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Il n'y a jamais eu autant de "déracinés" dans le monde

ROHINGYA

Steve Gumaer-(CC BY-NC 2.0)

Paul De Maeyer - Publié le 24/06/18

Dans son rapport annuel sur les "Tendances mondiales", le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) brosse un tableau alarmant sur les personnes contraintes à fuir leurs pays à cause de guerres, violences et persécutions.

Une seule phrase – « un monde en fuite » – pourrait résumer le dernier rapport annuel du Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) sur les « Tendances mondiales » –  Global Trends. Forced Displacement in 2017 –  tant les chiffres sont alarmants :  68,5 millions de personnes déracinées dans le monde à la fin 2017. « Des chiffres records », souligne l’agence de l’Onu qui compare avec l’année 2007 où le nombre de personnes contraintes à fuir les guerres, les violences ou le persécutions, n’était « que » de 42 millions. Même si en 2017, on estime à près de 5 millions le nombre de personnes qui ont pu rentrer chez eux, elles sont plus de 16 millions à être devenues « déracinées » durant cette même année. Soit un habitant sur 110 dans le monde.

Parmi ces près de 70 millions de réfugiés, de déplacés internes et de demandeurs d’asile, plus de la moitié (52%) ont moins de 18 ans, dont 174.000 enfants non accompagnés et séparés de leurs familles, écrit le New York Times.


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Trois catégories de réfugiés

Plus précisément, sur les 68,5 millions de personnes qui ont fui leurs pays, 25,4 millions sont des réfugiés proprement dits, c’est-à-dire des personnes qui ont quitté leur foyer et leur terre pour se rendre dans un autre pays, 40 autres millions sont des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays, et 3,1 millions sont des demandeurs d’asile. Pour cette dernière catégorie, leur nombre a augmenté d’environ 300.000 unités en 2017. Il a en revanche baissé d’autant chez les déplacés « internes ». Les pays qui comptent le plus grand nombre de personnes déplacées sont la Colombie (7,7 millions), puis la Syrie (6,2 millions), et la République démocratique du Congo (4,4 millions).

Sur les 25,4 millions de réfugiés, environ 5,4 millions sont des Palestiniens relevant de la compétence d’une agence spécialisée, l’UNRWA (Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient). Les autres – 19,9 millions de personnes – relèvent de la compétence directe du HCR. Ils proviennent, pour les deux tiers de cinq pays : la Syrie (6,3 millions), l’Afghanistan (2,6 millions), le Soudan du Sud (2,4 millions), Myanmar (1,2 millions) et la Somalie (986 400).

L’Allemagne en tête

Le rapport Global Trends 2017 réfute l’idée reçue (et politiquement exploitée) selon laquelle les réfugiés se trouveraient pour la plupart dans les pays de l’hémisphère nord. Au contraire selon le HCR. Ce sont les pays en voie de développement – « dont beaucoup sont dans des conditions de grande misère et reçoivent peu de soutien pour s’occuper d’eux » – qui accueillent environ 85% des réfugiés relevant du mandat du HCR, soit 16,9 millions de personnes.


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Les pays considérés les plus vertueux sont le Liban, la Jordanie et la Turquie. Cette dernière accueille une population de 3,5 millions de réfugiés, principalement des personnes qui ont réussi à échapper au drame syrien, juste à côté. Impressionnant le nombre de réfugiés accueillis au Pakistan et en Ouganda (1,4 millions). Mais alors que la République islamique du Pakistan est un géant démographique avec plus de 210 millions d’habitants (recensement de 2017), le pays africain, lui ne compte que 35 millions d’habitants environ. Au regard de sa population nationale, le Liban reste le pays qui accueille le plus grand nombre de réfugiés. Selon l’ONU, au moins une personne sur six est un réfugié au « pays du Cèdre ». En Jordanie, cette proportion diminue à une personne sur 14 et en Turquie à une sur 23.

Si l’on inclut également les réfugiés palestiniens qui relèvent des compétences de l’UNRWA, ces proportions passent à un sur trois en Jordanie et à un sur quatre au Liban. Dans ces deux pays du Moyen-Orient, de nombreux réfugiés se trouvent dans un vide juridique, Amman et Beyrouth n’ayant pas adhéré à la Convention de Genève sur le droit d’asile et ne garantissant donc pas le statut de réfugié.


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Et en en Europe ?

Fin 2017, le Vieux Continent a accueilli environ 6,1 millions de réfugiés, ce qui représente une forte augmentation par rapport à 2014, où ils étaient environ 2,3 millions. Cependant, si l’on exclut la Turquie, qui accueille actuellement 3,5 millions de réfugiés, ce chiffre tombe à 2,6 millions. La seule nation européenne à figurer parmi les dix pays les plus accueillants est l’Allemagne qui a décidé en 2015 d’ouvrir les portes du pays aux réfugiés. Avec 970.400 réfugiés, fin 2017, dont 496.700 Syriens et 130.600 Irakiens, le pays occupe la sixième place dans le classement du HCR.

Malgré les grandes préoccupations que suscite en Europe ce qui est perçu comme une véritable invasion, l’incidence des réfugiés sur la population des différents pays reste faible. Les deux pays où le rapport entre le nombre des réfugiés et celui des habitants est le plus élevé sont la Suède et Malte, avec respectivement 23,4 et 18,3 réfugiés pour mille habitants (données relatives à 2016). Et même si les côtes italiennes constituent l’un des principaux points d’entrée des réfugiés en Europe, l’Italie se trouve au bas de l’échelle avec 2 réfugiés pour mille habitants.

« À un tournant »

« Nous sommes à un tournant –  a déclaré le Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, Filippo Grandi – quatorze pays sont à pied d’œuvre pour expérimenter un nouveau plan qui puisse répondre à la situation des réfugiés à travers le monde, de manière globale, sans laisser des pays ou communautés livrés à eux-mêmes ». Beaucoup d’espoir est mis sur ce nouveau Global Compact on Refugees qui, souligne le diplomate italien, sera présenté dans quelques mois à l’assemblée générale des Nations-unies. Pour le Secrétaire général des Nations, António Guterres, même si le phénomène des migrations est « inévitable », des mesures s’imposent pour « ordonner, réglementer et coordonner » une action entre les Pays afin que tous puissent en bénéficier, spécialement ceux qui se trouvent, aujourd’hui, « dans des conditions désespérées », a-t-il souligné à Lørenskog, en Norvège, le 19 juin dernier. Lui-même a été Haut-Commissaire des Nations unies pour les réfugiés de 2005 à 2015, il connaît donc bien le problème.


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Le rapport du HCR arrive certainement à un moment très délicat pour la question migratoire et les droits des réfugiés, comme le montre l’histoire de l’Aquarius avec 629 migrants à bord, empêchés d’entrer dans un port italien, et la politique de tolérance zéro de l’administration Trump, mais aussi la nouvelle loi approuvée – ironie du sort – par le Parlement hongrois, le 20 juin dernier qui interdit aux ONG de venir en aide aux migrants.

Paul De Maeyer

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