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Le « temps retrouvé » de l’histoire religieuse de la France contemporaine

©OR/CPP/CIRIC
21 août 1997 : Jean Paul II saluant la foule de pèlerins lors des JMJ, au Champ de Mars, Paris, France.
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« Faire de l’histoire religieuse », thème de la prochaine université d’été du carrefour d’histoire religieuse, permet de situer l’Église dans son « temps retrouvé ». L’historien montre ainsi comment l’étude de l’histoire religieuse contemporaine conteste la thèse d’une « déchristianisation » inéluctable.

Dans la « culture de l’instant » qui nous envahit, comment disposer d’une vision correcte, équilibrée, ni trop pessimiste, ni trop naïve de l’état réel de notre société et de sa situation religieuse ? Rien de tel qu’un séjour dans le temps revisité, « retrouvé » de notre pays, dans l’évolution de son comportement religieux pour sortir de l’agitation médiatique et des polémiques vaines.

Plusieurs approches

L’histoire religieuse a longtemps oscillé entre deux courants : une tendance apologétique de caractère confessionnel et une approche positiviste très critique. Depuis quarante ans, elle a bénéficié d’un triple élargissement : tout d’abord d’une approche plus globale chère à l’École des Annales avec Henri-Irénée Marrou, auteur d’une thèse sur Saint Augustin et la fin de la culture antique en 1948, et Alphonse Dupront dans une synthèse intitulée Du sacré en 1987 ; en second lieu d’une utilisation des méthodes et sérielles sous l’impulsion de Gabriel Le Bras et de Fernand Boulard aboutissant à la publication des Matériaux pour l’Histoire religieuse du peuple français à partir de 1982 ; enfin d’une perspective comparatiste tant dans l’approche multiconfessionnelle que dans la mise en évidence de la vigueur des contrastes géographiques en Europe.

En effet, le fait religieux en France possède des caractères propres liés à son histoire, mais s’insère aussi dans cette Europe de l’Ouest où se distinguent des zones pratiquantes comme le monde celtique, les hautes terres du nord de l’Espagne jusqu’aux Alpes en passant par les Pyrénées, le sud du Massif Central et un axe Nord-Ouest-Sud-Est de la Flandre à la Vénétie, des zones à tradition chrétienne et des « pays de mission » où se retrouvent le centre du Bassin parisien.

Une déchristianisation jamais inéluctable

Après une première controverse sur la « déchristianisation ouvrière » au temps de l’hégémonie intellectuelle marxiste, un autre débat s’est imposé plus globalement sur l’évolution du fait religieux et de sa place dans la société française. Un certain nombre de sociologues considérant, depuis les années 1970, que le catholicisme est minoritaire en France, ont rejoint les maîtres du soupçon, apôtres du déclin irréversible du fait religieux dans les sociétés dites « évoluées ». La religion catholique n’est-elle pas la « religion de la sortie de la religion », selon Marcel Gauchet, puisqu’elle nous fait quitter le sacré pour permettre à l’homme, enfin libéré de cette aliénation, d’entrer dans le domaine de la raison : religion civile, religion de l’humanité, tel serait le destin des hommes évolués !

Le décor est posé : la sécularisation qui s’est lentement mais sûrement installée depuis un siècle, la société de consommation qui sollicite les appétits des « clients » ont terminé un travail commencé par une laïcité-combat. Le titre d’un ouvrage récent, au demeurant nuancé et riche dans ses analyses, conforte cette idée « hégémonique » : Comment notre monde a cessé d’être chrétien. Quand 70% des Français demandent des funérailles religieuses, essentiellement catholiques, comment est-ce scientifiquement possible de choisir un tel titre ?

Flux et reflux religieux

Les professeurs Yves-Marie Hilaire et Gérard Cholvy ont démontré que les phénomènes de remise en cause interne et externe du christianisme, et plus précisément du catholicisme, ne sont pas nouveaux. Dans leur Histoire religieuse de la France contemporaine réédité chez Privat en 2002, les deux chercheurs contestent l’idée répandue, aussi bien chez certains fidèles que dans une partie de l’intelligentsia, d’une « déchristianisation » linéaire et inéluctable. Appuyés sur des données précises, ils mettent en avant une théorie des flux et des reflux religieux depuis la Révolution française. Celle-ci représente un énorme « trou » dans la mesure où le culte est interdit durant une décennie jusqu’à la signature du Concordat en 1801.

Renaissance au XIXe siècle

Viennent alors une série de périodes de hautes et de basses eaux : de 1800 à 1835, la phase critique des « secondes Lumières » se caractérise par l’échec de l’union du trône et de l’autel et aboutit à une révolution de 1830 à tonalité anticléricale. Sous l’ère romantique de 1835 à 1880, la pratique religieuse renaît : édifications d’églises, restaurations de cathédrales se développent au point de faire du XIXe le siècle du record français des constructions d’édifices religieux.

Chateaubriand, par son Génie du christianisme, publié en 1802, démontre « l’utilité » du christianisme dans sa version médiévale où le chevalier et le moine avaient tracé les contours de la France catholique. La Mennais puis ses amis Lacordaire et Ozanam veulent réconcilier l’Église et la liberté, l’attachement à Rome se manifeste dans une liturgie grégorienne, le christocentrisme se traduit par l’émergence du culte du Sacré-Cœur, la renaissance des pèlerinages traduit le retour d’une dévotion populaire. Une floraison de congrégations enseignantes, caritatives, contemplatives, et en particulier pour les femmes, permet d’irriguer le tissu paroissial. Les choix politiques des dirigeants catholiques favorables à un retour à la monarchie après la chute du Second Empire fait alors dire à Léon Gambetta que « le cléricalisme, voilà l’ennemi ».

La querelle entre l’Église et l’État

À cette période faste succède une nouvelle phase critique de 1880 à 1905 qui se traduit par la querelle décisive entre l’Église et l’État : la laïcisation est conduite avec fermeté et habileté par Jules Ferry et ses amis républicains opportunistes après la victoire aux législatives de 1879. Le grand choc de la loi de Séparation constitue la pointe de cette phase critique pour l’Église où les protestants jouent un rôle important aux côtés des anticléricaux républicains, radicaux, socialistes. Le dimorphisme sexuel de la pratique s’accentue, la religion se féminise au moment où se développe le culte de Jeanne d’Arc et de Thérèse de Lisieux.

Selon Yves-Marie Hilaire et Gérard Cholvy, la France connaît ensuite une longue et dense phase de réveil, entre 1905 et 1965 ; celle de l’essor du mouvement catholique. Le choc de la Séparation pousse les laïcs catholiques à prendre en main leur institution, l’Union sacrée durant la Grande Guerre, la participation à la Résistance à partir de juin 1940 les réintroduisent dans la légitimité républicaine. Durant soixante ans, des intellectuels catholiques comme Maurice Blondel, Jacques Maritain, Charles Péguy, Paul Claudel, François Mauriac, Georges Bernanos s’inscrivent dans le débat public. Une catégorie nouvelle apparaît : le militant d’action catholique grâce à l’ACJF d’abord, aux ligues féminines, puis, toujours avec le soutien pontifical, surgissent à partir des années 1920 les militants de l’action catholique spécialisée par milieux sociaux [JOC, JEC, JIC, JAC]. Des catholiques s’investissent dans le champ social, éducatif et politique avec la Fédération nationale catholique avant guerre puis le Secours catholique et le MRP notamment après la Libération.

Crise et renouveau

Depuis la décennie 1960, l’Église connaît, selon Mgr Albert Decourtray, archevêque de Lyon, « la plus grave crise jamais rencontrée ». Gérard Cholvy voit dès 1975 des signes d’un redressement éventuellement annonciateur d’une reprise avec les mouvements charismatiques suivi de l’avènement du pape Jean Paul II en 1978 dont le retentissement est réel auprès des jeunes. Les indices de pratique notamment chez les jeunes où, en Occident, les vocations se font rares plaident pour la persistance d’une période de « vaches maigres » en ce début de XXIe siècle.

À l’instar des balancements antérieurs, le reflux va-t-il être suivi d’un flux, la marée basse d’une marée haute ? Présomptueux de se prononcer, de jouer les prophètes du déclin inéluctable ou du retour des beaux jours ! Encore faut-il a minima prendre la peine d’instruire le dossier ni à charge, ni à décharge, bref de retrouver le temps !

Pour en savoir plus :

La XXVIIe Université d’été d’histoire religieuse : Faire de l’histoire religieuse
Du 13-16 juillet 2018
Abbaye de Vignogoul
2071 Route de Saint Georges d’Orques
34570 Pignan
fpchanut@yahoo.fr

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