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Politique migratoire : l’heure de vérité du président Macron

paris refugees
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La résolution du phénomène migratoire ne peut faire abstraction des rapports de force internationaux.

Le passage sur la politique migratoire dans le discours d’Emmanuel Macron aux évêques de France aux Bernardins, le 9 avril 2018, est peu critiquable, dès lors qu’il en reste à un exposé de principes fort admissibles et consensuels. Mais s’agissant de l’application des principes, le président ne donne guère moyen de juger de leur application concrète. D’autre part, et surtout, il fait abstraction de nos responsabilités internationales.  

Nul ne peut soupçonner le président Macron de ne pas donner toute son importance à l’international, à la participation de la France au gouvernement du monde. Et il le fait bien mieux que ses prédécesseurs. Il faut approuver aussi le président de ne pas être dans la réaction immédiate à l’urgence médiatique. Il a une vision de long terme. C’est assez rare pour ne pas être salué. Mais il amalgame trop deux choses différentes : immigration et migrations.

Immigrations et migrations

L’immigration ne date pas d’hier, mais les migrants ne sont pas les émigrés. Beaucoup d’immigrés illégaux veulent, c’est vrai, se faire passer pour des réfugiés. Mais si tant de réfugiés affluent quand même en Europe, venus d’Afrique et du Proche-Orient, c’est parce que le président Nicolas Sarkozy a plongé dans le chaos la Libye, donc le Sahel, et parce que nous participons à une politique qui a prolongé jusqu’à aujourd’hui la guerre en Syrie. Au moins la France, grâce au président Jacques Chirac, n’est-elle pas responsable du chaos en Irak.

Le phénomène de l’immigration, soutient Emmanuel Macron, a des causes « politiques », « économiques » ou « climatiques » « durables » « dans les années et les décennies à venir ». Mais il est trompeur de le confondre avec le phénomène des migrants, qui a pour cause beaucoup plus spécifique la politique hégémonique de l’Amérique avec ses guerres sans fin au Proche-Orient.

Le soutien au salafisme mondial    

Concernant l’islamisme, il est indubitable qu’il ne serait pas un problème d’une telle importance si les Occidentaux n’avaient constamment soutenu le parrain du salafisme mondial, à savoir l’Arabie Saoudite (ou tels acteurs dans ce pays). Que si leur invocation des motifs humanitaires en Syrie était authentique, les dirigeants se soucieraient autant des atrocités saoudiennes au Yémen, ou des conditions de vie épouvantables des émigrés pakistanais ou philippins dans les pays du Golfe. Que l’islamisme militaire est né en Afghanistan, monté par Washington et financé par Ryad contre la présence soviétique. Et qu’il n’a jamais été désarmé depuis.    

Ces migrants réfugiés font peur à une grande part de l’opinion parce qu’ils sont en grande majorité musulmans et réputés à tort ou à raison islamistes. Mais les islamistes ne seraient que peu de choses sans leurs patrons. De plus, au-delà des clichés, quelle est aujourd’hui la situation réelle de l’islam dans le monde ? Nous ne voulons entendre que des histoires qui nous conviennent, alors que la seule chose véritablement utile serait la vérité objective.

Un rapport de forces est un rapport de forces

Pour défendre ou excuser le président Emmanuel Macron, on répondra que son discours si abstrait est le seul que nos dirigeants puissent aujourd’hui tenir. À la politique impériale des USA, nous nous sommes associés moins par atlantisme doctrinaire (car il est évident à peu près à tous que les Etats-Unis ont perdu le sens de la mesure), mais faute de pouvoir nous en détacher sans dommages. À la puissance des Etats-Unis s’ajoute la dépendance de notre économie à l’égard du pétrole et celle de notre budget à l’égard des capitaux des monarchies pétrolières, peut-être aussi la crainte de subversions qui pourraient être suscitées chez nous.

Un rapport de forces est un rapport de forces. Que peut-on faire d’autre, nous les Européens, sinon nous conduire en alliés complaisants, mais malgré tout encore libres, de telle sorte que nous puissions garder les formes, conserver de l’influence, des marges de manœuvre, et obtenir aussi une part du gâteau ?

Avant de juger trop vite des actions comme la participation de la France aux bombardements du 13 avril 2018 sur Damas, il nous faut mesurer à la fois ce rapport de force et l’utilité de donner un gage à Washington avant la visite américaine du président Emmanuel Macron, lui qui ne désespérait pas de convaincre son homologue américain.   

La politique démesurée de Washington

L’excuse précédente était assez valable jusqu’à la dénonciation du traité avec l’Iran par Donald Trump. Car cette action change vraiment la donne. Y a-t-il encore quelque chose comme un droit international, un respect de la parole donnée, des traités, ou est-ce que la volonté capricieuse de l’hégémon doit désormais servir de loi ? Washington ne traite plus les Européens en alliés, mais en sujets. La question est de savoir si nous acceptons de devenir des sujets. Jeudi 17 mai, au sommet UE-Balkans à Sofia, la réponse était clairement non. Soit l’UE trouvera dans cette crise l’occasion d’exister enfin, soit elle perdra toute crédibilité. 

Outre notre dignité, notre souveraineté, nos intérêts, il s’agit surtout de notre sécurité. Savoir si nous nous laisserons entraîner dans une politique qui ne conduit à rien d’autre qu’à la guerre mondiale, dans le cas où la Chine et la Russie ne se soumettraient pas et n’accepteraient pas d’être gouvernées à terme par des représentants en accord avec l’hégémon.

L’heure de vérité

Comment résister sans subir de terribles sanctions, ni sans procéder de fait à un renversement des alliances, qui ne se justifie pas non plus ? Et faire des Européens les arbitres de la situation ? Cela demande des trésors de courage et de diplomatie.   

C’est donc aujourd’hui l’heure de vérité d’Emmanuel Macron. Comme l’écrit Aristote dans son Éthique à Nicomaque [1130 a 1] : « Archê andra deixei — le pouvoir révèlera l’homme ».

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