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Daech à la conquête de l’Afrique

© DELIL SOULEIMAN / AFP
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Après l’Irak et la Syrie, la présence jihadiste au Sahel est une menace qui ne doit pas être prise à la légère

Penser qu’après la défaite en Irak et en Syrie, l’« idéologie brutale » de l’Etat islamique (EI) est morte serait une erreur. Daech, selon son acronyme en arabe, est en effet partie s’enraciner en Afrique, avertit l’hebdomadaire britannique The Economist dans un article publié le 12 juillet dernier. Depuis la chute du « califat », en 2017 – c’est-à-dire trois ans après sa proclamation, en juin 2014, par Abou Bakr Al-Baghdadi à la mosquée Al-Nouri de Mossoul –  a commencé une phase de décentralisation ou de morcellement qui a vu de nombreux combattants fuir ou aller s’installer sur le continent africain. En particulier vers la zone du Sahel, l’immense bande de terre aride marquant la transition entre le désert du Sahara et la savane.

Le nombre de personnes tués par des combattants de Daech en Afrique dépasse désormais celui de leurs compagnons de guerre en Irak affirme The Economist. L’année dernière, on a dénombré 10.000 victimes de leurs exactions, pour la plupart des civils. Le nombre de combattant est également impressionnant. Au Nigeria, on estime à 3.500 le nombre de djihadistes de l’ISWAP (État Islamique en Afrique de l’Ouest), une faction dissidente de Boko Haram. Ce nombre est probablement plus élevé que celui des combattants de l’EI encore présents en Irak et en Syrie relève l’hebdomadaire.

Bien que la menace de Daech contre les intérêts occidentaux dans la bande du Sahel soit réduite, ajoute The Economist, ses tentacules s’étendent jusqu’en Occident. En témoignent les attentats du 22 mai 2017 à Manchester et du 19 décembre 2016 à Berlin, qui ont fait respectivement 23 et 12 morts. Dans les deux cas, les terroristes avaient des liens avec la Libye, où Daech est présente au sud de la ville de Syrte.

Présence djihadiste au Sahel

La menace ne doit pas être prise à la légère. Plusieurs groupes djihadistes opèrent au Sahel sous l’appellation Etat islamique du Grand Sahara (ISGS) rappelle le site italien Difesa & Sicurezza. Ils combattent le G5 Sahel, ou G5S, la force conjointe antiterroriste formée par cinq pays du Sahel, à savoir le Burkina Faso, le Tchad, le Mali, la Mauritanie et le Niger. Le G5S combat aux côtés des troupes françaises de l’opération Barkhane et les forces d’autres pays, dont les États-Unis et l’Allemagne, contre les groupes jihadistes. Celle-ci a récemment atteint sa pleine capacité opérationnelle (FOC ou Full Operational Capability en jargon militaire).

L’embuscade tendue le 4 octobre 2017 au Niger, aux abords du village de Tongo Tongo, près de la frontière avec le Mali, au cours de laquelle quatre soldats américains et cinq soldats nigérians ont été tués, montre que la menace de l’ISGS est réelle et ne doit pas être prise à la légère. Leur chef, Adnan Abu Walid al-Sahrawi, ancien porte-parole et émir du groupe djihadiste Al Mourabitou, a prêté allégeance à l’EI et au calife Abu Bakr al-Baghdadi, provoquant une scission avec l’autre branche du mouvement, dirigée par l’Algérien Mokhtar Belmokhtar. Cette branche est devenu en décembre 2015, une brigade ou katiba d’Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI).

Al Mourabitoun est le mouvement armé lié à Al Qaeda, qui a revendiqué l’attaque terroriste lancée contre l’hôtel Radisson Blu dans la capitale du Mali, Bamako, où 20 personnes (et deux terroristes) ont trouvé la mort en mars 2015. Enfin, en mars 2017, quatre groupes armés liés à Al Qaeda Ansar Dine, Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI), la branche d’Al Mourabitoun de Mokhtar Belmokhtar et enfin le groupe djihadiste de l’ethnie Peul, Le Front de libération du Macina (FLM) – ont annoncé leur fusion et créé un nouveau mouvement appelé  Jama’at Nusrat al-Islam wal Muslimeen  ou « Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans ».

Pourquoi le Sahel ?

Comme rappelle The Economist, le phénomène du jihadisme déstabilise dans la région du Sahel toute une série de pays pauvres et souvent mal gouvernés, et dont la densité démographique est également en forte progression. « S’ils tombent dans le chaos », avertit le magazine, « l’Europe doit s’attendre à voir arriver des millions de réfugiés supplémentaires ». La montée en force du jihadisme en Afrique est enracinée dans la mauvaise gouvernance, aggravée par la pression démographique et le changement climatique. Dans ce genre de situation, « la promesse de justice religieuse par des insurgés peut sembler attrayante », affirme le magazine.

Le 26 juin, le ministre marocain des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Nasser Bourita, est intervenu à la réunion des directeurs politiques de la coalition mondiale contre l’EI, à Skhirat (entre Casablanca et Rabat), affirmant que l’Afrique compte plus de 10 000 combattants ou djihadistes qui exploitent habilement les faiblesses du continent.

Rapport de la Fondation Mo Ibrahim

Le dernier rapport annuel présenté en avril 2017 par la Fondation Mo Ibrahim renforce cette inquiétude. Sous l’intitulé « Un point de bascule pour l’Afrique », il présente une série de chiffres impressionnants qui aident à comprendre l’ampleur du défi auquel le continent est confronté.

De 2015 à 2050, le nombre de jeunes Africains va presque doubler, passant de 230 à 452 millions. En 2015, 60% de la population africaine avait moins de 25 ans. En moyenne, près de la moitié de la population africaine n’a pas encore atteint l’âge de voter. En outre, moins d’un quart des jeunes en Afrique se déclare « très intéressés aux affaires publiques ».

En raison de l’absence de perspectives, entre un tiers et la moitié de la population ayant fait des études supérieures au Kenya, en Ouganda, au Libéria, au Mozambique et au Ghana quittent le pays à la recherche d’une vie meilleure. Au cours des dix dernières années, le nombre de manifestations et d’émeutes a plus que décuplé en Afrique.

En ce qui concerne le terrorisme, quatre pays africains figurent parmi les dix pays du monde où il est au plus présent. Il s’agit du Nigeria, de la Somalie, de l’Égypte et de la Libye. Ces dix dernières années, le nombre d’attaques ou attentats terroristes en Afrique a du reste augmenté de plus de 1.000 %, selon le rapport. Les pays africains ayant le plus grand nombre de victimes sont le Nigéria et la Somalie, qui ont enregistré respectivement 17.930 et 6.278 victimes entre 2006 et 2015. Les groupes terroristes les plus actifs dans ces deux pays sont le groupe anti-occidental Boko Haram (devenu ensuite ISWAP en 2015) au Nigeria et Al Shabaab en Somalie.

En Somalie, qui ne fait pas partie du Sahel (bien que certains aimeraient l’inclure), deux autres groupes relativement nouveaux liés à l’EI ont fait leur apparition. Il s’agit de l’État islamique en Somalie (EIS) et l’Etat de Jahba East Africa, ou État islamique en Somalie, au Kenya, en Tanzanie et en Ouganda (EISKTO). Dans les deux cas, il s’agit de groupes sécessionnistes d’Al Shabaab.

Le drame des enfants

Les enfants sont les premières victimes de la violence aveugle des groupes terroristes. Un drame qui mérite une attention particulière. Selon le rapport Silent Shame. Bringing out the voices of children caught in the Lake Chad crisis (« Honte silencieuse : Donnons la parole aux enfants pris en otage dans la crise du Lac Tchad »), diffusé en avril 2017 par l’UNICEF, jusqu’à 1,3 million d’enfants sont déplacés et 123.000 réfugiés dans les pays voisins.

L’enlèvement d’enfants, en particulier de filles, est une pratique très répandue. Le souvenir des 276 filles enlevées en 2014 à Chibok, dans l’Etat nigérian de Borno, par les miliciens de Boko Haram, est très vif. Un drame ravivé par la disparition, en février dernier, de 111 lycéennes après un assaut sur le village de Dapchi, dans l’État de Yobe, qui montre bien que le groupe terroriste n’a pas encore été vaincu au Nigeria.

Il ressort du rapport de l’UNICEF que les jeunes-filles enlevées par les djihadistes se voient souvent attribuer un « mari ». Elles sont également violées et soumises à de mauvais traitements, et si elles sont enceintes – même à un très jeune âge – elles doivent accoucher sans aucune assistance. D’autres chiffres effroyables, rapportés par le Fonds des Nations Unies pour l’enfance, font état, depuis début janvier 2014, de 117 enfants – dont plus de 80% sont des filles – ont été utilisé dans des attentats-suicide au Nigeria, au Niger, au Tchad et au Cameroun.

Même si la lutte contre le terrorisme islamique est dangereuse – deux soldats français sont morts en février dernier, lorsque leur véhicule blindé a percuté une mine artisanale -, il ne faudrait pas, estime The Economist, que se répète l’erreur commise, en 1993, par le président américain de l’époque, Bill Clinton, qui a ordonné le retrait des troupes américaines de Somalie, laissant le pays à la dérive. Il est plus facile de laisser le Sahel se briser en mille morceaux, que de le recomposer, avertit le magazine.

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