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Allons-nous vers une société orwellienne ?

GEORGE ORWELL

Public Domain

Catherine Rouvier - Publié le 25/06/18

Orwell aurait 115 ans le 25 juin mais son œuvre n’a pas pris une ride. Inspirée par le contrôle des esprits conçu par le monde communiste, sa description implacable des mécanismes de formatage de la pensée s’applique à bien des traits de notre société individualiste, à la liberté licencieuse et l’humanisme dévoyé.

Le 25 juin 1903 naissait Éric-Arthur Blair, dit Georges Orwell, dans les Indes britanniques. 115 ans plus tard, son roman 1984 se classe toujours parmi les best-sellers. Quant à sa pièce de théâtre, La Ferme des animaux (1945), donnée en janvier 2018 à Lausanne, à la Grange de Dorigny, elle affichait complet. Pourquoi ce succès jamais démenti ? C’est sans doute qu’Orwell touche dans ces deux œuvres à une préoccupation majeure de notre époque où triomphent les idéologies de l’égalité : qu’est devenue notre liberté ?

Quand Marx écrivait l’Idéologie allemande en 1846, il visait la production intellectuelle et artistique, mais aussi juridique et morale, donc politique, de la classe dominante, à savoir la bourgeoisie, définie comme « détentrice des moyens de production ». Ce faisant, ironie du sort, Marx a lui-même produit une idéologie, celle de la révolution qui donne le pouvoir de production au peuple c’est-à-dire, dans les faits, à l’État censé être son émanation.


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Le danger d’un tel transfert était évidemment très grand. Une « dictature du prolétariat », exercée par une nomenklatura supposée être son « avant-garde », et qui dispose de toute la force de frappe de l’État est redoutable. Le réveil d’écrivains d’abord acquis au bolchevisme, comme Orwell, mais aussi Koestler, ou London, fut rude.

Rude réveil

Le Hongrois Arthur Koestler découvre les procès truqués dès 1932, vit dans sa chair la répression féroce du POUM en Espagne en 1936 par Staline, et décrit en 1940 dans Darkness at noon (Le Zéro et l’Infini), l’implacable paranoïa du Parti qui obtient par tous moyens l’aveu de trahison des opposants d’envergure qu’il souhaitait éliminer.


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Le Tchèque Artur London engagé en 1936 au sein des Brigades internationales dans la guerre d’Espagne, en 1941 dans la Résistance, déporté puis libéré, en 1949 vice-ministre des Affaires étrangères du régime communiste tchécoslovaque, sera condamné à perpétuité en 1952 lors des procès de Prague. On lui arrache sous la torture des aveux de « conspiration contre l’État », ce qu’il racontera en 1968, dans l’Aveu, l’année même où le jeune Yann Palach se suicide par le feu, celle aussi ou Kundera campe dans la Plaisanterie un jeune étudiant de Prague envoyé en camp pour deux phrases qu’il croyait humoristiques : « L’optimisme est l’opium du genre humain ! L’esprit sain pue la connerie. Vive Trotsky ! »

Mainmise sur la pensée

Comme London, Orwell s’est engagé dans la guerre d’Espagne. Journaliste à la BBC pendant la seconde guerre mondiale, il va dans La Ferme des animaux (1945) et surtout 1984 (1950), dépeindre la terreur qu’a suscité en lui le processus de mainmise du pouvoir soviétique sur la pensée elle-même.

Les modifications mentales subies par les citoyens naissent de l’autocritique obligatoire dictée par le Parti, qui voit tout et qui sait tout grâce au « télécran », sorte de téléviseur muni d’une caméra installé partout dans la ville et dans chaque foyer et qui les soumet à une propagande permanente. Il devient obligatoire de tenir pour vrai ce qu’il enseigne : la vérité ne peut être qu’une dérive subjective, forcément coupable.

Tout cela modèle une conscience nouvelle, réduite à l’instinct, fonctionnant à la peur, et qui s’autocensure en permanence. Orwell suggère même qu’une « double pensée », permet « en pleine conscience et avec une absolue bonne foi, d’émettre des mensonges afin d’induire l’inconscient lui-même en erreur ».


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Le Grand Frère devenu nounou

Alors, certes, sauf à Cuba en Chine ou en Corée du Nord, le camp de la liberté a triomphé. Mais il faudrait un autre Orwell à notre temps. Car la surprise est au moins aussi grande pour ses adeptes que le fut celle des amoureux de l’égalité. L’homme libre a créé un monde parallèle, virtuel, un monde en 3D, un monde où le live n’est plus, ou alors monté en spectacle, en événement destiné à se faire connaître, à gagner notoriété et pouvoir. Un monde où l’intelligence est proprement « artificielle » qui se porte à bout de bras, annexe docile et omniprésente, comme un boy qui ne dormirait jamais et répondrait à toute sollicitation à chaque minute. En ouvrant iPhone ou « ordi », on voit chaque jour surgir comme par magie le pop up qui correspond à notre préoccupation du jour. On peut être, selon les jours, agacé ou charmé de cette tendre sollicitude omniprésente d’un « grand frère » devenu « nounou ».

Reste que le risque de formatage est encore plus grand, et la résistance chaque jour plus difficile dans le ronron quotidien des news, buzz, pop up et autres « gazouillis ». Plus besoin de s’habiller et de traverser la rue pour aller chercher le journal. Au lit, douillettement allongé, on boit directement « à la source » l’info du jour. Plus de déplacements : on peut de tout endroit de la terre communiquer dans l’instant avec quiconque, où qu’il soit. Une époque formidable donc en effet.

Un monde licencieux

D’où vient alors la mauvaise surprise ? Montesquieu écrivait fort justement : la liberté est la faculté de faire ce qui est permis par les lois et de ne pas faire ce qu’elles interdisent. Sinon elle n’est que licence. Or le monde libre est devenu, subrepticement, sur le mode silencieux de l’Internet, un monde licencieux.


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En 1945, les GI’s fumaient des cigarettes, flirtaient loin des morales strictes héritées du passé selon les morales modernes des idéologies nouvelles ; soixante-dix ans après, les maisons de passe sont closes mais les escort girls de 15 ans pullulent sur le Web. Et les psy s’inquiètent tant des ravages sur de jeunes cerveaux des jeux vidéo type YouPorn que les députés votent l’interdiction des portables à l’école.

Le détournement de la technique

Cette question de la technologie alliée à une idéologie, quelqu’un l’avait posée comme en amont des préoccupations d’Orwell : Aldous Huxley dans le Meilleur des Mondes (1932). Dans Résistance au meilleur des mondes (Pierre-Guillaume de Roux, 2015), Éric Letty et Guillaume de Prémare écrivent :

« La conjonction du care et de l’ultratechnologie comme une sorte de panacée universelle porte en germe un monde orwellien de tendance totalitaire : l’État-nounou — sorte de Big Mother — soignerait les blessures causées par la Modernité et le dieu Biotech’ superstar —sorte de Big Brother augmenté — apporterait une réponse à tous les désirs, à toutes les frustrations. »

« Cette idéologie transhumaniste serait celle d’une “super-classe” dynamique et internationale, croyant farouchement au progrès technologique et désireuse de faire advenir un Homme nouveau, “augmenté” et autonome, individu hors-sol, affranchi de tous les déterminismes. » Pour eux, il y a là une « violence déconstructrice : destruction progressive de l’idée de nation, “rapt scolaire”, fragilisation du couple, indifférenciation, atomisation de la société et, surtout, dislocation de la famille ».

Comment résister ?

Contre un humanisme dévoyé mis au seul service des « droits à… » s’oppose une écologie humaine respectueuse de cette conscience qui rend l’homme semblable à Dieu, et surtout du besoin de vérité qu’il porte en lui. « À une époque de supercherie universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire », écrivait Georges Orwell dans 1984.

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transhumanisme
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