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La fête des fous du foot

WORLD CUP TROPHY
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Entre Roland-Garros et le Tour de France, le foot. Il serait dommage de minimiser la portée de l’événement et de mépriser le plaisir qu’il peut offrir.

La Coupe du monde du football va occuper l’actualité de ces prochaines semaines. On peut regarder tout cela de loin, voire l’ignorer sous le prétexte que c’est là assez exactement ce que Pascal appelait du divertissement, c’est-à-dire du spectacle qui distrait de l’essentiel. Mais l’ampleur du phénomène interdit de le réduire à une absurdité dépourvue de toute signification. Pourquoi tant de gens vont-ils suivre tous ces matches, en parler entre eux, se réjouir ou se désoler, s’enthousiasmer ou s’indigner ?

Le retour des nations à l’ère de la mondialisation

La première remarque à faire est que le foot est sans doute aujourd’hui le sport ou le jeu le plus populaire ou le plus universel qui soit. Les règles sont relativement simples et « transculturelles » — ou plutôt assimilables partout. Ceux qui les ont inventées (les Anglais) ne sont pas les meilleurs (ils n’ont gagné qu’une fois, il y a plus de cinquante ans déjà, quand c’était chez eux). Les meilleures nations sont le Brésil (cinq fois vainqueur), l’Allemagne et l’Italie (quatre fois), l’Uruguay et l’Argentine (deux fois). L’Angleterre, la France et l’Espagne l’ont emporté une fois. Mais les gamins du monde entier et même, de plus en plus, des filles tapent dans la balle pour marquer des buts, pas seulement en Europe et en Amérique, mais aussi en Afrique, en Asie et jusqu’en Océanie.

En second lieu, il faut noter que les équipes sont nationales, comme aux Jeux olympiques. Par rapport au reste des compétitions sportives les plus suivies, où les champions les plus admirés appartiennent à des équipes qui sont le plus souvent des entreprises aux budgets pharamineux, elles-mêmes « sponsorisées » ou possédées par des milliardaires ou de grands groupes internationaux, c’est un décalage bienvenu. Non que les participants « mouillent le maillot » uniquement pour l’honneur et dans l’espoir de la gloire, mais les enjeux ne sont pas seulement commerciaux. À l’heure où l’économie semble tout gouverner, le drapeau retrouve ses droits et donne même l’occasion de dépasser les clivages imposés par les divisions politiques.

Du plaisir à l’heure des migrations

Un autre fait intéressant est l’image du pays donnée par les onze gaillards qui le représentent sur le terrain. Lors de la victoire de la France en 1998, la composition « black, blanc, beur » de l’équipe a été un signe éloquent de la diversification de la société. De même en Russie dans quelques jours, il n’y aura pas que d’anciennes puissances coloniales pour faire jouer sous leurs couleurs des garçons originaires d’Afrique ou du monde musulman : on verra des Danois à la peau bien noire, des fils d’immigrés turcs parmi les Allemands et chez les Suédois un chrétien d’Orient dont la mère a fui la Syrie et qui joue d’ordinaire à Toulouse.

Mais le plus important est peut-être le plaisir, voire la jubilation procurée par le jeu. Il y a des prouesses techniques ou des combinaisons de passes et de courses, qui suscitent l’émerveillement même si la balle ne finit pas au fond des filets. Une belle parade ne séduit pas moins qu’une série de dribbles réussis. Il y a aussi du suspense et des retournements de situation : l’équipe qui semble dominer le jeu ne marque pas toujours et peut « se faire prendre en contre ». Une action qui paraît anodine au départ peut amener un but. Une brillante approche du gardien adverse peut ne rien donner si le dernier geste est manqué.

Héros et idoles

Ce qui est encore à relever, c’est qu’il s’agit d’une compétition, avec un vainqueur et des vaincus. Mais ce n’est pas forcément le meilleur ni le plus fort ni le plus malin ni le plus chanceux qui gagne — le jeu est trop imprévisible, sans pourtant être absurde —, et les perdants ne sont jamais sans mérite. C’est une autre manière de regarder et de vivre la concurrence. Ce n’est pas la jungle. Tous les coups ne sont pas permis. Les brutalités sont sanctionnées. Il y a un arbitrage. Certes, il n’est pas toujours parfait. Ce qui compte cependant, c’est que l’affrontement est encadré par une rationalité, des principes, des conventions — en quelque sorte un langage qui détourne la violence en jeu et en spectacle passionnant des gens de tous horizons.

C’est ce qui fait que le sport a une qualité morale, maintes fois signalée par le pape François. Il n’y a pas que les vertus des champions : la discipline, l’ascèse même, afin de se dépasser, la solidarité, le respect de l’adversaire… Leurs exploits font d’eux des héros, des modèles… jusqu’à un certain point. Car ces idoles modernes ne sont pas des saints, encore moins des dieux — juste de petits génies balle au pied sur des terrains gazonnés d’environ cent mètres de long et soixante mètres de large. En dehors, ce sont des types tout à fait ordinaires, les plus doués ayant besoin de leur entourage pour trouver que faire de tout l’argent qu’on leur donne.

Une fête à ne pas manquer ?

Ce qui est étonnant, donc, ce n’est pas tant les prouesses ni ceux qui les accomplissent. C’est l’unanimité que recueillent des lois que tout le monde comprend et que personne ne conteste. Et dans un monde divisé et querelleur, c’est d’autant plus une grâce que les performances ne permettent pas seulement une improbable et fugitive communion sans confusion autour de règles unanimement acceptées. Car les éclairs de beauté qui transfigurent parfois les mouvements d’ensemble et les gestes individuels ont aussi de quoi réjouir, même si la joie qui se manifeste en cas de triomphe chez les « supporteurs » peut paraître peu raffinée et bien pauvre.

Les célébrations qui se greffent sur cette espèce de jeu théâtral, à la fois dramatique, liturgique et incertain, ne sont certes pas toutes dignes de la fête. Mais elles ne suffisent pas à ruiner les qualités esthétiques et morales des performances qui les déclenchent. Alors, qu’on apprécie le foot ou pas, il y a peut-être, dans les semaines qui viennent, quelque réconfort à s’offrir en mesurant les sous-entendus de ce qui va se passer en Russie, voire du plaisir à ne pas bouder en ne dédaignant pas de partager ce qui réunit des milliards de nos semblables, pour des raisons qui ne sont pas toutes mauvaises, qu’ils en aient conscience ou pas.

 

Coupe du monde : 10 stars qui affichent volontiers leur foi

Jean Duchesne, agrégé d'anglais et enseignant en classes préparatoires scientifiques, fut le plus proche collaborateur du cardinal Jean-Marie Lustiger dont il est l'exécuteur testamentaire. Membre de l'Observatoire Foi et Culture, Jean Duchesne est Directeur administratif de l'Académie Catholique de France et l'un des fondateurs de l'édition française de la revue Communio. Ami du théologien Louis Bouyer, il lui a consacré une importante biographie.

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