthur, sur fond de haute technologie. Rompant avec sa tolérance habituelle pour les croyances des autres, Yoko montre clairement ici que la divinité redoutée des Celtes n’est qu’une construction de la technique et de l’esprit humain, tandis que les moines vivent sous la coupe d’un supérieur mégalomane. Ici, le vieux fond spirituel semble s’être considérablement dégradé, dans la bande dessinée, pour faire place à un humanisme sans Dieu.

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Cependant, cet aspect des aventures de Yoko Tsuno reste marginal, tandis qu’un caractère particulier recouvre nombre d’albums et apporte plus d’originalité à l’œuvre, mais aussi plus de résonance avec notre temps, celui du lien entre spirituel et technologie démesurée.

La critique de la démesure humaine

Dès 1970, dans Le Trio de l’étrange, alors que ce thème n’était abordé que par quelques romanciers mordus de science-fiction, Roger Leloup présentait, avec les Vinéens réfugiés sous terre, le pouvoir d’une intelligence artificielle, créée par les vivants, devenue autonome et se développant elle-même au point d’avoir réussi à établir son pouvoir sur ces mêmes vivants devenus ses serviteurs conscients ou inconscients. Le goût de puissance des hommes les conduit alors à leur perte et leur fait perdre leur liberté, tandis que la machine devenue divinité conduit la communauté à sa perte probable pour sa seule satisfaction. Ce thème reviendra dans Les Trois Soleils de Vinéa, avec une autre particularité plus troublante, celle de la survie d’un esprit humain, transféré dans la machine et exerçant par elle son pouvoir de manière immortelle. On retrouve encore la thématique de la domination de robots dans Les Archanges de Vinéa, et celle d’un homme que la technique maintient en vie artificiellement avec Les Exilés de Kifa. À chaque fois, la dimension religieuse apparaît, le pouvoir de la technique se maintenant par le biais de croyances prophétiques ou de rituels.

Si nous restons dans le domaine de la fiction et du divertissement, on mesure à quel point ces bandes dessinées nous parlent de notre temps et de l’évolution de notre rapport à Dieu et à la technique. En ce sens, elles peuvent constituer, à leur petite mesure, un élément de réflexion et une once, aussi faible soit-elle, d’antidote.

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