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Le piège de l’Évangile de la prospérité

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Spécialisé dans les problématiques religieuses, le centre de recherche américain "LifeWay Research" s'est intérressé à ce qu'on appelle l'"Évangile de la prospérité".

Dieu nous aime. Disons même qu’il veut nous remplir de ses biens.  La Bible nous l’enseigne et Jésus le dit dans l’Évangile : « Ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donnera » (Jn 16, 22). Le problème c’est que dans certaines confessions ou églises à l’étranger (mais pas seulement), cette générosité divine a pris une caractéristique particulière, matérielle et non eschatologique, qui réduit Dieu à un simple fournisseur de biens, comme s’Il était une sorte de distributeur automatique illimité.

« Un groupe important d’églises semble enseigner que les donations déclenchent une réponse financière de Dieu », a déclaré Scott McConnell, directeur exécutif de LifeWay Research, à Nashville (Tennessee), en présentant les résultats d’un sondage sur l' »Évangile de la prospérité » , réalisé auprès de 1 010 adultes américains qui fréquentent une église protestante ou non confessionnelle au moins une fois par mois. Bien que « plusieurs chefs évangéliques de haut niveau aient condamné l’Évangile de la prospérité », « plus qu’un petit nombre de personnes l’a adopté », relève Scott McConnell.

Dans le détail, 38%, des personnes interrogées – soit plus d’un participant sur trois – ont répondu qu’elles étaient d’accord avec l’affirmation de l’enquête selon laquelle « leur église enseigne que Dieu les bénira si plus d’argent était donné à leur église et aux œuvres de charité ». Alors que 22% déclarent être « assez » d’accord, 16% disent qu’ils le sont « tout-à-fait ». Les pentecôtistes ou ceux qui fréquentent le mouvement évangélique des Assemblées de Dieu sont plus susceptibles d’être d’accord avec cette phrase (53%). Et les pratiquants d’une église évangélique (41%) ont davantage tendance à être d’accord avec cette idée que les personnes sans croyances évangéliques (35%). Alors que quatre personnes sur dix (40%) ont répondu qu’ils étaient « en profond » désaccord avec le contenu de la phrase, 17% ont dit qu’ils étaient « en désaccord total » et 5% qu’ils ne savaient pas trop.

Prospérer « financièrement »

Plus de deux participants sur trois, soit 69%, ont ensuite déclaré qu’ils partageaient l’affirmation selon laquelle Dieu veut leur prospérité « financière ». Alors que 31% se déclarent « assez » d’accord avec cette phrase, 38% disent l’être « totalement ». En revanche, 10% des personnes interrogées affirment ne pas trop savoir ; 9% – soit une personne sur dix – qu’elles ne sont absolument pas d’accord et 12% qu’elles seraient « plutôt en désaccord ». Cela signifie qu’un peu plus d’une personne sur cinq (21%), seulement, n’est pas d’accord avec cette affirmation. L’enquête montre également que les fidèles qui fréquentent leur congrégation au moins une fois par semaine ont davantage tendance à penser que Dieu veut qu’ils prospèrent financièrement (71%). Ce pourcentage tombe à 56% chez ceux qui participent au culte deux fois par mois maximum.

Enfin, environ un protestant pratiquant sur quatre (26%) se dit d’accord avec l’affirmation selon laquelle pour recevoir de Dieu des bénédictions matérielles, il faut faire quelque chose pour Lui. 13% se déclarent « tout à fait d’accord » avec cette phrase et 13% « assez » d’accord.  Mais 70% ne le sont pas. 54% se disent même en « profond » désaccord. 16% disent qu’ils le sont « assez ». Et 5% affirment qu’ils ne savent pas trop.

Les origines de « l’Évangile de la prospérité »

Dans un article publié en juillet dans la revue italienne La Civiltà Cattolica et relayé par la société Parole et silence  sous le titre évocateur Théologie de la prospérité. Le danger d’un « évangile différent », Antonio Spadaro et le pasteur presbytérien argentin Marcelo Figueroa analysent les racines et les risques liés à ce courant théologique qui attire un nombre croissant de fidèles non seulement aux États-Unis, mais dans certains pays d’Amérique latine, dont le Guatemala et en particulier le Brésil, voire même en Afrique et en Asie, où il s’est également répandu, par exemple en Corée du Sud et même en Chine. Selon eux les origines du mouvement de « L’Évangile de la prospérité » et de sa promesse de bien-être économique et matériel hic et nunc remontent au pasteur new-yorkais Esek William Kenyon (1867-1948). Ce dernier « soutenait que le pouvoir de la foi pouvait modifier les réalités matérielles concrètes », dans le bien comme dans le mal, en ce sens que la pauvreté, la maladie et le malheur seraient le résultat direct d’un manque de foi.

D’autres éléments caractérisent ce mouvement tels que ses liens avec l’idée du « rêve américain » (bien que déformé) et l’utilisation de la communication de masse pour diffuser le message. Un élément dont Esek William Kenyon et Kenneth Hagin ont eu l’intuition, et que des « téléprédicateurs » comme Oral Roberts, Pat Robertson et Joël Osteen, fondateur de la plus grande « méga-Église » des États-Unis, la Lakewood Church à Houston, dans le Texas, ont porté à son apogée.

Un Évangile déformé

Plusieurs analyses rappellent que « l’Évangile de la prospérité » est très loin du message et du « rêve » prêché par des figures prophétiques comme Martin Luther King [1] et qu’il est d’ailleurs, fortement critiqué « par les groupes évangéliques soit traditionnels (….) soit plus récents », qui accusent le courant de proclamer « un évangile diffèrent ». En effet, comme l’expliquent Antonio Spadaro et Marcelo Figueroa, le courant théologique de « l’Évangile de la prospérité » est le résultat d’une « herméneutique réductionniste » qui rabaisse entre autres le rôle de Dieu le Père à une sorte de « commissionnaire cosmique » et fait de Lui un Dieu « prisonnier » de sa propre parole.

En outre, soulignent les auteurs, on note chez les fidèles de ces églises « une absence totale d’empathie et de solidarité » avec ceux qui souffrent, sont malades ou en difficulté. « Ils ne font preuve d’aucune compassion envers les personnes qui ne sont pas prospères, car, de manière évidente, elles n’ont pas suivi les « règles », et ainsi, elles vivent dans l’échec et ne sont donc pas aimées de Dieu », affirment-ils.

Le vrai Évangile est facteur d’un réel changement

« En définitive, on parle ici d’un Dieu conçu à l’image et à la ressemblance des personnes et de leurs réalités, et non selon le modèle biblique », poursuivent les deux auteurs de l’article. « Cet “Évangile” qui met l’accent sur la foi comme “mérite” pour s’élever dans l’échelle sociale, s’avère injuste et radicalement anti-évangélique ». Et en plus, il a « un effet pervers à l’égard des personnes pauvres ». Non seulement « il exacerbe l’individualisme et met à mal l’esprit de solidarité », mais « il incite les personnes à adopter une attitude de croyance aux solutions miracles, selon laquelle seule la foi peut conduire à la prospérité, et non l’engagement social et politique ». Dans ce contexte il existe un risque, selon les auteurs, de voir les pauvres qui sont fascinés par ce pseudo-évangile « demeurer prisonniers d’un vide politico-social qui permet facilement à d’autres forces de façonner leur monde, les rendant inoffensifs et sans défense ».

Le pape François s’est exprimé plusieurs fois contre les dangers de la « tentation de la prospérité », concluent Antonio Spadaro et Marcelo Figueroa. Il l’a notamment fait en août 2014 lors d’une rencontre avec les évêques de Corée du Sud au cours de laquelle il les a mis en garde contre le risque d’une « Église aisée pour les personnes aisées, une Église du bien-être ». Quel genre d’Évangile cela pourrait-il être s’il n’y a pas de place pour les pauvres et les malades ?


[1] On se souvient de son mémorable discours I have a dream (« J’ai fait un rêve »), prononcé le 28 août 1963 devant le Lincoln Memorial de Washington au terme d’une marche de protestation pour les droits civils.

 

 

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