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Alerte aux fake news meurtrières

All Indian Christian Council - cc

Paul De Maeyer - Publié le 12/07/18

Dans des pays comme l’Inde ou le Myanmar, les réseaux sociaux, Facebook et WhatsApp en particulier, sont pointés du doigt par les autorités qui dénoncent une avalanche d’incitations à la haine passant à travers leurs réseaux.

Parmi les choses que le pape François abhorre le plus et contre lesquelles il tient à mettre en garde sans relâche, ce sont les bavardages, parce qu’ils « blessent et tuent la communauté ». Pour le Saint-Père, « il n’y a pas de paroles innocentes », a-t-il affirmé dans son homélie à Sainte-Marthe, le 13 septembre 2013. Et il est allé encore plus loin en qualifiant ce phénomène des bavardages « d’acte terroriste »,  le 7 novembre 2014, devant les participants à l’assemblée nationale de la Conférence italienne des Supérieurs Majeurs (CISM).

Mais le Saint-Père est monté en force dans son message pour la 52e Journée mondiale des communications sociales. Il y dénonce le phénomène des fake news, cette pratique de la désinformation qui consiste à répandre de fausses nouvelles ou des nouvelles infondées dont la diffusion, dit-il, peut « compter sur une utilisation manipulatrice des réseaux sociaux et des logiques qui en garantissent le fonctionnement ». Une stratégie bien connue, utilisée par le « serpent rusé » dont parle le Livre de la Genèse (Gen 3,1-15), rappelle François dans son message. C’est lui, le serpent, l’auteur de la première fake news de l’histoire, et l’on sait ce qu’il a provoqué, le « premier fratricide » de l’histoire : Caïn qui tue son frère Abel (Gen 4).




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Épisode plus récent dans le Mahārāshtra

Et le pape ne croyait pas si bien parler. La preuve, une nouvelle qui vient de l’Inde. Le lundi 2 juillet 2018, la police de Mumbai (ex Bombay) dans l’État du Mahārāshtra a arrêté 23 personnes soupçonnées d’être impliquées dans le lynchage de huit personnes, dont cinq sont décédées, le dimanche 1er juillet dans un village du district de Dhule, Rainpada.

Comme l’explique le journal Hindustan Times, alerté par une fake news sur la très populaire application de messagerie instantanée WhatsApp, les villageois pensaient à tort qu’ils avaient affaire à un groupe de kidnappeurs ou child lifters. Les victimes, tous membres d’une communauté nomade, parlaient en fait à un enfant. Cela suffit à déclencher la violence meurtrière.

Selon le quotidien, les lynchages causés par de fausses nouvelles sur de prétendus kidnappeurs d’enfants lancées sur les réseaux sociaux ont fait 14 morts entre le 20 mai et le 30 juin. Parmi eux – ironie du sort – un opérateur social, Sukanta Chakraborty, 33 ans, que le Département de l’information et de la culture de l’État de Tripura (dans le nord-est de l’Inde) avait engagé pour assurer une campagne de sensibilisation aux faux messages et vidéos circulant sur les réseaux sociaux.

Tel phénomène est malheureusement très répandu. Des lynchages ont été enregistrés dans dix des 36 États et territoires de la Fédération indienne : Andhra Pradesh, Assam, Bengale occidentale, Gujarat, Karnataka, Madhya Pradesh, Mahārāshtra, Odisha, Telangana et Tripura. Selon l’Hindustan Times, des dizaines de personnes innocentes ont été par ailleurs sauvagement battues sous prétexte qu’elles avaient « un air suspect ».

Dans le cas du lynchage de dimanche dernier, la vidéo à l’origine de la violence aveugle des habitants de Rainpada a été tournée par une ONG pakistanaise, Roshni Helpline, dans le but de sensibiliser le public au phénomène de child-lifting et du trafic d’enfants.

« Ne pas croire aux rumeurs »

Le directeur général de la police de l’État de Tripura, Akhil Kumar Shukla, a pointé du doigt les médias sociaux et demandé aux villageois de « ne pas croire aux rumeurs » qui circulent. Le problème, « c’est qu’une fois que le message devient viral, il est difficile de le contrôler », a déclaré pour sa part le directeur général de la police de l’État d’Odisha, RP Sharma, au Hindustan Times.

« Ne pas croire aux rumeurs », c’est le message que tente de faire passer l’agent de police Rema Rajeshwari aux villageois de son district, dans l’Etat de Telangana, au sud-est de l’Inde. Sa mission : tenter de stopper l’impact de ces faux messages sur les populations, rapporte Iain Marlow sur Bloomberg.com. « »Vous voyez ces messages, ces photos et ces vidéos, et les faites suivre sans vérifier s’ils sont vrais ou faux », explique l’agent Rajeshwari aux villageois, il ne faut pas faire ça, « ne répandez pas ces messages. Et quand des étrangers viennent dans votre village, ne faites pas justice vous-mêmes. Ne les tuez pas », essaie-t-elle de les convaincre. La jeune femme, qui travaille dans la police depuis 2009, a déjà alerté des centaines de chefs de village, et organisé des cours de sensibilisation pour plus de 500 policiers, envoyés ensuite dans les différente communautés pour les sensibiliser au problème. La campagne de la jeune femme semble avoir porté ses fruits. Il n’y a plus eu de décès liées à des fake news dans plus de 400 villages sous son contrôle, relève Iain Marlow.




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Le drame des Rohingyas

Les médias sociaux ont leur part de responsabilité également dans le drame humanitaire des Rohingya en Birmanie. La violence contre la minorité musulmane a été alimentée par l’incitation à la haine ou hate speech, qui s’est répandue sur Internet « comme un incendie de forêt », surtout par le biais de Facebook. Les experts des Nations Unies en sont convaincus, explique Tom Miles sur Reuters.

En 2014, souligne l’auteur, moins de 1% de la population birmane avait accès à Internet, alors qu’aujourd’hui un quart utilise Facebook. Selon le président de la Mission d’enquête internationale indépendante des Nations Unies au Myanmar, le juriste indonésien Marzuki Darusman, les réseaux sociaux ont joué un rôle « décisif » dans la crise. Au Myanmar, « tout se fait par Facebook », confirme le Représentant spécial des Nations Unies pour les droits de l’homme, Yanghee Lee. Il a bien peur que le réseau social ne se soit déjà transformé en « fauve ».


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Facebook & WhatsApp

La célèbre plateforme de messagerie instantanée WhatsApp, achetée en 2014 par Facebook, est très populaire en Inde. Selon Neha Dharia, ancienne analyste et consultante d’Ovum à Bangalore (« capitale informatique » de l’Inde), citée par Iain Marlow, l’application compte actuellement plus de 200 millions d’utilisateurs dans le pays[1], qui envoient environ 13,7 milliards de messages chaque jour.

Le ministre indien des technologies de l’information, Ravi Shankar Prasad, est inquiet de cet impact des fake news sur la population. Le 4 juillet dernier, il a demandé aux dirigeants de WhatsApp et de Facebook de « trouver les moyens » d’arrêter leur diffusion. « Ils gagnent beaucoup d’argent en Inde, ils ont le devoir de renforcer leur système de protection et de sécurité », estime-t-il. Deux jours auparavant, le gouvernement du Premier ministre Narendra Modi avait demandé au géant américain d’intervenir sur ces messages qu’il jugeait « irresponsables et explosifs ».

Dans une lettre au Ministère des Technologies de l’Information, la société qui travaille pour Facebook s’est déclarée « horrifiée par ces terribles actes de violence » et a assuré travailler depuis un certain temps à de nouveaux système qui puissent conjurer le phénomène. La plate-forme compte plus de 1,5 milliard d’utilisateurs dans le monde. Elle étudie en effet une nouvelle fonction qui marquera d’un cachet les messages transmis, permettant ainsi de vérifier si le texte reçu a été écrit ou non par l’utilisateur ou s’il provient d’une autre conversation invérifiable.

*

1] Selon les estimations de l’ONU, la population indienne s’élève à environ 1,35 milliard d’habitants (et aurait même dépassé la Chine).


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