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Séminaristes, ils se préparent à exercer dans les paroisses les plus dangereuses du Mexique

PRIESTS MEXICO
JESUS GUERRERO I AFP
Des prêtres portent le cercueil du prêtre catholique Germain Muniz lors de ses funérailles dans la communauté d'Apango, État de Guerrero, au Mexique, le 6 février 2018.
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Dans le Guerrero, la région la plus violente du Mexique, des séminaristes se préparent de longues années au sacerdoce malgré les taux record d’assassinats d’hommes d'Église.

Pour l’Église, le mois d’avril 2018 restera dans les mémoires comme un « avril noir ». En un mois, trois prêtres ont perdu la vie au Mexique, enlevés et séquestrés ou tués par balle dans leur propre paroisse. Des assassinats qui portent le bilan à 41 victimes en douze ans au Mexique, « le pays le plus dangereux du monde pour un prêtre », rappelle le père Omar Sotelo, directeur du Centro Catolico Multimedial, un observatoire religieux mexicain. « Former un prêtre représente dix à douze ans d’études au séminaire. Lorsque l’un d’entre eux est assassiné, c’est comme si l’on coupait un arbre qui a mis des années à pousser. »

Les vocations s’en ressentent. « Il y a beaucoup moins de candidats au séminaire depuis quelques années », confie le frère Pedro Antonio Ribera Uribe, qui étudie depuis dix ans au séminaire de Chilapa, dans l’État de Guerrero (sud-ouest du Mexique). Les cartels de la drogue se disputent le contrôle de cette région, troisième productrice au monde de pavot, qui alimente leur trafic d’héroïne. Le territoire connaît des taux d’homicides record et les prêtres ne sont pas épargnés. « La peur empêche ces jeunes de suivre leur vocation, poursuit le frère Pedro. Même si le cas inverse existe : des jeunes qui, précisément, trouvent refuge dans l’Église pour s’éloigner de ces milieux. »

Des paroisses verrouillées par la peur

Les séminaristes de Chilapa, qui se rendent le week-end dans les communautés rurales de leur diocèse, sont confrontés aux difficultés du terrain avant même leur ordination. « J’ai dû accompagner une famille dont le père venait d’être assassiné, témoigne le frère Pedro. Ses enfants, en bas-âge, ne l’ont appris que le jour de l’enterrement. Les mots m’ont manqué au moment de la prière… »

Les frères doivent prêcher la bonne parole dans des paroisses verrouillées par la peur. À Nejapa, une paroisse de moins de 4000 habitants proche de Chilapa, le père John Ssenyondo, un missionnaire ougandais, a disparu pendant plusieurs mois avant que son corps ne soit retrouvé dans une fosse commune. Il aurait été assassiné par le cartel de Los Rojos, pour le punir de sa liberté de parole. Le frère Rafael Severina Garcia se rappelle de « la tristesse, la douleur et l’incompréhension de la population. » « Dans ces moments-là, il est difficile de lutter contre l’impuissance qui vous saisit. »

Voitures floquées et communautés interdites

Tant bien que mal, la communauté tente de se protéger. Quand ils se rendent dans les paroisses reculées de cette région vaste de 20.000km2, les séminaristes sont priés de passer la nuit sur place pour ne pas rouler après le coucher du soleil. Plusieurs d’entre eux ont déjà été arrêtés sur les routes et menacés l’arme au poing. Les voitures du séminaire sont désormais floquées d’un large logo pour éviter toute confusion avec un cartel rival lorsque les frères circulent.

La violence peut éclater à tout moment, empêchant les frères de faire leur travail. « Il y a des mois entiers où nous ne pouvons plus nous rendre dans certaines paroisses, reprend le frère Pedro. Des groupes rivaux se battent pour le contrôle du territoire, et soudain, personne ne plus peut entrer ni sortir. »

« Oui, nous avons peur. Mais nous sommes des hommes de foi »

Il y a dix ans, la violence, toujours latente dans la région, ne faisait pourtant pas partie de l’équation du séminariste au Guerrero. « Quand je suis arrivé à Chilapa pour étudier, la ville était tranquille et très agréable, se remémore le séminariste. Les choses ont changé lors de ma troisième année. Les rues se sont vidées. La peur s’est installée. »

Une peur qui n’épargne pas les séminaristes. « Oui, nous avons peur. Mais nous sommes des hommes de foi. C’est ce qui nous maintient à flot », témoigne le frère Pedro. Depuis plusieurs années, chaque soir, les séminaristes prient ensemble devant le Saint Sacrement pour implorer la paix.

Un martyr pour modèle

Dans quelques mois, les frères Pedro et Rafael seront ordonnés et affectés à une paroisse du diocèse. « Je suis très ému à l’idée de me mettre au service des gens, même je suis un peu préoccupé », confie Pedro Uribe. Et d’ajouter : « De tout temps, l’Église a été persécutée. Dans mon village, il y a un prêtre martyr, saint David Uribe Velazco (assassiné lors de la guerre des Cristeros, qui opposa dans les années 1920 paysans mexicains catholiques et État anticatholique, et qui a été canonisé en 2000 par le pape Jean Paul II, Ndlr). Il a été un de mes modèles tout au long de mon passage au séminaire. »

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