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Ne nous y trompons pas, la lutte contre le sida n’est pas gagnée !

HIV and AIDS
Shutterstock
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Malgré des progrès remarquables, un nouveau rapport de l’ONUSIDA, le programme de l'ONU destiné à coordonner les différentes actions pour lutter contre le VIH/sida, met en garde contre une certaine forme de complaisance qui impacte négativement la prévention et freine la lutte contre le sida.

Malgré une série de succès importants, « la riposte mondiale au sida se trouve dans une situation particulièrement préoccupante », a alerté le programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida (ONUSIDA) dans un nouveau rapport intitulé « Un long chemin reste à parcourir » [1], diffusé le 18 juillet dernier. Dans ce document, l’agence onusienne met en garde contre les retards pris dans la prévention et rappelle aux États les promesses faites — mais négligées — pour atteindre l’objectif de moins de 500.000 décès liés au sida d’ici 2020. « À mi-chemin des objectifs à atteindre d’ici 2020, le rythme des progrès est encore loin d’être à la mesure de l’ambition affichée », avertit le directeur exécutif de l’ONUSIDA, Michel Sidibé, dans l’avant-propos du document.  Ce rapport, précise-t-il, est une sorte de « sonnette d’alarme » pour « revenir sur la bonne voie  » et « agir » tout de suite.

Éléments positifs

Bien que le temps soit compté, « il y a des progrès dont nous pouvons être fiers », estiment les auteurs du rapport. En particulier en Afrique de l’est et australe, « une région qui abrite plus de la moitié (53%) des 36,9 millions (…) de personnes vivant avec le VIH dans le monde », où des progrès « importants » ont été réalisés. Au cours de la période 2010-2017, les décès liés au sida ont chuté de 42% dans la région, tout comme le nombre de nouvelles infections qui a chuté de 30%.

Globalement, explique le document, la thérapie antirétrovirale continue de progresser. Selon les données de l’ONUSIDA, à la fin 2017 quelque 21,7 millions de personnes avaient accès au traitement, soit « cinq fois et demie de plus qu’il y a à peine une décennie ». Ce chiffre record représente une augmentation de 2,3 millions de personnes par rapport à 2016 (19,4 millions). De plus, les trois quarts des personnes vivant avec le VIH dans le monde (75%) étaient au courant de leur état à la fin de l’année dernière, un élément clé dans le parcours visant à demander et obtenir de l’aide.

Grâce aux progrès thérapeutiques, le nombre de décès dus aux maladies liées au sida a chuté de 34% entre 2010 et 2017. L’an dernier, dans le monde, moins d’un million de personnes sont mortes de maladies liées au sida (940.000). En 2004, année de pointe pour les décès, ce chiffre était de 1,9 million.

L’accès aux médicaments antirétroviraux pour prévenir la transmission verticale de la mère à l’enfant a considérablement réduit le nombre de nouvelles infections à VIH chez les enfants. Selon l’ONU, 1,4 million d’infections infantiles par le virus tant redouté ont ainsi été évitées à l’échelle mondiale depuis 2010. Rappelons dans ce contexte qu’en 2017, la Thaïlande , en éliminant la transmission du virus du VIH de la mère à l’enfant, fut le premier pays d’Asie à atteindre les objectifs fixés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Les zones d’ombre

Mais malgré ces progrès ou ces nouvelles encourageantes, il reste encore beaucoup à faire pour atteindre l’objectif fixé en 2015 par la communauté internationale pour mettre fin au sida « en tant que menace pour la santé publique » d’ici 2030. En effet, rares sont les pays qui ont atteint les objectifs intermédiaires fixés par la « stratégie 90-90-90 ». Selon cette stratégie, au moins 90% des personnes vivant avec le VIH dans le monde doivent connaître leur situation, 90% d’entre eux doivent être en traitements antirétroviral, et enfin 90% de ces patients en traitement doivent parvenir à une charge virale durablement supprimée, d’ici 2020.

Un premier obstacle ou problème est d’ordre financier. Selon le rapport de l’ONU, les fonds pour la lutte contre le sida et le VIH dans les pays à revenu moyen ou faible ont atteint 20,6 milliards de dollars en 2017, soit environ 80% de l’objectif fixé par l’Assemblée générale des Nations Unies. Mais la même année, il n’y a pas eu de « nouveaux engagements significatifs » de la part des donateurs, relève l’agence onusienne. Une réduction de 20% des financements internationaux « serait catastrophique » pour les 44 pays qui comptent le plus sur l’aide internationale pour lutter contre la pandémie, souligne Michel Sidibé toujours dans l’avant-propos du document.

Deuxième frein aux progrès, le nombre de nouvelles infections au VIH. S’il continue de diminuer — passant d’un pic de 3,4 millions en 1996 à 2,2 millions en 2010 et 1,8 million l’an dernier — la baisse n’est pas assez rapide pour atteindre l’objectif de moins de 500.000 nouvelles infections d’ici 2020. Idem pour la baisse du nombre de décès dus aux maladies liées au sida : il faudrait une réduction supplémentaire de près de 150.000 décès par an pour atteindre l’objectif souhaité.

L’absence de tests de dépistage néonatal pour le VIH a également de graves conséquences. Selon le rapport, jusqu’à deux tiers des enfants séropositifs de moins de deux ans en Afrique, en Asie et dans les Amériques, commencent un traitement avec une immunodéficience déjà avancée. Alors que le nombre de 940.000 enfants en traitement est bien en deçà de l’objectif de 1,6 million fixé pour cette année, quelque 180.000 enfants ont été infectés par le VIH en 2017.

Crise de la prévention

La crise de la prévention est un autre grave problème dans la lutte contre le sida et le VIH, selon Michel Sidibé. « En termes de droits de l’homme, la santé est un impératif et nous sommes profondément préoccupés par le manque d’engagement politique et l’incapacité d’investir dans des programmes de couverture contre le virus du sida », a confié le directeur exécutif de l’agence des Nations Unies lors de la conférence internationale sur le sida, à Amsterdam, aux Pays-Bas, du 23 au 27 juillet dernier. Le thème de la conférence, « Briser les barrières, construire des ponts » semble tout droit sorti de la plume du pape François. « Si les pays pensent pouvoir se débarrasser de leurs épidémies, ils se trompent dangereusement », a poursuivi le diplomate malien.

Une commission de 40 experts mondiaux de la célèbre revue scientifique The Lancet, pensent que la prévention est devenue victime, en quelque sorte, de l’ambitieux projet zéro nouvelle infection à VIH à l’horizon 2030 que s’est donnée la communauté internationale pour mettre fin à la pandémie. « Le discours principal sur la fin du sida a ouvert dangereusement la voie à une certaine forme de complaisance et a peut-être accéléré l’affaiblissement de la résolution mondiale de lutte contre le VIH », estime ainsi le professeur Chris Beyrer, épidémiologiste à la Johns Hopkins University Bloomberg School of Public Health à Baltimore (Maryland, États-Unis) et coprésident de la commission, cité par Jon Cohen sur le site du magazine Science.

Le Secrétaire général de la Commission catholique internationale pour les migrations et ancien conseiller spécial de Caritas Internationalis pour le VIH, Mgr Robert J. Vitillo, est du même avis. Selon lui, avoir crié « victoire » trop tôt serait à l’origine de la crise de la prévention et entraverait aujourd’hui la lutte contre le sida. « On a fait passer le message il y a quelques années que le sida était fini. Même des agences américaines, les médias… Il s’est répandu en long, en large, et en travers, et il a été difficile de l’enrayer alors que nous n’étions pas à la fin du sida à l’époque, et nous n’y sommes pas aujourd’hui », précise Mgr Vitillo au Catholic News Service. L’évêque pointe lui aussi du doigt une certaine forme de complaisance qui donne le faux sentiment « d’avoir dépensé tant d’énergie sur cette maladie au détriment d’autres priorités à traiter ».

Le cœur du message de ce nouveau rapport de l’ONU n’est autre que : « Ne baissons pas la garde face au sida/HIV, parce que la bataille n’est pas gagnée » !


[1] Pour télécharger le texte intégral du rapport, cliquez en haut à gauche de la page sur Télécharger le PDF.

 

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